CHAPITRE II
propositions d'achat que lui avaient faites les Anglais.
Le troisième chef-d'œuvre que j'aurais voulu emporter se trouve au palais Grimani, d'une tenue et d'une élégance peu communes en Italie. Un admirable petit musée, dont Sansovino traça jadis le plan, renferme un buste d'Hélène, du plus beau temps de la Grèce ; on y retrouve cette touche grandiose et cette touche divine dont seuls les Grecs ont su empreindre leurs œuvres. Ce buste est la plus belle apologie de la guerre de Troie.
Le custode nous assura que le prince Esterhazy en avait offert deux mille louis. Cette proposition fait honneur à celui qui la fit et à celui qui la rejeta.
Je quittai Venise à regret. Je visitai les plus belles églises, et je fus étonnée de ne pas y voir un plus grand nombre de beaux mausolées. Le seul remarquable est celui du doge Andréa \'endramin. Les statuettes qui le décorent sont
tout à fait gracieuses, et les ornements semigothiques me semblèrent du meilleur goût. Il se trouve dans la belle église de Saint-Jean-et- Paul(i).
Le 29 septembre, nous arrivâmes à Bologne et allâmes loger au Lion de Saint-Marc : on nous donna l'appartement réservé aux souverains; nous y fûmes bien, mais passablement écorchés. Le lendemain matin, je m'empressai d'envoyer la lettre que la reine (2) m'avait donnée pour sa fille, la marquise Pepoli. Bientôt après je vis apparaître cette dame. C'était une grande et fort belle personne, fort grosse, quoique très jeune. Son ton, ses traits et ses opinions avaient quelque chose de viril qui surprenait au premier abord. Son mari était tout petit, tout court, tout rond, tout blond, suant beaucoup, parlant peu, ne sachant que
(i) Zanipolo. Le monument dont il est question est l'œuvre d'Alexandre Leopardo (1472).
(2) Caroline Murât.