‹ Voyage d'ItalieChapitre 82 sur 120 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

matin. Les différents costumes des paysannes des environs donnaient à ces groupes quelque chose de pittoresque et de caractéristique. Nous eûmes de la peine à percer la foule pour arriver jusqu'à notre loge , qu'on avait construite un peu au-dessus du niveau de la galerie.

A huit heures, la procession commença; tous les ordres de moines existant à Rome défilèrent d'abord, portant chacun leur bannière. \'enaient ensuite les soixante-quinze curés de la ville, les chanoines, les évêques-, et enfin les cardinaux, étincelants d'or et de pourpre. Après eux, sous un dais blanc richement brodé, le Pape était porté sur un brancard couvert de velours rouge. Il paraissait être à genoux et tenait entre ses mains le Saint Sacrement. Sa figure pâle et le recueillement qui se peignait sur ses traits vénérables inspiraient un saint respect. On s'agenouillait sur son passage . un silence respec-

tueux régnait dans ces vastes galeries où tous les cultes confondus rendaient hommage à une seule divinité. Je ne sais par quel bizarre usage on fait au pape des jambes postiches pour lui donner l'air d'être à genoux, tandis que sa longue robe blanche recouvre soigneusement le fauteuil sur lequel il est assis et la table sur laquelle il appuie ses bras. Cette coutume est d'autant plus singulière que l'illusion devient impossible dès que le cortège approche. Des deux côtés du brancard, on porte des éventails en plumes dont l'effet oriental me déplaît aussi. Je ne voudrais d'autre pompe que celle qui peut s'accorder avec l'idée majestueuse et simple que l'homme doit avoir du royal représentant de la Divinité. Deux hérauts d'armes , dont l'antique costume reporte aux premiers temps de la chrétienté, fermaient la marche; ils étaient suivis des gardes nobles , à la tête desquels marchaient les princes romains. On eût cru voir une entrée

Page 1