CHAPITRE XVII
A ce moment, tous les spectateurs de cette ^cène tragique se réunirent pour en hâter le dénouement, apportant des branches sèches afin d'activer le brasier.
Nous écoutâmes avec une curiosité mêlée d'horreur tous ces détails que le narrateur donnait de la manière la plus simple et la plus calme. — Pour effacer de notre esprit l'impression peu agréable que de tels récits devaient y laisser, Mme Cheney nous contait, à son tour, des anecdotes tout italiennes. Passionnée pour les arts, elle avait passé dans ce pays les plus belles années de sa vie. Mais ayant toujours de préférence habité le midi de l'Italie, entre deux séjours qu'elle fit à Gênes, il s'écoula quarante années. La première fois qu'elle y vint, elle lia connaissance avec la duchesse de B..., qui était alors une des femmes les plus belles et le plus en vogue. La duchesse, selon l'usage, avait un amant déclaré; c'était un voyageur anglais. Le jour
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que Mme Cheney prit congé de la duchesse, elle fit un croquis du salon où s'étaient écoulés avec rapidité tant d'instants agréables, et elle anima cette image muette du portrait de ses deux amis, dont, au bout de quelque temps, elle n'entendit plus parler.
Quarante ans plus tard , repassant par Gênes, son premier soin fut, comme on le devine aisément, d'envoyer à l'hôtel de la duchesse afin d'avoir de ses nouvelles; elle reçut aussitôt une invitation pressante, à laquelle elle se rendit dans la soirée. — Elle parcourut lentement ces nombreux degrés que jadis elle escaladait si lestement ; ce fut avec tristesse qu'elle se représenta le changement qu'un aussi long espace de temps avait dû produire sur les traits de ses amis. Le vieux majordome, qu'elle reconnut aussitôt, l'annonça, et elle aperçut la duchesse ainsi que le voyageur anglais assis à la même place où elle les avait laissés; quarante années avaient bien un peu