CHAPITRE VI
sa piété sont aussi exemplaires que l'est peu le reste de la cérémonie. Les anciens avaient raison d'empêcher les profanes de pénétrer dans leurs temples. A Rome, les Anglais font de nos églises un lieu de réunion où ils viennent rire, causer, regarder.
Rien n'est beau comme le moment de la consécration. Ce silence profond, ce recueillement général, la présence de tant d'individus de différentes nations prosternés devant un Dieu puissant, — il y a là quelque chose d'indéfinissable. Mais bientôt les chants recommencent, le silence cesse, on se relève, on se regarde, on parle, et le temple redevient un salon. J'avoue n'avoir pas été enchantée de la musique. Il me semble qu'elle ne répond pas à la grandeur du lieu , et ces quelques voix grêles ne donnent pas l'idée des concerts célestes, dont Saint- Pierre serait digne.
Une des beautés de Rome, c'est la richesse de ses fontaines. Il n'y a pas de place, pas de
rue, pas même de maison qui n'ait sa fontaine. C'est un des héritages de l'antiquité. Les magnifiques aqueducs qui apportent cette eau limpide, la meilleure peut-être qui existe, sont un des principaux décors des environs de Rome. Indestructibles comme tous les ouvrages des anciens, ils sont là pour conserver le souvenir des travaux hardis d'autrefois et pour parer la campagne. Ceux mêmes de ces aqueducs qu'on a négligés semblent fiers de leur beauté devenue inutile, et le lierre qui les couronne tantôt en épais taillis, tantôt en légères guirlandes, ajoute encore à l'effet qu'ils produisent dans cet incomparable paysage. C'est en sortant de Saint-Jean de Latran que j'en fus saisie d'admiration; nulle part l'Italie n'apparaît plus pittoresque.
30 décembre.
Le fond de la société à Rome est composé d'une foule d'Anglais qui passent lentement