LE PRINCE POXIATOWSKI ET LE PRINCE DEMIDOFF
L'oncle de la comtesse. — Mme Luigi. — La sculpture florentine. — Une maison princière. — Michel-Ange. — Canova.
Au premier coup d'œil, Florence me sembla assez petite ville : on y voit peu de beaux hôtels et peu d'équipages. Le site en est délicieux. La route, depuis \'enise, est un jardin; plus on approche de la Toscane, plus la culture est soignée. Les festons de pampres donnent un air de fête à ces heureuses contrées.
Mon séjour à Florence avait un double but : j'allais y retrouver l'oncle âgé dont j'ai parlé
dans mes Mémoires (i) et que je n'avais pas vu depuis ma tendre jeunesse. Il vint nous voir dès le premier jour et nous invita à dîner pour le lendemain. Sa maison était tenue par une femme qu'on nommait Mme Luigi, mère d'une tardive postérité; elle me fut présentée comme une bonne et excellente amie, je lui fis assez froide figure. Elle ne s'en inquiéta guère et conserva tout l'aplomb nécessaire pour présider au dîner. C'était une femme d'environ cinquante ans, dont la figure et les manières étaient également communes; petite, épaisse, coiffée en cheveux et très fardée, elle avait la prétention de paraître jeune; elle s'efforçait de donner à son regard une expression tantôt langoureuse et tendre, tantôt piquante et enjouée, selon que ses yeux se portaient sur mon pauvre oncle ou sur un colonel de cavalerie à grandes moustaches qu'on m'avait aussi
(i) Le prince Stanislas Poniatowski, frère de la mère de la comtesse. Voir Mimoires, p. 38.