CHAPITRE PREMIER
voir le jardin, qui n'était pas fermé aux curieux, espérant que le hasard viendrait à mon aide. Effectivement, au moment où nous allions nous retirer, le portier nous demanda d'inscrire nos noms ; nous lui fîmes si bien la leçon que le lendemain nous reçûmes une invitation à laquelle nous nous rendîmes avec empressement.
J'avais vu la reine de Naples à Paris, au moment du mariage de Napoléon avec Marie- Louise (i); elle m'avait fait l'effet d'une jolie femme sur le trône. Je la retrouvais avec une figure encore agréable, comme autrefois. On sentait qu'elle avait besoin de se faire aimer de tout ce qui l'approchait. Le trône avait disparu, mais le charme était resté, contrastant d'une manière piquante avec une force d'âme peu commune, un esprit sérieux, une bonté, une égalité d'humeur, que d'aussi grands mal-
(i) Voit Mémoires, p. 209-210.
heurs n'avaient pu aigrir, ni même troubler. Le sort, en lui dérobant toutes les faveurs dont la fortune l'avait comblée, n'avait pu lui enlever la plus précieuse de toutes. Un ami fidèle lui restait. Les qualités de cet homme, comme son attachement, étaient supérieures; l'élévation de son âme se peignait sur sa noble figure. On trouvait une douceur infinie à approfondir le caractère d'un homme dont le dévouement et les sentiments délicats composaient, pour ainsi dire, l'existence. Tel était le général Macdonald (i), qu'on disait secrètement marié avec la reine.
Pendant les six semaines que je les vis journellement, je n'aperçus rien qui pût me faire adopter ou rejeter cette idée; d'une part, l'amitié la plus franche et l'estime la mieux fondée; de l'autre, le respect le plus soutenu
(i) Francis Macdonald, né à Pescara en 1777, mort à Florence en 1837. Il avait été ministre de la guerre du roi de Naples.