CHAPITRE VIII. 8i
maison, frappe avec fracas, appelle la vieille Marguerite et se précipite audevant d'elle , sans oser proférer un seul mot.
Hélas!... il était trop tard Blanche
n'était plus de ce monde... et sa malheureuse mère, accablée de douleur, s'était enfermée dans un couvent dont la règle sévère interdisait toute espèce de commerce avec l'extérieur.
L'infortuné Littleton, après avoir versé des larmes amères sur la tombe de sa jeune fiancée, repartit pour l'Angleterre.
L'affection maternelle s'efforça en vain de calmer l'agitation de son âme : sombre et rê- I veur, il paraissait à la fois craindre et chercher la solitude. Il était obsédé d'une seule image et d'un seul souvenir; sa pâleur et l'égarement de ses regards trahissaient les tourments de son âme. On remarqua que, surtout au déclin du jour, son agitation augmentait — et bientôt on apprit qu'il croyait voir toutes les nuits, à la même heure, l'innocente victime
de sa légèreté. Ce fut en vain qu'on employa, pour le guérir, tous les moyens que la raison pût suggérer. Tout fut inutile , il répondait toujours : Je l'aï encore vue !
Le dépérissement de cet infortuné jeune homme devint si visible que sa mère, commençant à craindre pour sa vie, ne connut plus un instant de repos. Elle consulta un habile médecin et l'engagea à venir passer un mois en son château; elle espérait que l'art pourrait quelque chose , là où la raison et les soins avaient complètement échoué. Au bout de quelque temps, le médecin, qui avait gagné la confiance de son malade, annonça qu'il croyait avoir trouvé un remède certain , mais qu'avant tout il fallait chercher une jeune fille dont les traits pussent produire sur l'esprit du malade une illusion d'oii dépendait sa guérison.
— 11 faut, dit-il, la vêtir comme est vêtue la femme qu'il croit apercevoir toutes les nuits, et, au moment où elle devra se retirer, il faut