Saint Pierre et saint Jean
2. « Au dehors de l'église, une colonne de 'granit sur laquelle est une belle urne antique et le prétendu tombeau de la fille de la comtesse Mathilde, lequel, dans le vrai, est un ancien tombeau sur lequel est représenté en bas-relief une chasse au sanglier. » De Brosses, p. 321.
3. Toutes les peintures du mur du sud, attribuées à tort par Vasari à Andréa Orcagna, ont été probablement exécutées vers 1350, par un peintre de Pise. Par contre la série des peintures du mur Nord sont des chefs-d'œuvre de Benozzo Gozzoli, élève de TAngelico (1420-1497).
LES ÉlAPES DU RETOUR 32^
ponctuation, sur deux grands morceaux de marbre, disent l'une que la colonne de « Julia Pisana » ayant appris la mort deL. Gaesar, fils d'Auguste, sera un an sans aucun divertissement (c estoit la septième année de J.-G.) ; l'autre d'un an après, pour le trépas de G. Gaesar, autre fils d'Auguste, [déclare] qu'on ne fera rien jusques au jour où l'on aura la nouvelle que ses os seroient enterrés. Elle parle aussi d'arc et de statues que Ton doit poser dessus ces inscriptions.
Les colonnes antiques que l'on voit servir d'ornement à ces églises gothiques, un reste de maçonnerie en pilier d'aqueduc que Ton voit auprès de la porte par où l'on entre de Lucques, tout cela me persuade premièrement que cette colonie du temps des Romains estoit considérable, et que l'aqueduc, que du haut de la tour j'ai vu, qui pendant trois milles apporte encore aujourd'hui de l'eau de la montagne à la ville, est un ouvrage de ces mêmes Romains. Je n'ai pu l'aller voir, il faisoit trop chaud et il y avoit trop de chemin à faire à pied : je crois bien qu'il a esté réparé et entretenu.
La tour de Pise, dont il est tant parlé, est située derrière la cathédrale, figurant avec le baptistère. Elle est toute de marbre, ornée^ je crois, de cinq rangs de colonnes pour la plupart antiques mais ajustées à la gothique. Il y a de grandes disputes sur la pente de cette tour qui est de sept à huit pieds sur cent trente à cent quarante de haut. Plusieurs veulent que cela soit fait à dessein ; pour moi je n'en crois rien. Les fondemens sont affaissés : l** les colonnes et les rangs des pierres entrent dans la terre du côté où elles penchent et se relèvent de l'autre ; or il seroit trop à la louange d'un architecte, si c'eût été son dessein, de ne le pas prouver à la postérité de façon à n'en pouvoir douter; 2^ elle penche en dedans comme en dehors; 3*^ le degré se sent de cette pente, les marches estant plus élevées d'un côté que de l'autre. De plus, dans le temps où cela a esté fait on ne jetoit pas plus l'argent qu'on ne le fait au-
jourd'hui, et des chanoines, pour satisfaire un architecte, n'approuvent pas un dessein qui n'est de nulle utilité pour porter leurs cloches, au risque de perdre l'argent que le bâtiment a coûtée Le donjon ui'a paru moins penché; je le croirois fait après coup. Le tout jusques au degré est de marbre, l'on y monte par dedans l'épaisseur du mur. A chaque étage on peut s'arrêter aux galeries dont j'ai parlé. Les cloches sont grosses, pesantes au-dessous du donjon. De là la vue est magnifique. Cette plaine laisse agréablement terminer la vue d'un côté par des montagnes distantes à propos, de l'autre des prairies pleines d'animaux s'estendent jusques à des bois, de l'autre on voit Livourne, la mer et les bàtimens qui l'ornent.
Dans la cour de Tarchevêque, il y a un Moïse de marbre — de grande taille — qui n'est pas des plus mauvais. Il est moderne : il fait alluvion de l'eau qu'il a fait sortir du rocher à une pissotière qui sort de son piédestal.
Il V a un jardin des simples où je n'ai rien vu de nouveau; sur la porte ce distique m'a plu, il n^est qu'en bois :
Argus esto non Briareus.
Estant arrivé de bonne heure à Pise, j eus le temps le matin de voir ce que je viens de dire. Je dînai assez succinctement par force « Aux trois donzelles, » logis de la poste et je montai en chaise pour aller à Livourne. Le jour de Saint- Antoine, en Carnaval, on fait ordinairement à Pise une espèce de combat à coups de poings sur le pont. Selon ce que l'on m'en a conté, cela est assez dans le goût de celui de Venise au mois d'aoust. Sur la rivière il se fait une course de quatre petites barques : comme la rivière Arno ne se jette point dans la mer à Livourne, on a un conduit (sic) qui communique (sic) ces deux villes. Le chemin par terre de l'une à l'autre n'est que de douze à treize milles ; il est
i . Caylus raisonne fort bien : après de longues discussions, on admet aujourd'hui que l'inclinaison de la tour est due à l'atTaissement du sol.
fort uni et se fait presque toujours dans des bois de chênes. J'y retrouvai les myrthes, mes favoris. Tout le pays qui environne Livourne est presque tout bois anisi que les montagnes qui en sont un peu distantes (133).
LIVOURNE est une ville nouvelle, bâtie en même temps que Nancy et Charlesville^ : ce n'est point un évêché, il n'y a même qu'une paroisse. Les rues sont assez droites. Jadis les maisons estoient peintes, mais celles que l'on fait aujourd'hui sont de pierre, ornée même de marbre^ qu'il est fort facile d'y avoir. Il y a une grande place assez nue. L'église cathédrale qui n'est pas belle, ainsi que les autres de la ville, gâte cette place. Il y a dans le fond trois maisons que des marchands ont bâties selon le dessin qu'en avoit donné le dernier feu grand prince. Le lieu où le G. D. doit ordinairement loger n'a pas grande apparence et coupe un peu l'alignement de la place du côté où il se trouve, mais quoyque ce ne soit pas grand'chose, on respecte l'architecte qui est Michel- Ange.
Du côté de la vieille forteresse est un quartier de la ville nommé : « La nouvelle Venise » qui a effectivement des canaux qui communiquent et que l'on passe sur des ponts.
Les fortifications de la ville sont assez bien tenues; le corps de la place jusques sur le petit port est revêtu de bastions à oreillons bien flanqués et bien bâtis. Je crois qu'ils sont au nombre de onze ou douze. La mer emplit les fossés : il y en a jusques à trois du côté de la Lanterne nommée, je crois, Meloria. Il n'y a point de dehors, mais pour les voisins du G. D. et l'estat d'Italie c'est une bonne place. On trouve un premier petit port qui est V Arsenal des galères, long et environné de fortifications d'un côté, à droite de la vieille forteresse, à gauche du corps de la place <jui va joindre la nouvelle et en face des maisons où sont des magasins et un endroit pour construire un vaisseau de
] . « Figurez-vous une petite ville de poche toute neuve, jolie à mettre dans une tabatière, voilà Livourne. » De Brosses, lettre XXVII, p. 326.
guerre à couvert. Ces bâtiments ont esté faits par Ferdinand, troisième duc de Toscane, dont la statue est sur cet arsenal. Elle est de marbre, eu pied, et n'est pas bonne. Il y a au piédestal de la statue qui, par parenthèse, est trop bas, quatre esclaves de bronze enchaînés plus grand que nature. Il y en a deux encore mieux | sculptés] que les autres; en tout ces figures sont très belles ^ Ce prince ht esclave le père et les trois fils, fameux pirates et fît mettre leur portrait en esclaves. Cet arsenal communique au grand port par un passage assez étroit entre les magasins dont j'ai parlé et la vieille citadelle. Il est formé par un grand môle, ouvrage de Tart. Le coup d'œil de ce port ne me plaît pas, quoyque l'entrée en paroisse large ; la mer couvre des rochers qui font qu'elle n'est pas fort aisée. Après tout il n'y a pas grand fond et un vaisseau de guerre ne peut y entrer sans avoir désarmé, encore le conduit-on avec peine. Le port est, comme l'Arsenal, parallélogramme^. La partie qui fait face à l'entrée est occupée et fermée par la nouvelle forteresse, la droite et la gauche du môle sont occupées par deux petits forts. La rade est sûre et excellente et le mouillage ordinairement très bon. Il y a deux mille hommes de garnison, mais, soit trois cents que l'on avoit laissés aller avec les Vénitiens, soit ceux qui estoient sur les galères, il n'y en avoit pas huit cents, encore infâmes. Ils sont bleus doublés de rouge, une boutonnière blanche. Tous les soldats du G. D. n'ont pas paru avoir ce même uniforme.
Toute la ville n'a pas de bonne eau à boire, elle a l'allée où tout au plus il y a quelques mauvaises citernes. Ainsi on fait venir l'eau de Pise, qui est excellente.
d. Monument dit « dei quattro schiavi » par P. Tacca, S. flor. élève de Jean Bologne (1577-1640).
2, « Livourne est le chef-d'œuvre de la dynastie des Médicis.... Il est impossible de voir cette ville sans concevoir une bonne idée du gouvernement des grands ducs, qui ont fait une ville florissante et un beau port, malgré la mer, l'air et la nature. S'il y a quelque chose à redire à la fortification, c'est qu'elle est trop belle et trop considérable pour son prince, parce qu'elle demanderoit une très nombreuse garnison. » Mon- TJÎSQUIEU, p. 167.
Le bâtiment qu'on appelle le « bag-no^ » est irrégulier et sans beauté. C'est le lieu où logent les chiourmes quand les galères sont à Florence; elles ne couchent point dessus.
Ils (sic) ont un hôpital où ils m'ont paru bien: il y en a un séparé pour les Turcs. Ils sont couchés un à un comme dans une volière, ou pour mieux dire, comme les tombeaux des catacombes. Les officiers ont aussi leur logement.
Le magasin que le G. D. vivant a fait faire pour l'huile est ce que l'on montre encore à Livourne qui est port franc, mais non franc d'impôts car le G. D. en charge extraordinairement ses estats, plus que la France.
Les Juifs sont riches et possèdent des terres et des maisons; ils n'ont aucune [marque de] distinction.
Je logeai « Au Lion blanc, » pas trop bon. Nous prîmes une felouque où il y avoit huit hommes et pour dix pièces ils s'engagèrent à nous mener à Gênes. Nous partîmes le J5, jour de l'Ascension. En sortant de Livourne les côtes sont aplanies peu de milles, nous attrapâmes bientôt les montagnes escarpées qui forment cette côte redoutée des vaisseaux ; les felouques même n'y trouveroient point d'abri. Nous fîmes par un beau temps et le vent bon, soixante milles pour arriver à Lerici, dans le golfe de la Spezia où il y a un mouillage, lieu formé par la nature pour faire un beau port. Quinze milles avant d'arriver en cet endroit, nous vîmes la petite ville de Massa, capitale des petits états du prince de ce nom. qui sépare ceux de Toscane de ceux de Gênes.
MASSA. — Dans cette très petite souveraineté il va des carrières d'assez beau marbre ; on les voit de dessus la mer.
Il y a à Lerici une espèce de château. Tous les villages que nous vîmes le long de la côte et de la rivière de Gênes,
1. Les forçats ont une maison faite exprès pour eux, une espèce d'hôpital dans lequel ils couchent : cela ne se pratique en aucun autre lieu. » MissoN, t. II, p. 3i5.
qui commence à la Spezia, en ont autant. Nous partîmes deux heures devant le jour et passâmes devant les isles qui sont à l'entrée du golphe : nous eûmes le vent contraire. Avec la rame nous ne pûmes venir qu'à Moneglia, environ à trente milles d'où nous estions partis : nous y arrivâmes de bonne heure, mais ce n'estoient pas nos Napolitains*! il34i. Nous repartîmes de ce petit village au coucher du soleil, nous passâmes devant Sestri et devant Xervi qui n'est qu'à sept ou huit milles de Gênes. Depuis Moneglia, de temps en temps on voit des villages dont le terrain est plus fertile : celui de Xervi l'est beaucoup et abonde en fruits. Ce village est épars çà et là sur la montagne qu'il occupe et fait un assez bel effet. Nous arrivâmes à deux heures de soleil à Gênes, le 19 aoust. La douane est difficile : les tableaux payent.
GENES est nommée « la Superbe. » A la regarder en dehors et en dedans je ne trouve point cette épithète convenable. La ville occupe le peu de terrain uni ou de pente douce que les montagnes qui la dominent laissent jusques à la mer. La ville n'est point sur une ligne droite. Il y a une espèce de golphe ou de bassin qui a presque tout son diamètre d'ouvert, il est fermé par deux môles qui laissent encore une très grande ouverture, aussi est-ce un très mauvais port, Les vaisseaux n'y sont en sùrelé, pas plus que dans la rade. Il y a un port ou darse pour les galères. Il a aussi un autre endroit pour les construire, ce que l'on peut faire jusques au nombre, je crois, de douze ou treize, (^uant au coup d'œil, comme les maisons occupent le plus qu'il est possible le rivage, la montagne est peu garnie de maisons, on n'en voit que çà et là. Il y a cependant un quartier qui est auprès de Banchi, où ion voit encore les restes de nos bombes-, qui
1. Allusion aux rameurs napolitains qui les avaient si rapidement ramenés de Malte en Sicile la nuit où un vaisseau turc s'était mis à leur poursuite.
i. Duquesne, commandant de la flotte française, par ordre de Louis XIV, bombarda la ville en 1684.
est plus peuplé et ramassé. Quant au dedans, les rues sont inég-ales, fort étroites^ les maisons fort hautes et généralement, dans les quartiers les plus habités, il nV a point d^excès à la beauté de leur structure. Il y en a beaucoup de peintes et peintes en marbre ce qui a pu donner lieu aux voyageurs aveug-les de dire que Gênes est bâtie de marbre*. Il y en a en vérité quelques-unes qui sont de cette matière mais elles sont dans les rues de « Strada Nuova » et de « Balbi » qui sont fort belles et fort droites et formées par des maisons bien bâties. Le haut et bas de la ville et l'étroit des rues font qu'il n'y a pas beaucoup de carrosses ; il y en a cependant quelques-uns à la place. On se sert de porteurs et de tristes litières, dans lesquelles vont les femmes. Le sang n'est pas beau. Il n'y a point de place à Gênes ; dans la disette où l'on est, on donne ce nom au terrain irrégulier qui se trouve devant V Annonciade ^ qui est la plus belle église delà ville.
Elle est assez grande, d'une grande proportion ; les colonnes qui la soutiennent sont revêtues de marbre rouge et blanc. Presque toutes les chapelles sont revêtues de même marbre, celles qui ne sont pas finies sont du moins commencées. Toutes les voûtes de ce bâtiment sont pleines de dorures et de peintures auxquelles il n'y a rien d'extraordinaire; celles de la coupe sont les meilleures. Une « Reine » du Procaccino est sur la porte en dedans et est belle. La façade n'est pas finie. Ce sont des Franciscains qui y demeurent : leur maison n'a rien de beau.
La petite église de S. Filippo Neri est habitée par des Théatins. Elle est ornée de mauvaises peintures: la statue du saint est en marbre en couronne sur le grand autel et est assez belle. Dans la sacristie il y a deux tableaux de deux Genevois [sic], dont un se nomme Carlone- qui peuvent passer.
1. « Il n'y a que les menteurs qui disent et les niais qui croient que Gênes est tout bâti de marbre.... » De Bhosses. lettre V, p. 57.
2. « J'excepte de la loi commune l'Exaltation delà Croix « par Carlone. » Dç Brosses, p. 68.
S. Ciro est un autre domicile des mêmes moines. Le dedans est de marbre [ainsi que] les colonnes, les revêtissemens des chapelles, les statues. Il y a de quoi faire quelque chose de beau avec la matière qui s'y trouve, mais tout est mal fabriqué et trop chargé ou mauvais. La sacristie est grande et peut passer pour belle. Le maître-autel est beau.
La petite paroisse de Saint-Luc est ornée de marbre, mais les peintures sont comme il plaît à Dieu.
Le Dôme est une assez grande église noire et blanche et gothique. Il y a plusieurs sculptures, mais mauvaises. La chapelle où Ton garde les cendres de saint Jean-Baptiste, protecteur de la République ainsi que l'Empereur, est ornée de plusieurs lampes d'argent. Tout l'autel est de cette matière. Le grand [autel j est de marbre avec vme Madone de bronze dessus (135).
Le palais du doge, nommé Balbi, est là tout auprès. Il y loge avec sa femme et quelques autres sénateurs pendant les deux ans que dure sa prison. Son palais est grand et n'a nulle beauté ; il y a deux très vilaines statues de marbre dans la cour^ Dans les salles du grand et du petit conseil il y a des peintures; celle de Solimène qui est posée dans le plafond est très belle, les deux autres morceaux qu'il fait pour le même endroit ne sont pas encore finis. Il y a un petit arsenal- dans cette maison où les armes sont bien tenues; on y montre des cuirasses faites pour des femmes que l'on attribue aux Génoises qui se sont croisées. L'on y voit un des premiers canons, c'est-à-dire il est de bois couvert de peau et a une lame de cuivre en dedans.
L'église de Saint- Ambroise, qui appartient aux Jésuites, sert de chapelle au doge ; il y vient par une galerie et a une tribune. Cette église a une façade, le dedans est revêtu de marbre. C'est une des belles de Gênes : « La prédication