‹ Voyage d'ItalieChapitre 6 sur 120 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

et la plus entière abnégation. Tels étaient les liens qui existaient entre eux. 11 est probable que l'amour avait passé par là, et ce qui en restait faisait honneur à tous deux.

On devine facilement que, voyant beaucoup la reine , nous parlions souvent des événements de sa vie et de l'homme extraordinaire auquel elle appartenait de si près. Je regrette de n'avoir pas noté journellement tout ce qu'elle me racontait; j'ai retenu surtout les anecdotes concernant l'enfance et la vie de Napoléon ; elles avaient un cachet de vérité et de simplicité qui m'enchantait. Xous nous transportions souvent en Corse; la reine aimait à évoquer ces premiers temps de la vie, si précieux lorsqu'on avance en âge.

Chacun des enfants avait sa nourrice, et tous étaient restés à la maison, suivant l'usage du pays. La nourrice de Napoléon, fort audessus de la classe commune, avait de la lecture et composait des chansons. Elle en avait

fait une pour son nourrisson dont le refrain prophétique était :

Voyez mon petit roi! mon souverain sera le vôtre, prosternez-voiis en l'admirant !

Elle se mettait à la fenêtre avec son bel enfant sur les bras, chantant ainsi aux passants ; ils s'arrêtaient pour l'écouter et s'en allaient ravis de la nourrice et plus encore du bambin, qui déjà semblait prendre part à ce (jui se passait autour de lui.

Dès qu'il grandit , il gouverna la maison , quoiqu'il ne fût pas l'aîné. Tous lui obéissaient, tous le consultaient. Il dirigeait les plus âgés et protégeait les plus jeunes. On l'aimait, parce qu'il était bon, mais on le respectait, car il était sérieux. Jamais on ne le vit faire les enfantillages naturels au premier âge. La douleur ne lui arracha jamais de larmes ; ni le désir de posséder, une prière. Sa mère l'aimait avec passion; c'est le seul de ses enfants auquel elle ait montré une vive ten-

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