CHAPITRE XII
famille royale (i). Je ne sus réprimer ma surprise en apercevant au travers d'une de ces vitrines une corbeille remplie de fleurs artificielles très fanées, au milieu desquelles reposaient une main et un pied en cire. Le custode, prenant ma surprise pour de l'admiration , s'empressad'ouvrir la vitrine afin de me laisser contempler plus à l'aise ce présent que la duchesse de Berry venait, me dit-il, d'envoyer à ses augustes parents, — c'étaient les portraits de son pied et de sa main moulés d'après nature !
16 mars.
Ici, comme à Rome, la société est principalement composée d'étrangers : le corps diplomatique fait les frais des réunions; on rencontre plus de jolies Napolitaines qu'on ne voit de belles Romaines à Rome, où la beauté classique ne se perpétue que chez les Trans-
(i) Le roi des Deux-Siciles était alors François I", père de la duchesse de Berry.
tévérines ; à Naples, au contraire, la beauté des traits est exclusivement aristocratique. Les observateurs malveillants soutiennent que le séjour prolongé des Français a eu d'heureux résultats. Il est certain que les maisons d'éducation établies et surveillées par la reine Murât ont développé l'intelligence de ces charmantes Italiennes, naguère si ignorantes; il est peu probable que la morale y ait gagné autant que la civilisation ! mais en ce pays la morale est un mot vide de sens, auquel on n'attache nulle valeur; — en Italie, on vit pour aimer, et l'on meurt de vieillesse et d'ennui, lorsque l'âge des plaisirs et des amours est passé. Aussi la musique et la danse sontelles les seules distractions qu'offrent les réunions plus ou moins nombreuses. L'art de la conversation est inconnu à Naples; la société aristocratique étant éminemment exclusive, il est fort rare de rencontrer dans les salons des savants, encore moins des artistes.