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CHAPITRE XVII

Gênes la Superbe est comparable à une belle femme dépourvue de physionomie : on l'admire, mais plus on la voit, moins elle plaît. Il serait difficile d'expliquer cette impression ; la cité est belle, les palais magnifiques, le site, sans être pittoresque, est encore très remarquable; il y a beaucoup de mouvement, mais c'est une activité purement commerciale ; ce n'est plus le royaume de l'imagination et des arts, tout est calcul et vise au positif de la vie. Les palazzi, dont aucun voyageur ne manque de faire une somptueuse description, se distinguent surtout par la beauté des escaliers et des vestibules. Une colonnade légère et élégante compose intérieurement une espèce de cour carrée, décorée de statues et de balustrades en marbre blanc. Lorsqu'on se trouve dans la strada Nuova, on croit apercevoir autant de décorations de théâtre ; on ne peut qu'être surpris à la vue de cette immense quantité de marbre, prodigué avec tant de

profusion qu'il remplace la pierre de taille et sert à la construction des moindres édifices.

De toutes les anciennes demeures où l'aristocratie républicaine a établi son faste et ses richesses, la seule où j'aimais à revenir est le palais d'André Doria, bâti au bord de la mer, hors de l'enceinte de la ville. Ces belles terrasses, ces rampes magnifiques, qui résistent depuis plus de trois siècles aux flots qui sans cesse viennent les blanchir d'écume ; ces légères galeries de marbre pareilles aux colonnades d'un château mauresque ; ces énormes lauriers qui, jeunes encore, virent peut-être Charles-Quint et son vaillant prisonnier se promener sous leur ombrage , voilà les seuls vestiges de gloire d'une république jadis puissante.

Napoléon, qui aimait tout ce qui était grand , choisit cette habitation de préférence à toute autre lorsqu'il vint pour la première fois à Gênes. On montre encore un petit pont en fer

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