CHAPITRE XVIII
verte Lombardie qu'on parcourt avec la rapidité de l'éclair. Cette route n'offre de remarquable que la Chartreuse de Pavie, fondée par Galéas Visconti et supprimée par Joseph II (i). Aucune des églises que j'ai vues en Italie n'est plus opulente. La façade en marbre de différentes couleurs est incrustée de porphyre et de jaspe. La richesse inconcevable et le fini des ornements, la beauté des matières et l'harmonie parfaite qui règne dans cet ensemble de magnificences plutôt asiatiques qu'européennes, font de la Chartreuse un des édifices les plus étonnants qu'il soit possible de voir. Bien qu'on ait enlevé les meilleurs tableaux , il en reste encore quelques-uns de i'école primitive qui méritent l'attention, entre autres une Madone du Pérugin de la plus grande beauté.
Depuis le Jean Bellin de Venise, je n'avais
<i) En 1784.
rien vu de cette école primitive qui m'ait autant frappée, et cette alliance de la grâce naïve avec la simplicité paraît être particulière aux anciens peintres. Ce tableau a de plus le grand avantage de n'avoir point poussé au noir.
Si Gall eût été appelé à visiter les protubérances de mon crâne, j'aurais eu l'humiliation de l'entendre parler d'une disposition marquée pour le vol, grandement développée par le voyage d'Italie.
Après nous avoir montré en détail toutes les richesses que l'église renferme, le custode nous mena dans l'intérieur du couvent, jadis habité par les Chartreux. Joseph II, après avoir supprimé cet ordre contemplatif, confisqua l'immense revenu attaché par les ducs de Milan à cette fondation. Toutefois, on prend soin de conserver les vastes bâtiments construits autrefois pour les vingt-quatre Chartreux, habitants de cet énorme local. Chaque moine possédait une petite maison , qui se