‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 20 sur 197 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

engage les élèves k se prémunir contre la facilité, le faux feu et la réminiscence surtout, qui enlève toute originalité. La forme de cette leçon est simple, claire, pas la moindre trace d'enflure ni d'érudition affectée. Ses auditeurs, accoutumés aux dissertations amphigouriques, aux conférences guindées, aux biographies sèches, durent êtres frappés de raisance de ton de l'honoraire réputé.

Quant au discours sur l'harmonie et sur la couleur, on peut sans crainte le qualifier un morceau de choix. Composé avec la sobriété d'un programme artistique, traité d'une main de maître dans les principes et dans les accessoires, distribué avec une belle ordonnance, ce discours riche en imprévus, en comparaisons heureuses, nous révèle une critique d'art tout k fait inédite. Le ton en est aisé, l'allure simple. Rien de déclamatoire, rien de prophétique, pas la moindre tentative de dogmatiser. L'éducation artistique est avant tout une éducation des sens par le commerce des maîtres et l'étude de la nature. La nature et les maîtres révèlent, k ceux qui les interrogent, l'harmonie véritable qui est un ordre calculé, savant, une absence d'effet, une sobre mesure. La couleur ne s'analyse pas, elle se sent. Et le sentiment de la couleur est si puissant chez Gajlus, qu'à trente ans de distance, il éprouve l'impression d'un tableau du Titien, admiré à Venise.

« C'était un grand tableau de chevalet : Vorpin et l'outremer purs formaient la couleur du ciel le plus éloigné ; les autres teintes se voyaient en proportion dans le pourtour d'une force et dune hauteur correspondantes^ tandis que le reste du tableau ayant été travaillé par le temps, ce bon ami des bons tableaux, était d'un accord absolument différent, mais toujours admirable. Ces teintes telles qu elles étaient sorties de la main du Titien jetaient dans l'épouvante: on avait peine à concevoir, avec une telle chanterelle, quel était Vaccord que ce tableau pouvait avoir présenté; car on ne peut révoquer en doute que, sortant

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