‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 26 sur 197 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

me soucie point de moi^ceaux d'apparat, mais de guenilles, d'agathe, de pierre, de bronze, de terre ^ de vitre, qui peuvent servir en quoi que ce soit à j^etrouver un usage ou

seur d'antiquités voulait les lui montrer et avoir son avis. Ce fut là l'origine de nomlDreuses dissertations émaillées de citations. Celles sur le basrelief sépulcral de Démétrius, sur les ombelles d'un vase étrusque du musée Gualterio et sur le mesureur du monument de Bénévent, furent composées et imprimées à Rome de 1751 à 1754. L'ordre de St-Jean de Jérusalem l'avait nommé son historiographe; pour justifier une telle confiance, Paciaudi compose un gros traité sur les antiquités chrétiennes relatives au culte de St-Jean-Baptiste dédié à Benoist XIV qui, dès lors, se mit à protéger le théatin. Pendant le séjour que l'abbé Barthélémy fit à Rome en 1755, il se lia avec Tabbé Paciaudi dont l'ambassadeur de France, M. de Stainville, plus tard duc de Ghoiseul, faisait le plus grand cas. C'est par Barthélémy que Paciaudi fut mis en relation avec le comte de Caylus lequel, à la mort de Gori (1757), le fit nommer correspondant de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Telle fut l'origine épistolaire entre l'érudit théatin affamé de pamphlets contre les jésuites et le passionné antiquaire affamé de rognures antiques. Celui-là pourvoyait de fragments, de directions savantes, l'académicien, lequel, en échange, lui envoyait des ballots de brochures, de pamphlets et d'estampes qui inondèrent la France pendant les années qui précédèrent la suppression des Jésuites. En 1758, leur correspondance a quelque peine à se soutenir, mais en 1759 elle prend tout son essor et ne finit qu'au 1" sept. 1765, la semaine même de la mort de Caylus. La plupart des lettres adressées à Paciaudi, conservées dans la bibliothèque de Parme, sont intéressantes : Caylus quitte peu à pensa réserve altière, s'attache à l'abbé, lequel, de son côté, se multiplie avec une bonne grâce inlassable pour rendre service à son illustre ami. S'il hésite à accepter l'offre avantageuse du duc de Parme, c'est qu'il lui faut quitter Rome, centre des recherches archéologiques grâce à quoi il peut obliger l'académicien.

Le ministre de l'infant dom Philippe, du Tillot, auquel Caylus avait suggéré l'idée du choix de Paciaudi, en qualité de bibliothécaire du Prince et d'antiquaire de Son Altesse, l'emporte et Paciaudi, après avoir demandé un délai dans le but de finir son œuvre maîtresse Moniimenla, Peloponnesia (2 vol. in-4. Rome, 1761) où il cite dix fois Caylus, après une visite à Paris, longuement souhaitée, arrive à Parme au mois de juillet 1763. En dépit de contrariétés inouïes et d'obstacles multiples, l'abbé fut le seul fondateur d'une des plus remarquables bibliothèques de l'Italie. Chargé de diriger les fouilles de Véleia, il voulut en faire profiter Caylus, d'autant que le prince enjoignait à Paciaudi de lui dire qu'il le faisait « le maître et le feudataire de toutes les antiquités de Véleia, » mais Cajdus n'accepte les plus médiocres guenilles qu'à son corps défendant. La mort du comte, auquel le théatin avait voué un véritable culte, le remplit de douleur. L'infant dom Ferdinand succédant à son père, garda du Tillot et Paciaudi dans leurs fonctions et proscrivit les Jésuites. Comme ces derniers abandonnaient leurs écoles, le prince remit à Paciaudi le soin de dresser un nouveau plan d'études. Ce plan parut sous le titre : « Costituzione per li novi studi régi in Parma, » 1768 ; en môme temps, par des négociations habilement menées avec le bibliothécaire d'Emmanuel III de Sardaigne, li obtenait que Bodoni portât son industrie hors du Piémont et vint établir

IINTRODUCTION XXXI

le passage d'un auteur^... Toutes les guenilles même de terre cuite qui tiennent aux Etrusques et aux Egyptiens^ fussent-elles mutilées, me seront toujours utiles pourvu que Ion ait une idée de leur forme. Je vous ai témoigné du dégoût pour les morceaux de belle conservation, ces froids Apollons, ces belles prétendues Vénus^ etc. En vérité ce nesi pas par avarice, car je ne suis point avare, et je regarde V argent comme un moyen de satisfaire son goût, mais je crois quun honnête homme doit proportionner sa dépense à son argent, et dans la vérité je compare les belles antiques aux belles dames et aux beaux messieui'S dont la toilette est complète, qui arrivent dans une compagnie, s y montrent et n apprennent rien ; au lieu que je retire quelquefois d'un morceau fruste, que je comparerois en ce cas à un homme crotté, le sujet d'une dissertation et l'objet d'une découverte. Car nos modernes ont beau dire, ils veulent par excès de vanité tirer toute la couverture à eux : plus je vais et plus je vois que les anciens ont tout

connu Plusieurs de ces guenilles ni ont fait trouver des

opérations mécaniques très singulières et très utiles aux artistes pour lesquels j'avoue que j'aime le plus à travailler-. Voilà le sujet pour lequel je ramasse volontiers les ordures. Je ressemble en cela aux cliiffonniers Ronde-bosse, bas-

l'imprimerie bodonienne à Parme, la plus justement célèbre dans toute l'Europe,

Mais les revers allaient commencer. Entraîné dans la chute du ministre du Tillot, l'abbé fut destitué de ses charges et relégué dans le couvent de Sainte-Catherine de Parme où il languit six mois. Le prince le rappela à la cour, il y reprit son triple travail pendant deux ans, au bout desquels il donna sa démission et se retira à Turin, dans un couvent. Il connut alors un désœuvré de talent, le marcjuis Vittorio AUieri et il orienta sa vie vers des idéalités fortes et civiles. Son disciple lui voua une éternelle reconnaissance. Les instances de dom Ferdinand, et les ordres formels de son oncle Victor- Amédée, contraignirent Paciaudi, vieilli et infirme, à repartir pour Parme où son talent fut partage entre les soins de la bibliothèque et la direction de l'enseignement. Il travailla en dépit de ses infirmités nombreuses. Il s'endormit rassasié de jours, le l^"" févr. 1785, à l'âge de 7o ans. Winkelmann lui témoigna toujours une considération particulière.

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