CHAPITRE XIX
ces productions nouvelles les rendra toujours rares. Toutefois, mon mari ne put résister au désir de voir dans sa chapelle une fenêtre de ce genre, et nous en commandâmes une dont je donnai le dessin.
Après avoir fait un tour au Corso , qu'on nous dit être beaucoup moins brillant à cette époque de l'année, l'aristocratie étant absente, nous allâmes voir la fameuse fresque de Leonardo da Vinci; c'est là une de ces beautés de convention sur lesquelles les voyageurs se croient obligés de s'extasier afin d'obtenir le titre de connaisseur. Je suis fâchée de devoir dire qu'il ne reste plus qu'une faible trace de cette composition tant vantée ; on retrouve à peine deux ou trois têtes qui donnent l'idée de ce qu'elle devait être, et l'effet en est entièrement perdu, ou plutôt effacé. Dans quelques années, ces fragments légers auront disparu, ainsi que tout le reste ; l'humidité et le temps font tomber par plaques le crépi et par
conséquent la peinture. Une journée si bien employée fut terminée par le plus beau des spectacles; on donnait V Ultiino giorno di Pompei, nouvel opéra de Paccini, ce jeune imitateur de l'immortel Rossini. Le seconrl acte m'a paru fort supérieur au premier; ne serait-ce pas parce que l'on y rencontre plus d'une réminiscence?
La Bibliothèque Ambrosienne est dans un local plus que modeste ; fondée par Charles Borromée, elle appartient à sa famille, qui en laisse la libre jouissance au public. Nous y vîmes des manuscrits très curieux, entre autres un Virgile, copié de la main de Pétrarque, avec des notes sur les marges. Je n'aime ni à décrire ni à visiter les bibliothèques ; cette manière de voir en passant une chose dont la valeur ne peut être appréciée qu'à la longue m'a toujours été peu agréable; aussi ma curiosité ne va jamais au delà des manuscrits. Je ne sais ni le nombre de volumes, ni les édi-