LES MARIONNETTES ROMAINES
Les Bïiratiini. — Aventures de Cassandrino et de son fils. — La villa Borghèse et la villa Pamphili. — Jérôme Bonaparte. — L'ex-reine de Westphalie.
15 janvier.
Le plus joli spectacle que j'ai vu en Italie, ce sont les Burattini ou marionnettes. Rien n'égale la gentillesse du théâtre, la variété des décors, la perfection du jeu. Vous avez à la fois comédie, opéra, pantomime et ballet. Métastase, l'Arioste, Dante, sont évoqués tour à tour avec un très grand bonheur. Voici à peu près le sujet de la pièce donnée hier :
Cassandrino, citadin romain, a trois fils. Il s'occupe de l'éducation du plus jeune, qui n"a
pas encore douze ans. Inquiet de savoir si l'enfant n'est point surchargé de leçons, il l'appelle et lui demande ce que lui fait apprendre son précepteur.
— Je lis la vie d'Alexandre le Grand, répond l'enfant, et je veux un jour l'imiter.
Le papa, à ces mots, fait quelques petits sauts joyeux et se jette dans les bras de son fils, — grands embrassements, grands épanchements de part et d'autre. Mais, hélas! les plaisirs de ce monde sont de courte durée ! . . . Tandis que ces cœurs sensibles se livrent à la joie, la trompette retentit, on bat la générale, et le pauvre Cassandrino est sommé par un officier supérieur d'envoyer quelqu'un de sa famille à la défense de la ville, qui se trouve assiégée. Il est bien naturel qu'en pareil cas on pense aux aînés, il est inutile d'avoir une âme de marionnette pour cela. Or, les aînés avaient pensé à eux-mêmes et s'étaient enfuis. Que faire?... le pauvre citadin n'a nulle