CHAPITRE XI
reste jusqu'au coup de canon qui annonce la course; à cet instant, comme par enchantement, les équipages disparaissent subitement, les piétons s'éloignent, on attend en silence que les chevaux aient passé. Bientôt des cris se font entendre, le bruit des clochettes approche, les coursiers fendent l'air et le vainqueur est proclamé.
Il est surprenant que cette folie ne dégénère jamais en licence. Point d'ivrognes, point de voleurs; il semble que ces gens ne sont jamais plus sages que lorsqu'ils s'amusent. Uniquement occupés du rôle qu'ils ont adopté, ils le soutiennent avec un esprit qui leur est propre, — tantôt c'est un auteur qui débite la préface d'un ouvrage, tantôt un notaire qui court, offrant ses services, tantôt un marquis du siècle passé, ou un Anglais voyageur, — et toujours le costume, le langage et la pensée sont d'accord avec le personnage représenté.
J'ai rencontré plus de gens spirituels au
Corso, au milieu de la foule, que dans les salons de Rome.
On vient d'enterrer le carnaval, et le jour des înoccoletti est encore plus mouvementé que tous ceux qui ont précédé. Jusqu'au coucher du soleil la foule semble augmenter toujours : le soir arrive, mais on attend encore! UAve Maria sonne... aussitôt des millions de petites bougies appelées moccolctti s'allument spontanément. Les maisons en sont décorées jusqu'à l'étage le plus élevé. Ces feux vacillants participent du mouvement général; on les voit courir, s'allumer et s'éteindre. On arrête les voitures, on monte sur les roues; ceux qui sont surpris sans moccoletti (il faut en tenir plusieurs à la main) sont la risée de la foule.
Les éclats de rire, le son des instruments, les cris des assaillants et les plaintes des vaincus auxquels on a dérobé le feu sacré se font entendre tour à tour. L'ivresse est générale!