CHAPITRE VI
Le corps diplomatique est une ressource pour les étrangers.
L'ambassadeur de France est le duc de Laval-Montmorency ; aussi bon gentilhomme que grand aristocrate, il a des manières nobles et distinguées , — son air distrait pourtant choque bien des gens. Errant dans son salon une lorgnette à la main, il paraît aller en reconnaissance , — il salue avec surprise les personnes qu'il a lui-même invitées la veille. Un bégayement naturel donne quelque chose de piquant à la manière dont il raconte : on attend longtemps la fin de ses petites histoires, mais on n'attend point en vain. Constamment amoureux malgré ses soixante ans, il est à tous égards un Français d'autrefois , et les convulsions qui ont si longtemps agité sa patrie n'ont produit d'autre effet sur lui que d'augmenter sa haine pour toute innovation et son amour pour son nom et pour son roi. Il questionne beaucoup, persuadé que, dans sa posi-
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tion, la nécessité de tout savoir donne le droit de tout demander. — Mais il est paresseux et peu soucieux des affaires sérieuses ; il en laisse, dit-on, la direction au secrétaire d'ambassade, M. d'Artaud.
Le comte de Celles (i), ambassadeur des Pays-Bas, a un embonpoint tout à fait national et une grosse gaieté qui ne l'est guère moins, mais qui n'exclut pas une sorte de finesse. Parlant sans cesse de sa maison, de son cuisinier, de sd. nouvelle argenterie, il jouit en parvenu et dépense en financier (2). Jadis employé sous Napoléon, il a pris en France le goût de la société et serait bon enfant s'il n'avait une trop haute idée de l'importance de sa place.
L'ambassadeur de Portugal, le comte de
(i) Il quitta Rome en 1828 ; il fut remplacé par M. Reinhard.
(2) Cf. le joli portrait que fait la comtesse de M. de Pradt. Mémoires, p. 300.