CHAPITRE X
maîtresse et le comte Furstenstein, premier ministre du roi, l'accompagnaient. La reine indignée demanda de quel droit on osait l'insulter ainsi; M. de Maubreuil (i), pour toute réponse, lui montra un agent de police nommé Dasies et trente ou quarante mameluks. De plus, il exhiba un ordre qui l'autorisait à requérir partout où il le jugerait nécessaire. Cet ordre était signé par les trois ministres et les trois généraux qui commandaient Paris au nom de la Sainte- Alliance, et par un comité provisoire chargé de gouverner la France jusqu'au retour de Louis XVIII, resté en Angleterre. Ce comité fonctionnait sous la présidence du comte d'Artois. Il se composait de M. de Talleyrand, ministre des affaires étrangères, de M. Angles, directeur de la police, et du général du Pont, gouverneur de Paris; les trois généraux Sacken, Schwarzemberg et
(i) Maubreuil avait été écuyer et capitaine des chasses de Jérôme, roi de Westphalie.
Bliicher représentaient l'autorité militaire.
La reine eut un instant l'idée de revenir sur ses pas et d'aller demander à l'empereur Alexandre sa protection; mais la crainte de ne plus pouvoir rejoindre son mari l'en détourna. Elle se laissa mener dans une grange où M. de Maubreuil eut l'indignité de faire déballer les diamants et de prendre une somme de quatre-vingt-quatre mille francs en or qui était toute la fortune de la reine. M. de Maubreuil parut sensible aux reproches qu'on lui fit, et, voulant se justifier, il montra les instructions secrètes qu'il avait reçues. Ces instructions ordonnaient au porteur de débarrasser le monde de tous les individus mâles de la famille Bonaparte.
— Bénissez le ciel, dit M. de Maubreuil, je vous ai trouvée seule... qui sait ce que j'aurais été obligé de faire en présence de ceux dont je suis accompagné?
Il ajouta à ces quelques mots les détails sui-