‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 195 sur 197 · Cf. dans l' « Introduction · texte numérisé non relu

Cf. dans l' « Introduction

3. « Que penser des abbés et des petits maîtres cent fois plus papillons auprès des femmes qu'en France? Nous voyons ici une chose singulière à nos yeux : une femme tête à tête avec un homme aux spectacles, aux promenades, en chaise. » Dr Brosses, p. 03.

4. « Je trouvai les Génois extrêmement insociables. » Montesquieu, p. 146.

commence à monter sérieusement. Le cabaret « de la Tour » est assez bon. Les montagnes qui conduisent jusqueslà sont couvertes de bois. On commence à monter la montagne de la Bocchetta assez raide; le chemin est beau de côté et la montée dure cinq à six milles. La fertilité du sol accompagne presque jusques au haut qui est assez aride. La descente de Tautre côté, plus mal tenu, voit augmenter les bois à mesure et le pays s'ouvrir jusques à Voltaffgio, à douze milles delà dînée, bourg où le sang est joli et le veau renommé. L'on ne trouve dans le chemin que deux petits postes de cinq à six hommes. Depuis cette couchée jusques à Gavi, forteresse qui n'est pas grande mais dans une très bonne situation, on suit des montagnes sèches, mais le chemin [n'est] pas mauvais. La petite ville au pied du fort n'a pas grande beauté : il y a dans l'un et dans l'autre peu de garnison, mais à cet endroit le pays change, la terre est agréable et fertile. L'on entre dans une belle plaine qui après dix milles de chemin, conduit à Novi, dernière ville de Testât de Gênes qui n'est pas grand'chose. Elle est ceinte d'un vieux mur et bâtie de briques comme toutes celles de la Lombardie. Là nous nous séparâmes de Laistre et moi.

De Novi à Tortone il y a dix milles ; il y en a douze de là à Alexandrie. Une plaine déserte et un chemin uni conduisent à cette ville dont le duc de Savoie s'est emparé . La vue seule ennuyé. Elle est grande, peu peuplée, citadelle à l'antique ainsi que ses murs, situation dont on pourroit faire quelque chose dans le système d'aujourd'hui. Il y avoit quatre bataillons. « Les trois rois » ne sont pas mauvais. On passe la Bormida, rivière sujette à des débordemens et dangereuse, presque sur le glacis de la ville. Le Tanaro la traverse ; on le passe sur le pont. A un mille de distance de Novi on quitte les terres des Génois (138).

D'Alexandrie je vins dîner à Felizzano, village ruiné par les taxes et la guerre, ainsi que presque tous ceux de

Piedmont'. La plaine que l'on traverse est déserte mais cultivée. Nous quittâmes sans reg-ret la ferme où nous couchâmes pour venir, après treize milles, dîner à la poste, maison seule, bon cabaret dans une jolie situation. Le chemin qui m'y conduisit est assez inég-al; l'on trouve de beaux vallons.

Nous traversâmes Asti, village peu habité dans un terrain à faire une bonne place: son vieux château et son enceinte sont à Tantique. Dans le chemin nous rencontrâmes le Pô. Je vins coucher à Quiers distant de dix milles de Asti. Les cinq premiers milles aboutissent à Villanova, démantelé; le chemin en est assez bon. On passe une montag-ne couverte de bois qui doit estre mauvaise, en hiver. Les cinq autres milles, deVillanovaà Quiers^ sont d'un terrain plus diversifié de bois, de prairies, ce qui amuse les A^ovag-eurs. «. Les trois rois » de Quiers ne m'ont pas engagé pour eux. Ce bourg ou petite ville est ouvert, assez grand et peuplé.

De Quiers à Turin il y a cinq milles. Ces deux villes sont séparées par une montagne longue et roide surtout du côté de la première; de l'autre elle est accommodée par l'art, et la nature l'embellit. Le coup d'œil de cette plaine au milieu de laquelle est Turin, sa fertilité, la vue du Pô auteur de ses agrémens, l'air riant de cette ville, un air françois qui se trouve dans les habitants, un beau jour d'automne, la sérénité du soleil et du jour, tout cela joint ensemble me fit un plaisir rare à trouver! Je ne fis que dîner dans cette ville, chez Cousin, à « TAuberge Royale, » excellent cabaret. Le Pô traverse cette ville; on le passe sur le seul pont que cette grande rivière ait sur tout son cours. Il est de brique et n^a pas grande beauté! Le voiturin La Fleur de Turin, bon.

Je vins de Turin coucher à Veillane et fis dix milles: les six premiers se passent dans une plaine fertile coupée par

1. « Ce roi-ci (Victor-Amédée II) ne songe, douze heures du jour, qu'à augmenter sa bourse. » Montesquieu, p. 128.

un chemin absolument uni et droit, bordé de jeunes arbres que je ne puis comparer qu'à un mail. C'est le Duc qui l'a fait faire depuis le siège ; cependant il est si beau et son uniformité si g-rande que, selon moi, il ennuyé : c'est le sort des beautés! Ce chemin conduit encore à la Vénerie. Au bout des six milles Ton trouve le vilain village de Rivoli; pour lors on entre dans une gorge fertile, commencement des Alpes. Par un chemin assez beau Ton arrive à Veillane, vilain trou commandé par une masure, jadis château, aujourd'hui à peine retraite des hiboux. « Les Trois Couronnes » sont Fenseigne d'un bon logis.

On compte dix-huit milles de Veillane à la Novalesa. En partant du gîte on suit, par un beau chemin qui monte imperceptiblement, une vallée dans laquelle coule la Doire qui arrose les murailles de la chétive ville de Suse qui n'est qu'à trois milles de la Novalesa. Cette petite ville n'est rien par elle-même; les hauteurs du côté de Turin l'ont ancien nement fortifiée par de petits ouvrages de facile garde et de difficile attaque ^ Depuis un an on travailloit plus considérablement du côté du mont Cenis, les ouvrages estoient presque finis et tout ce que l'on y faisoit est de dure digestion pour des assiégeans. La Novalesa est un trou où « TEcu » n'est pas si mauvais que le promet son aspect. Ce lieu est connu par l'embarras où l'on s'y trouve d'ordinaire puisque l'on est obligé d'y démonter les chaises^ et que d'ordinaire on se fait porter de là tout le mont fini : pour moi, je pris des mulets.

La montagne du côté de Turin est la plus longue, on la compte de deux lieues. On trouve au haut une petite plaine surmontée et environnée de montagnes, qui peut estre dune bonne lieue dans sa longueur. On la traverse el quand on est arrivé au haut. Ton trouve un lieu nommé : la Grande

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