CHAPITRE XV
prix il faut qu'il rejoigne le bel astre qui le fait vivre ! Je manifestai le désir de faire copier ce manuscrit ou de venir moi-même transcrire quelques-unes des lettres, s'il était impossible d'obtenir qu'un copiste fût admis à faire ce travail.
Ma demande fut portée jusque chez le cardinal secrétaire d'Etat, et j'essuyai un refus bien net, sous le prétexte qu'il ne convenait pas qu'il fût connu que ce galant manuscrit existât à la bibliothèque du \'atican.
23 juin.
L'ambassade de France est maintenant le seul point de réunion ; nous y avons dîné hier avec le jeune duc de Richelieu arrivé de Syrie. Il m'a paru n'avoir de remarquable que la simplicité avec laquelle il raconte les choses qu'il a vues, désirant en voir de plus extraordinaires encore, comme si le désert était trop fréquenté pour com.pter parmi les voyages eu-
i6o VOYAGK D ITALIE.
rieux. — Ayant rendu visite à lady Stanhope (i), il l'a trouvée dans un cottage fort élégant arrangé moitié à l'anglaise, moitié à l'orientale ; son costume est emprunté à son pays d'adoption. Elle vit absolument seule et ne se fait voir à ses sujets que lorsqu'elle sent la nécessité de réprimer par sa présence quelque nouvel abus.
Aussi aimable pour les Européens que sévère pour les Arabes, elle est au fait de tout ce q^i se passe en Angleterre, et n'ignore rien de ce qui regarde sa tribu. On est fort étonné de la voir au courant des anecdotes de société tout comme si elle n'eût quitté Londres que d'hier, et cette conversation au fond du désert a quelque chose de très piquant. — Il a semblé au duc qu'elle était ennuvée de sa souveraineté et désirerait revenir en Europe, mais elle voudrait y être jetée par
(i) Voir : Voyage en Orient, de Lamarti.ne, et Eot/ien, by Charles Kinglake.