CHAPITRE XIX
ennuyée de la vue de tant d'objets peu dignes d'être remarqués, lorsque des cris d'admiration vinrent frapper mon oreille et réveiller ma paresse. J'accours et je trouve des voyageurs en extase devant des toiles d'araignée en ficelle artistement tendues dans une grotte artificielle. Rien ne manquait à cette hideuse image, pas même l'araignée, dont l'énormité ajoutait encore au dégoût de cette représentation.
J'espérais être dédommagée de tant de fatigues par la vue desserres, dont on parlait avec admiration ; cependant celles de la Malniaison, dans le temps où je les ai vues (i), les surpassaient de beaucoup en richesse. Après trois ou quatre heures d'une promenade d'autant plus fatigante que la journée était très chaude, nous nous rendîmes enfin à l'église. La couronne de fer y est conservée religieusement dans une sorte de reliquaire ; on dit
(i) \'o\{ M'incircs , p. 25C-2JI.
2o6 VOYAGE D'ITALIE.
que les plaques d'or qui composent le bandeau recouvrent un cercle de fer fait avec les clous de la croix de Jésus-Christ. Le travail grossier de cette couronne atteste sa vétusté ; on prétend que c'est un don de la reine Théodolinde. Ce qu'il y a de certain, c'est que Charlemagne, couronné roi de Lombardie en 774, se rendit à la Monza pour mettre sur son front ce bandeau, qui ne servit depuis qu'à Charles- Quint et à Napoléon. — Qu'ils sont heureux, les peuples auxquels on a laissé les souvenirs glorieux de leur antique existence !
Nous aussi, nous avions le glaive de Boleslas , la couronne de Casimir le Grand , le sceptre brillant de Sigismond; mais tous ces vestiges glorieux , tous ces insignes de nos héros ont servi de trophées aux indignes spoliateurs qui ont détruit notre existence politique, et désormais un sol aride, inondé tant de fois du sang de nos braves, est le seul souvenir qui nous reste.