BILLET DE LA REINE HORTENSE A LA COMTESSE POTOCKA-WONSOWICZ
Ma chère comtesse, donnez-nous, je vous prie, des nouvelles de notre chère Nathalie, j'en suis inquiète, et il me tarde de savoir par vous-même qu'elle est tout à fait bien. Vous connaissez mes sentiments pour vous et pour elle, j'ai donc des droits à votre amitié et j' 'espère bientôt pouvoir vous renouveler toute celle que je vous ai vouée.
HORTENSE (l).
Rome, ce 20 avril 1827.
(i) La « Française » dont il est question dans les ^1?moires, p. 268, est la reine Hortense.
LETTRES DE LA REINE CATHERINE (l), PRIN- CESSE DE WURTEMBERG, A LA COMTESSE POTOCKA-WONSOWICZ .
J'ai tardé bien longtemps, ma chère comtesse, à vous accuser réception du petit billet que vous m'avez écrit de Vienne, en date du 25 septembre, n'ayant voulu le faire qu'après mon retour à Rome où nous sommes arrivés depuis peu de temps...
Pourquoi faut-il, chère comtesse, que nous
(i) Lettres de la ci-devant reine de Westphalie, femme de Jérôme Bonaparte, écrites de Rome. Je n'ai point connu de femme plus digne d'admiration et d'attachement : son mari disait que depuis vingt ans il lui cherchait un défaut et qu'il ne pouvait le trouver. " {Xote de la comtesse.)
ne puissions pas conserver l'espoir de vous revoir bientôt? Votre présence, ainsi que celle de votre famille, a été pour moi un véritable dédommagement à bien des peines. M. Fox est ici, il a été très malade et je le trouve changé. Ne serait-ce pas quelque chagrin de l'âme (i)? C'est ce que quelqu'un de votre connoissance pourrait peut-être vous expliquer! ! !... Mes enfants se portent à merveille, le plus vieux (2) n'a pas oublié sa petite femme (3).
Adieu, ma chère comtesse, ne doutez jamais de mon attachement.
Votre affectionnée,
Catherine.
Rome, ce 4 décembre 1S27.
P. -S. — Je fais adresser aujourd'hui à la
(i) Voir plus loin les lettres de M. Fox.
(2) Le prince Napoléon.
(3) Nathalie Potocka.
comtesse Tyszkiewicz (i) à Vienne les roses et les fraises du Chili que vous avez désirées, j'espère qu'elles arriveront à bon port.
Si c'est toujours avec le plus grand intérêt que je reçois vos lettres, ma chère comtesse, je dois avouer que votre dernière du 13 novembre me laisse un sentiment pénible en ce qu'elle me fait voir que vous n'êtes pas aussi contente que vous méritez de l'être... il n'est que trop vrai, ma chère comtesse, qu'il faut se résoudre à ne voir un meilleur avenir qu'à travers un voile sombre et incertain.
Nous eussions bien désiré apprendre que la chère Nathalie a trouvé quelqu'un selon son cœur, en attendant le pauvre Fox mène ici
(i) Mère de 'a comtesse.
une vie très retirée et très monotone, fréquentant peu la société et restant presque toujours chez lui... Vous ne devez pas douter, ma chère comtesse, du tendre intérêt que mon mari et moi prenons à vous et aux vôtres... Les statues sont placées comme vous l'avez indiqué, la mienne sera drapée d'après votre dessin : nous a\*ons fait de l'ancienne galerie des statues un salon habituel, très confortable et très gai, où nous nous tenons, et où tout se trouve réuni, piano, harpes, table ronde, table d'échecs, etc. , etc. Nous espérons bien, chère comtesse , que l'hiver prochain vous vous déciderez à venir prendre votre place au coin du feu, où nous tâcherons que le tems ne vous paroisse pas trop long. Nos deux jeunes enfans (i) sont un peu enrhumés, l'aîné se porte bien et continue à bien travailler à Sunni.
(i) Le prince Napoléon et la princesse Mathilde.
Adieu, ma chère comtesse, nos tendres amitiés à Nathalie et nos complimens au général et à votre fils.
Toute à vous,
Catherine.
Rome, ce 5 janvier 1828.
Rome, ce 13 décembre 1828.
Bien souvent j'ai regretté le peu d'exactitude des postes, mais aujourd'hui, je m'en plains amèrement, puisqu'elle m'a privée des lettres que j'attendais avec impatience!!... Enfin celle du 15 est arrivée et j'y vois avec un plaisir infini l'établissement prochain de notre charmante Nathalie, au bonheur de laquelle je m'intéresse vivement. Ma bénédiction, n'en doutez pas, l'accompagne à l'autel... Qu'il nous seroit doux d'espérer que Rome
puisse devenir un lieu de rendez-vous et que nous nous retrouvions tous un jour dans ce petit cabinet que vous trouvez sx confortable... Aucune des tracasseries dont vous avez été témoin n'est encore aplanie, et les années se succèdent sans apporter le moindre changement, cependant les bons offices du prince G. . . ne se ralentissent pas, mais il faudrait une impulsion plus forte que la sienne, qui toute de bonne volonté n'est pas assez énergique; le temps qui est gros de V avenir nous apprendra si enfin nous pouvons espérer de planter nos choux où il nous convient 1 ! !
Vous devez rencontrer souvent Don Desiderio, je le vois d'ici lorgnant certain jeune homme dont je ne puis avoir de nouvelles; je pense que vous devez le voir, et même lui parler, que vous êtes heureuse, que je vous envie ce bonheur! ! !
Notre hiver jusqu'ici est triste et monotone, l'afïïuence prodigieuse d'Anglais ne le rend
pas plus gai, n'en voyant aucun chez nous, aussi nos soirées se passent solitairement en songeant à ceux que nous aimons. A propos, j'ai envie de vous faire la guerre de ne pas me dire un mot du général (i), seroit-il absent? Dans tous les cas , veuillez lui dire qu'il vit dans notre souvenir! X 'oubliez pas de me dire l'époque à laquelle Nathalie passera des bras d'une mère dans ceux d'un époux fortuné, je voudrais pouvoir en être le témoin , mais à défaut mes vœux l'accompagnent et mes pensées la suivent dans ces moments de félicité. Je vous quitte, ne voulant pas vous dérober trop longtemps aux préparatifs de fêtes dont vous devez être occupée. Croyez à mon attachement, puisqu'il part du cœur.
Catherine.
Mes enfans grandissent. Plon-Plon (2), lors-
(i) Le général Wonsowicz.
(2) Le prince Napoléon.
que je lui ai annoncé l'infidélité de sa belle, a rougi, puis a dit avec un air de dédain : « Eh bien, c'est égal! » Cela promet comme vous voyez. Alathilde (i) est enchantée de la jolie ceinture pour laquelle elle vous offre ses remerciements.
Rome, le 9 mars 1829.
Je ne sais ce que vous devez penser, chère comtesse , de n'avoir pas reçu de réponse à votre bonne et aimable lettre du commencement de l'année, ce n'est pas l'oubli, soyez-en certaine; mais un gros vilain rhume, qui est une véritable maladie pour moi m'a retenue près d'un mois au lit et m'a empêchée de causer avec vous que nous aimons tant.
(i) La princesse Mathilde.
J'ai dans l'idée que certain jeune homme que je suis fâchée que vous ne voyiez que de loin jouera avant peu un rôle, j'espère qu'il sera digne du nom qu'il porte, et qui ne peut être obscurci ni rehaussé par aucun nom, ni titre étranger! !
C'est avec l'anxiété d'une tendresse bien réelle que mon mari et moi attendons la nouvelle du mariage de notre chère Nathalie, puisse-t-elle être aussi heureuse que nous le désirons... Veuillez l'embrasser bien tendrement de notre part et dire à son mari qu'il ne peut plus désormais nous être étranger. Je pense bien que le trousseau aura été du meilleur goût... Ma belle-sœur, qui se porte bien et ne vous oublie pas, conserve toujours la société aimable qu'elle sait si bien entretenir. Elle s'occupe de plus à finir deux portraits sur un même médaillon, cependant je doute que cela réussisse.
Je sais que mon mari fait faire quelque chose
qu'il destine à Nathalie. Je suis indiscrète en vous le disant, mais comme je sais que cela vous sera agréable, je me résigne au petit reproche que j'aurai à supporter, lorsqu'on saura que je n'ai pas gardé le secret. Le cardinal (i) qui est actuellement enfermé au conclave ne vous a pas oubliée, il m'a expressément chargée de le rappeler à votre souvenir...
Les mémoires Savary sont vrais et louables en ce qui touche l'Empereur, mais faux et malveillans en ce qui touche les membres de sa famille, rien de plus ais^ que de lui prouver la fausseté de tout ce qu'il avance, mais mon mari pense que le moment n'est pas venu d'occuper le public, surtout en faisant connaître les erreurs graves dans lesquelles tombe un homme dont l'attachement ne peut être mis en doute. \'oilà une bien longue lettre, ma chère comtesse, mais j'aime à croire qu'elle
(i) Le cardinal Fesch ; le pape (Léon XII) était mort le 10 février et le conclave était réuni.
VOUS fera plaisir, et que vous ne douterez jamais de l'attachement que nous vous portons, sans oublier le général ; car dans un bon ménage tout est commun.
A vous.
Catherine.
Rome, le 24 avril 1S29.
Le secrétaire de mon mari étant envoyé à Vienne pour quelques affaires, je profite de cette occasion sûre pour vous donner de nos nouvelles, chère comtesse, vous en demander des vôtres et de celles de notre charmante Nathalie que nous supposons mariée. J'espère que vous nous ferez part de toutes les réjouissances qui auront eu lieu, ainsi que de tous les petits détails, certaine que nous prenons une part
sincère à tout ce qui lui arrive d'heureux et d'agréable. Mon mari et moi sommes bien contrariés de ce que le petit cadeau que nous lui destinions n'a pas été achevé, mais vous connaissez Rome, et la difficulté qu'on éprouve de faire faire quelque chose selon son goût. J'avais de même chargé Bohle de vous remettre mon portrait, mais il a si mal réussi que vraiment, tout amour-propre de côté, je ne puis vous l'offrir.
Notre hiver s'est passé très tranquillement, la mort du Pape (i) ayant suspendu tous les plaisirs du carnaval. En revanche, j'ai eu celui de voir mon frère Paul ; et la grande-duchesse Hélène qui fut aimable, brillante de jeunesse et de fraîcheur, attira tous les regards; aussi les fêtes se succèdent-elles et M. de Chateaubriand lui en prépare une à la villa Médicis qui sera tout ce que le bon goût uni à la somptuo-
(i) Léon XII, qui fut remplacé par Pie VIII. Voir, sur le conclave de 1829, les Mcmoires d' Outre-Tombe, V.
site peuvent imaginer de plus ingénieux (i). Nous sommes très satisfaits de l'avoir pour ambassadeur, mais lui très mécontent de l'être, il ne voit que le moment de retourner à Paris et déjà le bruit se répand que Don Desiderio qui se déplaît souverainement à ^'ienne viendra reprendre son poste à Rome. Le prince G... change à vue d'oeil et devient d'une humeur si mauvaise, qu'il n'est plus à reconnaître... tout nous fait espérer que la prochaine lettre que je vous adresserai sera datée de Porto di Fermo, le nouveau Pape, paraissant mettre plus de justice dans ses décisions que son prédécesseur, ce sera pour nous une bien heureuse chose et qui prouvera encore ce grand axiome qu'avec le tems, la patience et la persévérance on vient à bout de tout... Mais en
(i) Voir Mémoires d'Oiitre-Toinbc, V : « Au milieu des bosquets se pressaient avec les descendants des Paula et de Cornélie, les beautés venues de Naples, de Florence et de Milan ; la princesse Hélène semblait leur reine. »
attendant, ne songeons qu'aux plaisirs champêtres, à mes fraisiers, à mes roses, dites-moi si les vôtres prospèrent; les nôtres ont très bien pris et l'idée de pouvoir être assise cet été sous le berceau de roses que j'ai fait planter m'enchante; de tous les projets celui qui me sourit le plus, c'est de vous y voir un jour. Mille choses au général qui, bien entendu, sera de la partie.
Adieu, chère comtesse, je vous embrasse de cœur.
Catherine.
Florence, le 31 janvier 1832.
Comment ces lignes pourront-elles jamais exprimer le sentiment douloureux dont mon âme a été saisie à la lecture de votre lettre du 20 octobre; n'appréhendant que trop les suites
désastreuses pour votre héroïque patrie , si elle venait à succomber dans la lutte , j 'ai prévu tout ce qui arrive (i). Pourquoi tant de vœux adressés à la Providence n'ont-ils pas fléchi ses décrets immuables qui cachent un grand but sans doute, mais qui n'en sont pas moins affreux pour tous ceux qui en sont les tristes victimes ! ! ! Mes relations avec ma nièce ont été tendres, et je continue à lui porter une affection réelle, cependant depuis dix-huit mois, toutes mes lettres sont restées sans réponse... Rappelez-nous au souvenir de vos pauvres fugitifs (2), leur intention, ainsi que la vôtre, n'est-elle pas de vous diriger vers l'Italie? Je ne dirai pas que nous le désirons vivement, et que ce seroit pour nous un instant de bonheur, espérant n'avoir pas besoin
(i) Événements de 1S31.
(2) Le général Wonsowicz ef les comtes Auguste et Maurice Potocki, fils de la comtesse, qui avaient pris part à l'insurrection polonaise.
de vous donner une pareille assurance, ^'ous comprendrez, j'espère, que mon mari et moi éprouvons les mêmes sentimens et que nous exprime tout. J'oubliais de vous dire qu'au moins pour un an nous sommes fixés à Florence oii je vous prie d'adresser vos lettres. Je suis à jamais avec l'affection la plus vraie, la plus tendre,
A^otre
Catherine.