CHAPITRE XIII
d'enseigne. J'v rencontrai aussi Filangieri (i), aujourd'hui prince de Salriano. Il me sembla fort spirituel; sa figure est encore remarquable, et le rôle qu'il a joué dans les derniers événements , comme conspirateur et comme troubadour, ne me semble nullement incompatible avec son intelligence et ses agréments. Ayant appris que j'arrivais de Trieste et que j'y avais vécu dans l'intimité de la reine Murat, il me parla beaucoup d'elle, me fit mille questions à son sujet et me parut lui avoir voué le plus profond dévouement.
La liberté de ses propos et le mécontentement qu'il manifestait au sujet du gouvernement actuel me surprirent, d'autant plus que,
(i) Charles Filangieri, prince de Satriano et duc de Taormina (17S4-1867), fils du grand écrivain, auteur de la Sciensa délia Legislazione. Il servit dans l'armée française, fut nommé capitaine à Austerlitz et suivit Murât à Xaples. En 1815, il fut en faveur à la cour des Bourbons, et jusqu'en 1859 il joua un rôle important, sinon toujours honorable, dans les affaires du royaume des Deux-Siciles.
s'adressant à une étrangère, il ne pouvait ni connaître mes opinions , ni compter sur ma discrétion. J'appris plus tard que les anciens camarades du duc, tels que le général Pepe (i), le prince Cariati (2) et même le duc Rocca Romana (3), évitaient son intimité.
(i) Le général Gulglieimo Pepe (1783-1855). Voir sa biographie par le général Carrano (Turin, in-8°, 1857). Le général Pepe fit la campagne d'Italie dans la légion italienne organisée par le Premier Consul. En 1809, il est officier d'ordonnance de Murât et, en qualité de colonel, commande un régiment en Catalogne ; il devint successivement maréchal de camp et lieutenant général. Il fut exilé politique en 1820 et rentra à Naples en 1848. Il contribua à la défense de Venise ; après la capitulation de cette ville, il se retira en France, puis à Turin, où il mourut. Il a publié ses Mémoires (en français). Paris,
(2) Gennaro Spinelli, marquis de Fuscaido, prince de Cariati, diplomate napolitain (i 780-1 851). Il représenta le roi de Naples (Murât) au congrès de Vienne et servit ensuite le roi Ferdinand II. Jusqu'en 1848 Cariati resta libéral ; à partir de cette époque, il fut appelé au ministère des Affaires étrangères et à la présidence du Conseil et aida Ferdinand II (le roi Bomba) à exercer ses répressions tyranniques.
(3) Seigneur napolitain sur lequel on ne trouve aucun renseignement.