CHAPITRE XIV
que ce doit être une des iilles de Xiobé, elle en a la grâce et Télégance, elle fuit! Le tissu léger qui compose son vêtement est emporté par le vent, on la voit échapper à la flèche qui la poursuit. Je ne devrais pas parler du groupe si connu de Laocoon, mais comment imposer silence à l'impression qui nous domine, comment oublier ce chef-d'œuvre de l'art qui excite à la fois la pitié et l'admiration? Tout est douleur dans ce groupe magnifique. Ce n'est point du marbre, ce sont des nerfs, dont la pénible contraction se peint dans chacun des membres, sans jamais blesser la vue par l'image d'une douleur vuli^aire. On dirait la lutte d'une âme forte contre les tourments physiques. Un des enfants semble proférer une plainte; l'autre, plus jeune, et par conséquent plus faible, est anéanti par la douleur. Ce groupe, aux flambeaux, est d'une vérité indescriptible. Les ombres, fortement prononcées, ajoutent encore à l'illusion, qui est si
parfaite qu'on ne saurait s'y arrêter longtemps sans éprouver une sensation pénible.
Mais que dire des productions modernes?
Comment parler des stataes tant vantées de Canova et de l'effet d'une lumière concentrée sur ces faibles imitations des plus beaux modèles? On ne peut leur reprocher d'être en marbre, elles sont en coton, et le jeune Persée, la tête de Méduse à la main, paraît disposé à danser un pas de ballet (i).
(i) Cette opinion sur Canova, déjà exprimée plus haut, est des plus intéressantes. En 1827, le fameux sculpteur excitait encore bien des admirations, dont la plus célèbre est celle de Stendhal, qui, dans tous ses ouvrages, ne se lasse pas de chanter les louanges du célèbre artiste. — Voir particulièrement : Histoire de la peinture en Italie^ et Promenades de Rome, passirn.