‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 46 sur 197 · XLVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVIII INTRODUCTION

comme avec ses antiques, il prend son bien où il le trouve et délibérément donne à chacun ce qui lui revient. Il prouve et documente ce qui peut être prouvé et documenté, il doute sur les choses douteuses, il affirme en se fondant sur des raisons explicites, et lorsqu'il faut recourir aux conjectures, il n'hésite pas à le faire. Si parfois son imag-ination l'égaré, ou bien si séduit par des analogies extérieures, il a risqué une solution fautive, il s'empresse à s'en accuser. Cet ensemble de procédés strictement scientifiques font du Recueil un ouvrage nouveau à sa date, important dans l'histoire des arts et utile quoique vieilli.

Lé Recueil a pourtant un grave défaut. Il ne prouve que trop la répugnance de Gaylus pour le système qu'il considère comme un boulet dont l'écrivain, l'artiste, l'érudit s'embarrassent et qui force les matières à entrer dans les idées. D'avance, les auteurs à système se condamnent à se mouvoir dans les limites d'un compas. Le préjugé de Caylus paraît dans la présence des objets les plus disparates sur la même planche. Obligé à s'en remettre au hasard des arrivages, menacé tour à tour par l'opulence et la disette, il vit au jour le jour et se tient au proverbe : « Il faut prendre le temps comme il vient. » Une planche est à moitié tirée, il utilisera le contenu de l'envoi en route, quel qu'il soit, pour la compléter. Pas n'est besoin de dire que les idées sont jetées, elles aussi, au hasard des gravures et leur décousu fatigue le plus endurant. La diversité de la valeur intrinsèque des planches donne une valeur différente aux volumes du Recueil. Le premier, le troisième et le quatrième sont d'une belle venue : les autres sont médiocres. Le dernier est en tout un volume remarquable : il représente le testament archéologique de Gaylus.

L usage continu de la comparaison, l'étude coutumière du détail, l'analyse des diverses matières: bronze, marbre, terre cuite, pierre dure, verre, avaient à la longue perfectionné ses sens et aiguisé sa pénétration tant et si bien que l'antiquaire découvre où des érudits tâtonnent et devine

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