Elevées à André et à Jean Doria
2. << La salle de l'arsenal n'est, à vrai dire, qu'une boutique de vieille ferraille. Je vis les cuirasses qu'on dit avoir servi aux dames génoises lors de leur croisade; les corps en sont larges et courts et ridiculement bossus par devant. » De Bhosses, p. 72.
d'un saint Jésuite, » « La Circoncision » sont deux beaux tableaux de Rubens. Il y a une « Assomption » de Guido Reni'. C'est le lieu où sont les plus beaux tableaux d'égalisé.
Banchi est une loge où tout le monde s'assemble et où les nobles se tiennent à fainéantera Ceux de l'ancienne noblesse se séparent avec attention de ceux de la moderne. Tout auprès il v a une petite chapelle dédiée à saint Pierre. Elle est de marbre en dedans et est assez dans le goût d'un théâtre d'opérateur extérieurement, à cause des deg-rés qu'il faut monter et des balustrades qui l'environnent.
S. Maria in Carignano est isolée et ornée d'architecture extérieurement ; ce sont des chanoines qui l'habitent. Quoyque son architecture intérieurement ne soit pas des meilleures, comme elle est toute blanche, chose que depuis longtemps je n'avois vu, elle m'a fait plaisir. Aux quatre piliers qui soutiennent la coupe, il y quatre grandes statues de marbre blanc qui sont bonnes. — Le saint Sébastien habillé en Andromède, la meilleure, est de Puget. — Comme cette église est sur une hauteur, je montai deux cent quarante marches pour arriver au haut du dôme et distinguer la vue avec plaisir. Le quartier où est cette église est celui qui a esté le plus endommagé des bombes ; il est encore ruiné. Les balustrades qui régnent au haut de cette église sont toutes de marbre. Ce que j'ai vu de la lanterne est assez le contraire des autres bâtimens où l'on rend
1. « Quant aux tableaux, j'y remarquai un saint Ignace, de Rubens, excellent et une Circoncision du même encore meilleure. Plus une Assomption du Guide, admirable.... » De Brossiïs, p. 70.
2. « Les Génois sont entièrement insociables; ce caractère vient moins d'une humeur farouche que de leur avarice suprême; vous ne sauriez croire à quel point va la parcimonie chez ces princes-là (p. 143). Les Génois d'à présent sont aussi lourds que les anciens Liguriens (p. 144). Les Génois ne se policent jamais : ce sont des pierres qui ne se laissent pas tailler. Ceux qui ont été envoyés dans les cours étrangères en sont revenus aussi Génois qu'ils y étoient venus » (p. 145). Montesquieu. « Je trouvai au coin de Banchi, une grande quantité de nobles. Ce sont les nobles de la première classe; ceux delà seconde n'osent pas en approcher, les aiitres se croyant fort au-dessus d'eux : c'est la seule prérogative qu'ils aient sur eux. » De Bkosses, p. u8.
338 VOYAGE D'il A LIE
ordinairement plus précieux ce qui se voit le plus de la nature.
A la petite ég-lise de S. Stefano, on mène voir un tableau de Técole florentine^ que l'on ne regarderoit pas ailleurs qu'à Gênes.
Chez un nommé Miconi, marchand de Gênes assez honnête homme pour n'avoir jamais voulu se faire noble, j'ai vu un nombre considérable de tableaux. Il y a quelques petits morceaux de Paul Véronèse et entr'autres une « Vierge » d'Annibal Garrache, en petit, sur cuivre, très belle. En cet endroit il y a plus de l'école vénitienne que d'autre chose.
Dans la rue Balbi, où j'ai dit qu'il y avoit de beaux palais, j'y ai vu les deux maisons des nobles de ce nom^. Elles sont commodes, ornées avec assez de goût, meublées à notre mode. H y a chez le premier quelques beaux Van Dyk, un beau Bassan, un bon Guerchin. Chez le cadet il y a un morceau de « Jézabel mangée des chiens » qui m'a plu. Auprès de Banchi, chez un gentilhomme nommé Ippolito Mari, il y a quelques Rubens, une « Vénus à la toilette » du Guide, un Véronèse et un Tintoret fort noir. Ils (sic) prétendent avoir dans leur chapelle une feuille originale d'un Evangile! Indépendamment de mille objections, celle du vélin sur lequel elle est écrite, en est une suffisante. Je crois qu'ils la disent de saint Jean dont ils ont un des tenons qui l'enchaînoit.
Le grand hôpital nommé V Alberto, pour retirer les vieillards infirmes, les enfants trouvés, les femmes que les maris y font mettre et les jeunes vauriens, est un fort grand établissement. Une des aisles des côtés n'est pas encore finie ; ce qui est aujourd'hui une montagne doit estre occupé par ce corps de logis, ce qui, outre la grandeur, est encore une autre difficulté pour le finir. L'on voit dans l'église les
1. « Le Martyre de Saint-Etienne, » par Itaphaël et Jean Homain.
2. Ce n'étaient pas des cabinets des Balbi, mais ceux de Marcel et Philippe Diirazzo, dans les palais construits vers 1520 pour Paolo Balbi.
-statues en marbre et vilaines des dog-es et autres bienfaiteurs. Dans ce même lieu, sur l'autel, il y a une petite statue de la Vierge soutenue par un groupe d'anges, de Puget^ Elle est bonne et légère, les mains sont comme celles du cav. Bernin. Le bâtiment a quatre cours; ce fut là que se retirèrent le doge et les nobles pendant le bombardement (136).
Le palais Doria, famille connue et qui a fait parler d'elle, est hors de la ville, en face du port. La mer lave les murs du jardin le long duquel règne une terrasse. C'est une belle vue; il ne peut rien entrer dans le port qui ne soit vu de là. Le port lui-même et les deux côtés du bassin dans lequel Gênes est situé, sont faits pour cette maison. Le jardin est agréable, il est ouvert à tout le monde les jours de fête; il est orné d'une fontaine de marbre^ qui a beaucoup coûté, mais c'est de l'argent mal employé. La maison n'est pas belle, elle n'a qu'un étage. Leur dessin n'estoit pas de la bâtir de cette façon, mais la République s'opposa à une plus grande élévation par la crainte qu'elle ne pût un jour servir de citadelle contre la ville. Tout le monde la voyoit élever sans faire cette réflexion; un Suisse, à ce que Ton m'a conté, en faction sur le rempart de la ville de ce côté, ne rêvant pas apparemment à la mode de son pays, fît cette réflexion, demanda audience au sénat et la communiqua. Il fut écouté, récompensé, et l'on empêcha un exhaussement plus dangereux. L'on voit sur le rempart encore aujourd'hui une vilaine statue de pierre que l'on a élevée à ce Suisse. Jadis les Doria avoient issue de leur maison sans communiquer par la ville, ils avoient même un petit port : aujourd'hui tout est retranché. Il y avoit de quoi faire quelque chose de beau dans leurs jardins hauts, mais ils sont incultes.
1. Pierre Piiget S. français, successeur de Bernini (1 622-1 G94).
2. « Il y a un fort grand bassin de marbre d'où partent des jets d'eau de tous côtés et au milieu un gros diable de Neptune représentant le fameux Doria. » De Brosses, p. 76.
340 VOYAGE D ITALli:
Le faubourg de S. Pier d'Arena est par delà la Lanterne. Les maisons en sont bonnes; il est au pied d'une montagne fertile et précisément sur le bord de la mer. C'est un assez bel ensemble mais cela n'a pas répondu à l'idée que j'en avois. Le stuc et la peinture trompent les yeux de bien des gens. La villa Imperiali est la seule maison que l'on y va voir; ses jardins en terrasse fort élevés, jadis mieux tenus qu'ils ne sont aujourd'hui, ne m'ont pas déplu. A six milles de Gênes, du côté de Livourne, est une côte exposée au midi, parsemée de maisons et de jardins. Ce lieu s'appelle Nervi et son commerce ne consiste qu'en orangers de toute espèce qui vont en France, Allemagne Hollande et Angleterre. Il s'en vend tous les ans pour cinquante à soixante mille écus. L'on peut juger si dans la saison des fleurs l'air de cette côte est embaumé! Je m'y attendois à y trouver des nymphes dont le minois répondit à l'air quelles respirent, mais mon espérance fut vaine. L'on m'a dit que cette côte n'est jamais sans fleurs, malgré cela ce grand hiver tout fut gelé. Il n'y paroissoit plus à la vérité. Le terrain n^estoit occupé que par de jeunes arbres car ils ne les laissent jamais vieillir; les plus gros estoient de la taille, ou un peu plus, de mon bras. Je ne conçois pas comment on les peut avoir en France, pour le prix qu'on les a, car le prix, à la vérité, des plus beaux, estoit de deux louis sur le lieu. Outre cela il y a le port et l'emballage, que l'on accommode avec plus de soin ou du moins autant que [celuij des glaces.
La maison de Hieronimo Durazzo est encore à voir. Les troupes de la ville ne sont pas mal tenues, elles sont au nombre d'environ deux mille hommes. Il n'y en a pas mille dans l'isle de Corse dont ils sont depuis longtemps maîtres. C'est un mauvais pays ; des marais et des gens sans commerce qui se tuent les uns les autres et dont la République tire fort peu de chose. Elle en fait venir des soldats (137).
Le 11 de septembre, devant le palais Doria^ un régiment
va faire Texercice en mémoire de la paix qu'un Andréa Doria rendit à la patrie. Le lendemain, le doge^ suivi des sénateurs, va entendre son panégyrique à Saint-Laurent ou la cathédrale. Il est vêtu tout entier de rouge, des ailerons aux épaules, une espèce de bonnet. On lui porte un sceptre à cause de Corse. Ces pages peuvent tous avoir des moustache — à l'espagnole; — il n'y en avoit qu'un qui en portât. Les sénateurs vont toujours par la ville vêtus de noir avec la « gonnella. »
La vigna Balbi, jolie situation. La vallée du Bisagno, charmante promenade ; la rivière de ce nom n'a point d'eau l'esté. La A^ue de la ville de la Lanterne est magnifique.
j'avois compté visiter en felouque la côte jusques à Marseille : la mort du roi arrivée le 7 de septembre au matin, et les lettres de ma mère=^ m'obligèrent de partir le 14, en voiturin, n'ayant pas suffisamment d'argent, avec Belleville et Levailler, pour sept louis chacun. Je laissai mes gens et mes bardes. Je ne dois pas oublier de dire que les nobles génois, mis proprement en esté d'un habit et d'un petit manteau de taffetas, en hiver d'un autre de velours noir, sont généralement bien faits. Les femmes du monde y ont assez de liberté, le sigisbeat y contribue\ Chez les bourgeois les manières italiennes sont conservées*. Il y a des carrosses dans la ville, mais plus ordinairement des litières à cause de l'inégalité du terrain.
La première dînée est à 8 milles. On suit et passe la Polcevera, on marche dans un beau vallon aux environs de la ville. Plus on s'en éloigne plus il y perd de beauté. On monte imperceptiblement jusques à Campomorone où l'on
1. De Brosses, lettre ^^ fait une description très pittoresque et gaie de la même cérémonie, le jour de la Saint-Jean.