‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 190 sur 197 · La Vierge à la chaise · texte numérisé non relu

La Vierge à la chaise

3. " Les jardins du palais n'ont pas le sens commun, et, par cette raison, me plaisent infiniment. Ce ne sont que montagnes, vallées, bois, huttes, parterres et forêts, le tout sans ordre, dessin ni suite, ce qui leur donne un air champêtre tout à fait agréable. » De Brosses, p. 303.

4. « Les dames (de Florence) n'ont point de rouge, cependant elles ont un grand air de jeunesse : à quarante ans, la plupart paroissent fraîches et jolies comme à vingt. » Momesquifu, p. 187.

t>. « Quand vous verrez quelque part en Italie un homme qui a de l'esprit et de la science, dites toujours que c'est un Florentin! » De Brosses^ t. I. p. 380. « ... Nul autre peuple d'Italie n'égale les Florentins à l'égard de l'esprit et du mérite, ce sont même eux qui en fournissent souvent les autres contrées. -> Idem, p. 310.

de pampre, conduit pendant quinze milles à Pistoia, ville •enfermée de simples murs avec un petit château dans lequel sont quinze hommes du g-rand duc. Il j a quelque forme de bastion autour de la ville mais sans fossé. Il nV a nul commerce dans ce lieu ni de grandes rues ; du reste il n'y a rien à y voir. Je couchai à la poste de cet endroit; l'on y est assez joliment et les boas vins de Testât de Florence font -excuser ce que l'on ne pardonneroit peut-être pas ailleurs. Mes gens estoient devant à Livourne : ainsi nous restions Belleville et moi. A huit milles de Pistoia ou environ, après avoir passé une montagne assez rude et mal pavée, nous passâmes dans une petite plaine un très petit ruisseau qui prend sa source à cinq cents pas du grand chemin dans un endroit que l'on peut dire estre au pied des montagnes. Cette fontaine se nomme Tettuccio, et est salée mais non comme l'eau de la mer, car elle n'en a pas l'amertume.

LVCQVES. — Neuf milles avant d'y arriver, l'on entre, après avoir passé un petit ruisseau, sur la terre de la Seigneurie. L'on passe environ deux milles de petites montagnes avant d'arriver dans le bassin qui renferme et compose cette république qui est tout autour bordé de montagnes, aussi peut-on juger qu'il ne fait pas froid dans cet estât. La plaine n'est pas mauvaise et est assez fertile; les montagnes ne portent que des bois encore pas trop beaux. Je ne sais si c'est par enfance (sic), pour faire voir les fortifications \ que l'on a fait dans une plaine un chemin aussi serpentant que celui qui conduit à cette ville qui n'a que trois portes dont il n'y en a qu'une par où les estrangers puissent entrer, encore est-ce la plus éloignée. C'est la seule ville un peu considérable d'Italie où je sois entré sans qu'il m'en ait rien coûté ! Cette petite république - n'a de force que sa ville

i . « Les fortifications sont belles, moins cependant que celles de Genève ; elles sont peu soignées, et le fossé est presque comblé. Le rempart est coupé en terrasses... de sorte que l'on fait par là fort agréablement le tour de la ville... » De Brosses, lettre XXVI, p. 315.

2. « Les républiques d'Italie ne sont que de misérables aristocraties,

et celle d'estre sous la protection de l'Empire. Son enceinte est bien revêtue de bonnes courtines, flanquée k propos de bons bastions à oreillons. Il n'y a que très peu de fossé, point de contrescarpe revêtue ni de demi-lunes que de terre encore très peu élevée. Le chemin couvert est un peu plus que tracé mais sans palissades; les remparts sont bordés de bons canons. C'est la promenade et le cours de la ville ; le dessus en est voûté, ce qui n'est pas mieux. La rampe, ou l'écoulement du terre -plein, est rempli d'arbres qui font de loin et de près un bel effet.

La ville n'est ni grande ni petite. Les maisons sont g-énéralement bonnes, les rues assez alignées et pavées de grandes pierres plates ^ La ville est gouvernée par un gonfalonier et neuf conseillers nommés : « Anziani. » Ce prince ne gouverne que deux mois, encore comme il ne peut rien faire sans le Conseil, c'est deux mois qu'il se met dans une prison volontaire puisqu'il ne peut sortir en public que les jours marqués. Le Conseil permanent est de cent quarante nobles qui nomment tous les trois ans ceux qui, dans cet intervalle, seront gonfaloniers et auront les autres charges de la République. Ceux qui ont possédé la première ne peuvent estre de trois ans « anziani » et de six, gonfalonier. Ils logent et mangent tous dix aux dépens du gouvernement dans un palais qui n'a nulle ombre de beauté. On ne peut y monter avec son épée, personne que les soldats n'en; porte dans la ville, et si un estranger demeuroit quelque temps, il seroit obligé de demander la permission de la porter. 11 y a de très grandes peines pour ceux qui après vingt-quatre heures seroient trouvés dans les rues avec quelque sorte d'armes. Le gonfalonier est vêtu de rouge

qui ne subsistent que par la pitié qu'on leur accorde, et où les nobles,, sans aucun sentiment de grandeur et de gloire, n'ont d'autre ambition que de maintenir leur oisiveté et leurs prérogatives. » Montesquieu, p. 274.

i. « Le pavé de la ville, tout de pierre piquée pour la commodité des chevaux, est néanmoins le plus beau qu'on puisse trouver, et les rues ne manquent pas d'avoir de temps en temps d'assez belles maisons. » De. Brosses, p. 316.

avec un bonnet, les autres de noir; la garde est d'une soixantaine de Suisses. Dans le même palais se tient l'arsenal de la ville; il est honnête pour sa grandeur. Il peut y avoir pour six ou sept mille hommes, mais il y avoit fort peu de fusils, presque tout estoit mousquet. Il y avoit huit cents hommes sur pied, entretenus, vêtus de bleu parement jaune, mais vilaine troupe. Ils (sic) reçoivent cependant des estrangers.

La ville est un évêché : le Dôme n'a nulle beauté ; cette église est montée en dignité à cause du crucifix de terre nommé « il volto santo » duquel ils font cent contes ^ Quelques statues de marbre autour de la chapelle qui renferme cette relique sont ce que j'ai vu de moins mauvais dans toute la ville où je n'ai rien vu qui vaille, en sculpture, peinture et architecture. A un tombeau dans le Dôme, que l'on ne garderoit point ailleurs, j'ai lu (130) :

NaSCIMVR IMPARES, PARES MORLMVR, CINES iEQVAT-OMNKS.

S. Frediano, autre vieille et plus vilaine église, estoit l'ancien Dôme, mais le « Volto santo » a tout fait oublier; quoyque ce bon saint se fût mis en quatre pour les Lucquois, il a esté donné à des moines et se trouve aujourd'hui confondu dans la tourbe menue des couvens. Un grand morceau de marbre long d'environ dix-sept pieds et haut de sept est, cependant, dit une inscription, un miracle du bon Frediano qui je crois sans trop de raison la porta sur les épaules au refus de deux bœufs qui ne la vouloient plus tirer. C'est un très beau morceau de marbre. Cette église est soutenue par des colonnes de marbre de l'Archipel antique.

Aux Augustins^ il y ^ ui^® autre Madone miraculeuse.

1. Le « Volto santo » sculpté par les anges sur le dessin de Nicodème, qui était aussi méchant sculpteur que saint Luc était mauvais peintre, Idem.

A Saint-Romain^ église de moines assez jolie pour Lucques, j'ai lu sur un tombeau les paroles :

LaBOR El SFKS VITA FVIT, MORS REQVISS.

L'église gothique de Saint-Michel et la place où se tient le marché est ce qu'il y a de plus beau à Lucques et cela est vilain.

Il n'y a presque point de société ni de commerce. Je logeais à la poste : « La Cloche, » bonnes gens, bon vin. Je partis le 9 au matin pour aller à Pise. Les armes des Lucquois sont au champ d'azur avec une barre d'or et ce mot « liberté. » On le voit écrit sur les portes et partout, .mais il en est à Lucques comme dans toutes les autres républiques, pour conserver cette liberté ils se l'ostent : en quoi surtout je les approuve, c'est qu'il n'y a pas un Jésuite^

La plaine par où l'on passe en sortant de Lucques est plus fertile que celle que j 'a vois vu la veille. Je passai le canal qui fait aller les moulins à blé de la ville et les teintureries de soie dont on fait négoce dans la ville ainsi que de damas. Je fus cinq milles encore sur les terres de la seigneurie sur la droite dans la montagne ; elles s'estendent environ douze milles jusques k la mer. J 'entrai dans les Estats de Pise, aujourd'hui Toscane, je suivis quelques momens la petite rivière du Serchiô, qui dans le petit village de Ripafatta donne naissance à un canal qui, suivant le long de la montagne, tournant à gauche et s'éloignant de Pise, va joindre TArno et par un autre canal et la rivière emporte Jes farines et le pain et le biscuit à Florence; [transports] qui se font à Ripafatta et à un ou deux autres villages.

Il y a sur une hauteur plus près de Lucques une espèce de redoute antique qui dépend de Ripafatta, dans laquelle il n'y a pas un homme; la seigneurie est à un mille de là!

1. « Les Lucquois ont trois principes : point d'Inquisition; point de Jésuites; point de Juifs. » Montesquieu, p. 181.

Quovqu'il paroisse à Lucques que Ton n'en peut sortir sans passer de montagnes, cependant le chemin le plus uni du monde conduit à Ripafatta : il est agréable jusques-là, mais encore plus pendant quatre ou cinq milles sur les terres du G. D. par les beaux festons de vigne dont la ville est remplie et par les bords du canal ombragés de beaux et grands arbres. Après qu'on la quitte, on entre dans une grande plaine toute nue, et des piairies pendant environ six milles vous conduisent à Pise par un chemin qui dans Thiver peut estre mauvais, le pays estant coupé de canaux et le chemin n'estant pas partout élevé.

PISE n'est ceinte que d'une simple muraille; elle a une petite vilaine citadelle à laquelle conduit un pont de brique. Il y a une quinzaine d'hommes en garnison. Elle n'a point de commerce, ses rues sont quelques-unes larges et habitées, d'autres, en plus grand nombre, désertes et pleines de jardins, ne remplissent qu à peine son enceinte. C'estoit jadis une république : elle se sent d'avoir esté la victoire des Médicis^ L'Arno, aussi large mais plus fourni d'eau qu'à Florence, sépare cette ville. On le passe sur trois ponts : celui de la citadelle, de brique et commun ; un autre, nommé simplement u le Pont, » est de pierre, beau et moderne, c'est un grand duc qui l'a bâti-, le troisième est de brique tombant en ruine, les voûtes sont encore en estât mais leur épaisseur est réduite à rien ainsi que l'élévation des piliers, et on le passe sur des planches et des poutres.

Entre celui du milieu qui est le plus beau et ce vilain-ci, se trouve la maison oii loge le G. D. quand il vient dans cette ville : cette maison n'a nul dehors, on dit que le dedans est plus honnête. Devant, sur le quai (car les bords de la rivière ont tous cette forme et sont revêtus), se voit la statue de Ferdinand de Médicis, troisième duc de Toscane,

1. « La perte de sa liberté et le voisinage de Livourne lui ont fait grand tort. » De Brosses, p. 320.

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