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CHAPITRE XIX

venir du célèbre congrès, lequel, il y a peu d'années, réunit les personnages les plus remarquables et vit deux puissants monarques se jurer une amitié sans bornes, bientôt transformée en animosité sans merci!

LETTRES DE CAROLINE MURAT (l) A LA COMTESSE POTOCKA-WONSOWICZ.

Trieste, le S février 1827.

Vous êtes on ne peut plus aimable, madame, de tenir à un souvenir, que vous avez rendu celui de toute la vie, je vous remercie de me conserver le vôtre, auquel je tiens beaucoup;

(i) Lettres de Caroline, ci-devant reine de Xaples, ■sœur de Napoléon. J'ai eu en elle une \ éritable amie. •C'est elle qui a donné à mon fils Maurice la croix de la Légion d'honneur que Napoléon portait toujours sur lui.

{.\ole de la comtesse.)

il ne se passe guère de jour que nous ne parlions de vous... mais Nathalie semble m'avoir oubliée... Je suis bien aise de ne pas avoir pensé que vous publieriez votre voyage d'Italie ou que vous puissiez parler de Trieste ; j'avoue que cela aurait mis beaucoup de gêne dans ma manière d'être — je me suis laissée aller à toute l'amitié que \ous m'inspiriez , je ne croyais pas que vous vous en souviendriez pour l'écrire.

Le général [Mac Donald], bien souffrant de la goutte, vous présente ses respects. L'hiver se passe tristement pour moi, puisse-t-il être plus heureux pour vous et ne pas se passer sans qu'il m'apporte des nouvelles de vous, de bonnes nouvelles...

J'ai envoyé ces jours-ci à madame votre mère ce que j'avais encore à vous, du gingham [guingan] et quelques restes de percale et de papier; j'y ai ajouté la médaille du monument de Canova élevé à \'enise par les soins du

comte Cicognara, que vous avez connu et apprécié; je désire qu'elle vous rappelle l'Italie et ceux que vous y avez laissés qui vous sont bien attachés.

Caroline.

D'après cette lettre, on voit que c'est la reine Caroline qui la première parla à la comtesse Potocka-\Vonso\vicz de l'intention qu'avait le prince Roman Sanguszko d'épouser Nathalie Potocka.

Trieste, le 12 juillet 1827.

Je me délasse, madame, de la chaleur excessive que nous éprouvons, en vous écrivant pour vous remercier de votre bonne lettre... Maintenant je vous suis à Gênes, et rappelle à ma mémoire cette belle ville pour vous suivre dans vos courses, dans tous les moments

2i6 VOYAGE D'ITALIE.

de votre journée. Je vais passer huit jours auprès de mon beau-frère le prince Bacciochi; la distraction m'est nécessaire, un petit voyage me fera du bien. On dit que la situation est charmante, les sites romanesques, mais point de causerie, point de société.

Donnez-moi des nouvelles, je vous prie, de votre bon fils (i), et dites-lui que je lui veux du bien. Le beau voyage que le comte Wonsowicz (2) fait ! il revoit la France ! Je le trou\ e bien heureux, et nos vœux le suivent. Je vois tous les jours le prince Stanislas (3), son frère (4) est beaucoup mieux, et à mon retour de Cassel je ferai sa connaissance, ainsi que celle de sa mère, ils passent encore deux mois ici : tout ce dont f ai pu lu' apercevoir, c'est que les deux

(i) Le comte Auguste Potocki.

(2) Le générai Wonsowicz avait quitté sa femme à Gênes.

(3) Sanguszlio.

(4) Le prince Roman, qui épousa Natlialie Potocka ea

frères avaient le plus grand désir de vous connaître ; le portrait de Nathalie a fait un effet miraculeux , il l'a emporté aujourd'hui pour le montrer à sa mère et à son frère; il parait que ce dernier désirerait épouser Nathalie, mais qu'il ne voudrait être dirigé par personne dans son choix, il voudrait devoir au hasard la connaissance de son épouse, il a en antipathie les mariages arrangés; je vois qu'il aurait désiré que vous fussiez venu£ prendre à Trieste les bains de mer... Le prince Stanislas Sanguszko passe ses soirées avec nous, nous faisons de la musique, il chante en amateur, il est agréable, a vingt-trois ans, et parle de son pays, de tout en général, fort bien; nos conversations finissent toujours par vous, vous voyez, madame, que je conserve encore des illusions à mon âge, car je trompe l'absence en m'entretenant de vous.

Voilà une véritable gazette;/^ serais si heureuse si je pouvais contribuer au bonheur d«

2i8 VOYAGE D'ITALIE.

Nathalie et au vôtre ! Venez prendre les eaux à Trieste...

Le général se met à vos pieds, il fait dans ce moment des dessins charmans. Nathalie at-elle reçu la lettre que je lui ai écrite il y a trois jours?

Caroline,

Campo Mars (Trieste), le 25 mai 1829.

Non certes, silence n'est pas oubli... que je partage de tout mon cœur le bonheur de Nathalie (i) est facile à croire, je la désire heureuse et j'ai toujours pensé qu'il n'y avait que deux biens réels dans la vie, dont l'un est les enfans. J'avoue que le silence que Nathalie a gardé avec moi m'a peinée, il me semble que

(i) Elle venait d'épouser le prince Roman Sanguszko.

j'aurais senti le besoin de dire à qui m'a tant aimée : je suis heureuse ! . . . Mme Odo : a passé par Trieste, il y a quelques semaines et a été charmante , elle veut prendre des bains de mer cet été, c'est une société des plus agréables, elle ne craint pas de venir me voir, car, malgré tout ce qu'on a dit, on est de même avec moi. J'ai prié le chevalier Gérard de vous apporter cette lettre, de vous parler souvent de moi, je compte sur une longue réponse, et je vous prie de ne pas m'oublier auprès du comte.

J'ai reçu, madame, le petit mot que vous m'avez adressé avec tant d'empressement par la mère de Mme Zamoyska. Combien j'ai été touchée de votre bon souvenir, il m'a fait un bien réel; cependant j'ai été bien peinée d'ap-

prendre que vos affaires n'étaient pas terminées. Mme Str. . . m'avait assurée que vos biens étaient rendus! Me voilà dans de nouvelles inquiétudes , vous sachant encore incertaine sur votre avenir (i), et surtout n'ayant plus l'espoir que vous puissiez songer à un voyage en Italie; j'avais caressé cette idée, je vous prie de m'écrire s'il faut renoncer à ces douces illusions?

M. Gérard me donne de vos nouvelles, madame, mais cela ne me suffit pas, parlez-moi du bon Maurice (2) et de Wonsowicz (3), on me demande de leurs nouvelles, ils ont laissé de douces impressions à Florence, et ces dames désirent des détails sur ces deux aimables Polonais.

\'euillez demander à Maurice pourquoi,

(i) Les biens ne furent rendus qu'en avril 1S36, à des conditions assez dures.

(2) Le comte Maurice Potocki. second fils de la comtesse, voir Mémoires, Introduction.

(3) Second mari de la comtesse.

lorsque je lui ai renvoyé son album, je n'ai pas trouvé le grenadier posant des couronnes civiques, lui a-t-il été volé ou en a-t-il disposé autrement?

Il vous intéressera peut-être de savoir que la Madone avec la sainte famille est à Vienne, qu'elles font une dépense qui prouve qu'elles sont enfans ou qu'ils n'ont pas dit la vérité sur la succession qui est immense.

Pendant que je dicte ma lettre, je suis dans m.on lit, malade depuis quelque temps; je suis entourée de vos ouvrages et chaque jour je suis plus touchée que vous vous soyez toujours donné tant de peine pour moi. J'ai placé le charmant tapis sur ma belle table, j'aurais craint qu'on y posât les pieds. Le coussin est celui que je préfère et dont je me sers sans cesse. Un mot, je vous prie, qui me dise quelle sera votre détermination pour votre voyage en Italie. Point de choléra ici, on a levé les cordons, Florence a besoin de se repeupler.

Le général se met à vos pieds et ne renonce pas à l'idée de vous revoir à Florence. Je vous quitte, madame, sans vous dire adieu, j'aime mieux vous dire à revoir.

Croyez à ma vive amitié.

Caroline.

Florence, 12 novembre 1835 (i).

(i) Sur le séjour de la reine Caroline en Italie, voir Souvenirs et correspondances de Mme Récmnier.

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