‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 38 sur 197 · Lettre GXXVII. Ce jugement est en tout fort juste · texte numérisé non relu

Lettre GXXVII. Ce jugement est en tout fort juste

INTRODUCTION XLÏ

rentre pas dans cette catégorie. Un trait sympathique de son esprit, c'est de ne jamais parler ex-cathedra. 11 est si modeste. Il insiste pour avoir des lumières et des corrections. Il admet qu'il peut se tromper, aussi parle-t-il en homme faillible qui cherche à s'instruire. Le dernier défaut qu'on oserait lui attribuer, c'est la fatuité. Les lumières bornées n'offrant en général que des conjectures arbitraires, il demande qu'on le conduise à la vérité par la critique. A une critique austère et impartiale il soumet son Recueil^ et souhaite que les Italiens surtout en relèvent les erreurs et les remplacent par de meilleures explications. Il confie à* Paciaudi que la critique rigoureuse est à ses yeux la preuve d'amitié la plus touchante. Les compliments le mettent mal à son aise, il est si mauvais complimenteur lui-même, que les superlatifs italiens l'obsèdent et Tencens létouffe. Gori le couvre d'hommages ; Piranese dit trop de bien de lui ; les éloges du cardinal Spinelli le font rougir; ceux du cardinal Passionei le mettent sur le gril; Barthélémy n'ose lui répéter les mille choses flatteuses qu'on lui mande de Gênes^ de Bologne, de Rome, où sa réputation est solidement établie, parce qu'il sait que le comte ne les aime point ; le cardinal Rezzonico, qui lui adresse une épître admirative en latin, le fait suer d'ahan; l'Infant de Parme le nomme u feudataire des fouilles de Véléia » et le malheureux Caylus, qui ignore d'avoir tant de mérite, se dérobe, conjure ses intimes de ne pas l'exposer ainsi à l'inimitié ou au ridicule \ et supplie Galvet : « Au nom des dieux, ne me faites plus de compliments, ils me font le même effet qu'à Scarron, ils me font pleurer. )^ Ne sait-il pas que la critique est en tout plus digne des Muses sévères auxquelles il sacrifie? Ces Muses exigent l'homme tout entier avec des connaissances multiples, un esprit d'ordre et de géométrie-. Il conclut, cet esprit dépouillé de toute vanité :

\. « Que nous savons donner dans ce pays-ci mieux et plus qu'en aucun autre. ■> Lettre XXXVIII.

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