CHAPITRE XVIII
composait de quatre chambres fort propres et d'une petite cuisine ; chacun avait un jardin dont les berceaux de vigne font le principal ornement, un banc et un puits en pierre dont l'effet pittoresque n'est point à dédaigner. Tout V est encore si bien conservé qu'on croirait visiter la cellule d'un moine qui aurait quitté sa demeure pour un saint pèlerinage. Ces vingt-quatre maisonnettes, avec leurs cheminées élevées et construites en briques rouges, sont placées symétriquement autour d'une cour carrée d'une vaste dimension. Cette cour ser\ait de cimetière aux pieux solitaires; elle est entourée d'une s^alerie éléoante et légère. Les corniches, ainsi que les ornements exécutés en terre cuite, sont aussi riches que variés. — Je les observai avec d'autant plus d'attention que cette terre cuite me paraît convenir à notre climat. Ces matériaux, à l'épreuve de l'humidité et du temps, se durcissent à l'air et sont susceptibles du travail le plus délicat;
puis la couleur rouge foncé qu'ils conservent produit un effet agréable à l'œil, principalement quand on les emploie à l'architecture gothique. Après nous être arrêtés quelques heures à examiner cette curieuse Chartreuse, nous arrivâmes à Milan sans éprouver à la douane aucun des désagréments dont on nous avait menacés et sans être attaqués par les brigands qui, disait-on à Gènes, infestaient le pays. La jalousie existant entre ces deux villes est la source de bien des bruits ridicules auxquels il ne faut point ajouter foi (i).
(i) Sur la Chartreuse de Pavie, voir un charmant guide illustré, publié par A.-L. Beltr.aaii, la Ccrtosa di Pavia, storia (1396 1895) e descrisioiie, i vol. Milan, 1895. — La Vierge de Pérugin dont parle la comtesse sert de retable à la seconde chapelle gauche (chapelle de saint Michel Archange). Ce retable avait six compartiments, dont il ne reste que le compartiment supérieur (Vierge) ; trois de ces tableaux ont été remplacés par des copies, les cinq originaux sont maintenant à la Galerie Jtaiionale ■à Londres.