INTRODUCTION V
amplifiée, quelques mois plus tard, au spectacle d'Ephèse et d'Athènes, elle consacra sa triple activité d'artiste, de critique et d'archéologue^. Nous nous efforcerons de le prouver.
Sa mère le prie donc en vain. En vain essaye-t-ellc de lui décrire les pièces qu'elle lui prépare à Tentresol que le roi lui a cédé au Luxembourg. Il s'attarde, il se dispose à visiter, en felouque, la côte jusqu'à Marseille. Tout à coup, la nouvelle de la mort du roi, accompagnée de l'appel pressant de sa mère^ le ramènent à Paris, le 2 octobre 1715, où il trouve tout en un bel estât.
Il trouve sa grand'tante hermétiquement cloîtrée à Saint- Gyr ; il trouve sa mère employant toute sa vaillance à garder sa simple retraite ; il trouve les fidèles de Louis XIV réduits de la veille à la misère et mendiant une partie de leurs pensions brutalement retranchées. Il trouve son frère, auquel, par une vente simulée, il cède son régiment et il prétexte sa mauvaise santé pour quitter l'armée. Il est entouré dépaves, la plupart altières, toutes moroses ; mais il n'a pas le temps de s'en lasser, car sur cette grandeur déchue et mal résignée, sa mère prodigue sa vivacité secourable. La solitude n'est point pour l'effrayer, de beaux souvenirs la peuplent. Quant à l'ennui, cette maladie endémique du xvin*^ siècle, que cache à la fois si bien et si mal un carnaval de parade, Caylus sait comment y échapper. Il s'occupe. Il alterne ses délassements laborieux au gré d'aptitudes variées. Il travaille à une chronologie pour l'abbé Gonti^; il peint le portrait de ses jeunes tantes; il conduit
1. Dans notre modeste lecture : La Route de Damas, nous avons démontré comment tous les esprits, les médiocres même, ont été, en quelque mesure, épris ou transformés par l'Italie. Nous ignorions alors ce voyage d'Italie de Caylus qui nous eût fourni la pièce la plus convaincante.
2. c< Venez incessamment me donner les consolations qui dépendent de vous; je vous le demande, je vous en conjure et je vous l'ordonne. Je ne saurois croire que vous ne m'obéissiez pas sur-le-champ. » Op. cit. (9 sept. 1715).
3. L'abbé A. S. Conti (1677-1749), savant, philosophe, auteur dramatique, s'occupe particulièrement d'esthétique. Lié avec la marquise de Caylus qu'il avait approchée dans son premier séjour à Paris, il rappot-te