‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 192 sur 197 · S. Stefano dei Cavalieri · texte numérisé non relu

S. Stefano dei Cavalieri

goût, presque tout de porphyre ainsi que les colonnes \ c'est le seul que j'aie vu dans ce g-oùt-là. Il y a des ornemens de bronze, deux anges de marbre blanc bien faits ainsi qu'un pape apparamment canonisé, car sans la tiare on le prendroit pour un Père éternel : ordinairement ce n^est qu'à Rome qu'ils voudroient que Ton s'y méprit. Les chanoines portent la croix roug-e sur le domino.

Le Baptistère, la Cathédrale, la Tour et le Gamposanto sont tous de marbre et voisins les uns des autres, se touchant pour ainsi dire^. C'est le plus beau de la ville, prenons-les article par article.

Le Baptistère^ autrement Saint-Jean, est à leur mode, c'est-à-dire rond, soutenu en dedans de six colonnes antiques de granit et d'autant de pilastres, je crois de marbre. Il n'y a à voir dedans que la délicatesse du ciseau dune « Prédication de Saint-Jean » exécutée en maître, mais l'ouvrier estoit encore gothique; et l'écho qui se fait dans ce bâtiment assez fort pour un lieu qui n'est pas des plus grands. Il {sic) est isolé, son dôme est sans grâce et d'une forme peu commune quoyque rond.

La Cathédrale de marbre est en face, pareillement isolée. La façade est gothique ainsi que le reste. Elle m'a paru entièrement finie ; ses trois portes de bronze en relief ont leurs beautés. Les bas-côtés sont doublés; toutes les colonnes qui les soutiennent et la nef sont antiques mais de toutes sortes d'espèce. Il y a quelques statues de marbre mais faites dans le temps que le contour estoit dur et sec. Dans les peintures derrière le grand autel, ou pour mieux dire dans le petit chœur qui s'y trouve, il y a quelque chose qui n'est pas mauvais •\ Je crois en avoir vu une d'Andra del

1. (' Le maître-autel tout de porphyre incrusté de calcédoine est une pièce fort remarquable. » De Brosses, p. 323.

2. « Je ne pense que nulle part ailleurs on puisse trouver, dans un si petit espace qu'est la place du Dôme, quatre plus jolies choses que les quatre qui y sont rassemblées.

3. Un « Sacrifice d'Abraham » et une « Mise au tombeau » par Sodoma; les <( Evangélistes » par Beccafumi.

Sarto^ Aux deux côtés de l'autel il y a deux médiocres^ colonnes de porphyre sur lesquelles sont deux chapiteaux d'un ouvrage très délicat en ornement et ligures ; l'un fait depuis nombre d'années, l'autre n'estoit pas posé depuis un mois : ils sont fort bien tous deux.

A gauche de l'église, en dehors, sur une colonne de granit noir, est un vase antique dans son entier avec des figures de Bacchantes et autres, de l'élévation peut-être de deux pieds, sans compter le couvercle et le pied. Une inscription italienne autour du chapiteau, je ne sais sur quel fondement, dit que la ville de Pise payoit à César ce vase-là plein d'or. Je n'en sais rien. Le vase est beau-.

A la droite de l'église est un cimetière fermé nommé le Campo Sanfo. C'est un parallélogramme dont les plus longs côtés peuvent avoir cent pas, les autres une trentaine. Les murs sont peints d'anciennes fresques gothiques ainsi que les murs et les fenestres qui soutiennent le toit qui couvre les galeries^. On dit que la terre qui est au milieu a esté apportée de Jérusalem. Ce lieu est beau, diton, le Jour des Morts. Il a trois ou quatre chapelles qui ne sont pas à admirer. Tout autour, le long des fenestres, il y a des tombeaux gothiques, nombre de païens. J'af vu plusieurs bas-reliefs qui ne sont pas des plus laids. Les tombeaux des catholiques sont contre la muraille au-dessous des peintures. Quoyqu'il y ait plusieurs figures de marbre, il n'y a que celle d'un médecin couché qui m'ait plu (132)»

Il est à côté de trois pièces antiques : l'une est un mille fait sous l'empire d'Adrianus Antonicus Augustus Plus qui fît réparer la via Aemilia ; les deux autres, sans

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