‹ Voyage d'ItalieChapitre 17 sur 120 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ville; il y avait cette année-là à l'Exposition plusieurs statues qui annonçaient des talents pleins de belles promesses; l'une de ces œuvres produisit sur mon cœur un cruel effet, — elle offrait une ressemblance frappante avec l'enfant que je pleurais. J'en fis faire une copie que je destinais à la chapelle mortuaire dont ma pensée était uniquement occupée. J'avais emporté un masque moulé en plâtre qui aida l'artiste à rendre cette petite statue parfaite (i).

Pour peu qu'on ait l'esprit sérieux ou qu'on soit frappé d'un grand malheur, l'Italie augmente cette sorte de mélancolie qui nous porte à vivre de souvenirs! Tout y parle du passé, tout accoutume à l'idée de la mort. Les plus belles productions de l'art ont été consacrées à éterniser la sfloire, la douleur ou la vanité.

(i) Elle se trouve dans la cathédrale de Cracovie, où nous avons fait construire une chapelle. {Note de la comtesse.)

Un sentiment différent, et qui ne peut être compris que par une mère malheureuse, fit naître en moi la pensée de préparer mon sarcophage.

Mais, en attendant, ma position m'imposait d'autres devoirs, — je devais mener ma fille -dans le monde.

La maison de M. Demidoff était le rendezvous de tous les étrangers. Ce grand seigneur tenait à gages une troupe de comédiens français, donnait des soirées, des spectacles, des bals. J'allai donc chez le prince comme tout le monde, et j'y retrouvai, non sans étonnement, les mœurs de l'Asie transplantées dans un pays civilisé, — le luxe à côté d'un manque total de propreté , la magnificence sans goût, la prétention ignorante.

Les salons étaient remplis de tableaux, de bronzes, de malachites; mais, pour la plupart, ce n'étaient que de mauvaises copies, et ces nombreuses malachites surchargées de lourds ornements dorés produisaient un effet peu

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