‹ Voyage d'ItalieChapitre 11 sur 120 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Plus tard, j'allai au palais Barbarigo, dont parlent tous les itinéraires. Je fus d'abord repoussée par la malpropreté du vestibule et de l'escalier; cependant, me faisant violence, afin de ne pas perdre ma peine, je demandai à voir la chambre du Titien, qu'on recommande à la curiosité des voyageurs. On me répondit que ce n'était pas sa chambre, mais son atelier, qu'on allait me montrer, et à travers un galetas rempli de vieilles estampes on me conduisit dans une pièce carrée pleine de tableaux couverts de poussière et complètement négligés. J'allais me retirer, lorsque la vieille qui nous guidait s'écria : Ecco la Magdalena! Je me retournai, et j'aperçus une femme en pleurs dont le chagrin est si noble et si profond que je me demandai comment l'art avait pu rendre tant de beauté à travers tant de souffrance. Je restai immobile; plus je regar-

dans le plus bel encadrement qu'il y ait à Ver.ise. » BuRCKHARDT, Ciccroiie.

dais cet ouvrage divin, plus j'étais étonnée qu'il fût donné à l'homme de surprendre ainsi les secrets de la nature. La Madeleine du Titien n'est point une coquette qui pleure ses péchés. C'est une femme grande et forte reportant vers Dieu les dons qui contribuèrent à l'égarer. Malheureuse, elle cherche auprès du Créateur un refuge et un pardon que les hommes lui refusent. C'est avec une âme de feu qu'elle se jette dans les austérités de la pénitence, qui n'ont point encore détruit les restes d'une admirable beauté.

L'état d'abandon on je voyais la casa Barbarigo me fit espérer qu'on pourrait acquérir ce magnifique tableau (i). Ma surprise fut extrême lorsqu'on me répondit que le vieux marquis, jouissant de sept mille sequins de rente , habitait ainsi par goût un palais dégradé et avait rejeté avec dédain toutes les

(i) Cette Madeleine est sans doute celle du musée de l'Ermitage, à Pétersbourg.

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