CHAPITRE VIII
Blanche d'inconstance; et ainsi les quelques jours qu'il avait donnés à l'amour devinrent un rêve fugitif. Mille beautés nouvelles l'entourèrent. La vanité lui fit prendre pour du sentiment ce qui n'était que coquetterie; plus il se croyait aimé, moins il se trouvait coupable.
Le retour de la belle saison rappela le jeune lord à la campagne, où sa mère l'avait précédé. Il s'arracha enfin aux séductions et s'installa dans son château. Devenu chef d'une famille illustre, il avait un rôle grave et brillant à remplir. On lui prépara l'appartement que son père avait occupé; ses vassaux vinrent le recevoir, et c'est avec toute la pompe qui accompagne les cérémonies de ce genre qu'il prit possession de l'antique demeure de ses ancêtres. Le banquet s'étant prolongé fort avant dans la nuit, il se retira très tard et fut saisi d'une secrète terreur lorsque les gens en se retirant l'eurent laissé seul dans sa chambre
à coucher. Il contempla avec émotion ces meubles d'autrefois et ce lit qui, pendant si longtemps, avait été celui de son père. Il crut l'entendre lui reprocher la légèreté avec laquelle il l'avait oublié.
A peine était-il assoupi, qu'un léger bruit le réveilla en sursaut; il osait à peine respirer; mais son trouble fut indescriptible quand il aperçut dans l'obscurité profonde un cercle lumineux au milieu duquel une femme s'avançait à pas lents; elle était vêtue d'une longue robe de satin virginal, une couronne de fleurs ombrageait son front , et les tresses de ses cheveux noirs se dessinaient sur sa taille légère. Elle tenait à la main deux roses voilées d'un crêpe, et, s'arrêtant au milieu de la chambre, elle fit un geste de paix comme pour rassurer celui qu'elle venait visiter.
Littleton crut reconnaître Blanche , belle comme au temps de leurs serments d'amour ; mais il fut épouvanté de la pâleur mystérieuse