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CHAPITRE III

Suite du -woywkge d'exploration.

Telles étaient les réflexions que m'inspiraient, le soir, d'ennuyeuses farces, le jour, la vue des édifices, des collections et des passants. J'errais dans tous les lieux qui attirent les badauds, et que je ne décrirai point, en haine de la vulgarité. J'allaig de Byde-Park au Regents-Park^ de la Tour de Londres, monument plus fameux que curieux, au Tunnel, aux Docks et à Greenwich, sur lesquels s'extasient habituellement les voyageurs; du palais -neuf de Whitehall au vieux palais de Saint-James, que bâtit Henri VIII; de la Chambre des Communes à la Chambre des Lords, ot j'eus l'honneur de voir la haute cravate et le nez superbe de Wellington, le plus grand des généraux modernes, selon les Anglais, puisqu'il a vaincu Bonaparte, L'énorme salle de Westminster ^ fut l'objet qui me captiva le plus, après l'église du même nom, église dont je ferai

bientôt l'histoire et crayonnerai Timage. On y tmena

^ C'est un reste de Tancien palais bâli par Richard II en 1397. Elle a 270 pieds de long, 74 de large et 90 de haut; un passage la met •en commuBication avec la Chambre des Communes.

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Charles I" devant ses j uges ; il y entendit son arrêt de mort, sans frémir et sans perdre courage. Une vaste charpente, une forêt d'arbalétriers, couronne cette pièce et reproduit en bois les merveilleux dessins de l'architecture gothique. Les poutres sont peintes, dorées, aussi coquettes et aussi élégantes que possible. La lumière glisse dans leurs intervalles, se joue sur leurs plans et leurs arêtes, prend tous les tons et toutes les nuances imaginables. Cette manière de disposer les combles, fort usitée au moyen âge, abandaDoée maintenant presque partout, s'est conservée en Angleterre. Le nouveau réfectoire de la société dite Lincoln's Inn, terminé en 1845, entrecroise ainsi de nombreux madriers, comme les rameaux d'une vieille forêt. On voit à Londres d'autres charpentes analogues, dans le palais Lambeth, dan^ la grande salle de Middle-Temple ; nous décrirons bientôt celle de Hampton-Court.

Si étrange que paraisse ce système, où Ton supprimée les greniers, où on laisse voir les appuis de la toiture, il ne dérc^e nullement aux lois intimes de l'art monumental. Il en offre, au contraire^ une application rigoureuse. C'est un principe essentiel de Tarchitecture que rien ne doit y être inutile, et que la décoration doit sortir des nécessités mêmes de la construction. Les professeurs académiques vantent beaucoup la fidélité avec laquelle les Grecs et ^les Romains ont suivi cette règle. Nos aïeux ne s'y sont pas moins sévèrement conformés. Je n'en voudrais d'autre preuve que leur adroite façon d'employer les arcs-boutants, les contre-forts, les escaliers et les verrières à orner les monuments. Eh bien, avoir fait des charpentes la plus bdle, la plus curieuse partie des salles, une espèce d'édifice aérien, où l'œil s'égare avec joie, où la moindre brise imite les soupirs et la majestueux grondement des forêts, où la lumière des lampes se perd, la nuit, dans une ombre

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impénétrable, comme si on avait sur la tête un ciel profond et mystérieux, n'est-ce pas une très-poétique et très-heureuse déduction de la loi mentionnée tout à l'heure?

À Lincoln's Inn, il y avait on motif spécial pour mettre en pratique le vieux système. C'est une ancienne résidence seigneuriale, consacrée en 1310 à l'étude des lois par Henri de Lacey, comte de Lincoln, qui en était possesseur, et qui lui a laissé pour dénomination le titre de son principal domaine. La construction de la chapelle est due à Inigo Jones; mais il fallait coordonner le nouveau bâtiment avec le reste deTédilice. Lincoln's Inn est une de ces institutions puissantes, où on enseigne à la jeunesse anglaise la théorie et la pratique des lois. Londres n'en renferme pas moins de dix-sept, qui sont pour la capitale britannique ce que nos écoles de droit sont pour nous. Mais les professeurs y logent, les étudiants y prennent leurs repas et sont tenus d'assister aux séances des tribunaux. Quelques établissements ont une apparence toute princière ; non-seulement des logis magnifiques 7 environnent des cours spacieuses, mais on y trouve des chapelles grandes comme des églises, avec clochers et tourelles, et les bi- WiotWques, les réfectoires, les salles de réunions et d'étude ne seraient point déplacées dans un château royal. Les écoles d'Inner-Temple et de Middle-Temple possèdent de vastes jardins au bord de la Tamise; on les a rendus publics, et la foule s'y presse, dès que le soleil, entr'ouvrant le brouillard et la fumée de Londres, montre avec timidité sa pâle figure de convalescent. Le luxe de ces édifices n*a rien qui doive étonner, du reste, puisque les étudiants payent des droits énormes: la simple admission aux quatre principaux établissements coûte plus de cent livres sterling, ou deux mille cinq cents francs. Voilà un droit d'entrée qui paralyse bien des familles. Dans la féodale Angl^

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terre, l'étude môme des lois est un privilège aristocratique.

On devinerait le caractère de son organisme social et politique rien qu'en voyant le palais des deux Chambres, dit palais de Westminster. C'est le plus vaste monument go* thique élevé dans les temps modernes. La précédente construction ayant été incendiée le 16 octobre 1834, il devint nécessaire de bâtir un autre asile pour les lords et les députés des communes. Le feu avait pris à la suite d'une opération bizarre et négligemment accomplie. On avait résolu de brûler les tailles de bois, qui servaient depuis un temps immémorial aux comptes du Trésor, et formaient un contraste choquant avec les progrès modernes, avec nos méthodes expéditives de calcul ^ .

Ce tardif holocauste eut lieu dans un poêle, d'où la chaleur montait par des tuyaux à la Chambre des lords.' Le monument fut bientôt la proie des flammes : elles dévorèrent la salle des séances, les vestiaires, plusieurs salles des comités, la Chambre peinte. On nommait ainsi une pièce longue et haute, sur les murs de laquelle Henri III avait fait retracer la prise d'Antioche et figurer d'autres sujets. C'était là que les conférences des deux assemblées avaient lieu, c'était là qu'on avait signé l'arrêt de mort de Charles Stuart. La bibliothèque, les bureaux de la Chambre des Lords, le bureau du grand chambellan et quelques autres pièces furent sauvés. Mais l'incendie gagna la Chambre des Communes, qui s'abîma dans des tourbillons de feu, avec sa bibliothèque et ses autres dépendances, hormis quatre salles où délibéraient les comités. Il fallut organiser en toute hâte des lieux de réunion pour les deux pouvoirs législatifs. Les murs de la salle aristocratique étaient

* On disait en Angleterre avoir une taille de l'Échiquier, comme on dit chez nous avoir un bon du Trésor.

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encore debout, se dressant comme une ruine victorieuse, que la flamme avait bien pu noircir, mais non pas entamer. On la répara, on l'appropria aux séances des réprésentants de la noblesse; le cénacle populaire discourut et vota dans la Chambre peinte, dont les sombres parois semblaient défier un second incendie, comme ces hommes courageux qui tiennent tête à l'infortune et bravent la douleur.

L'embrasement du palais de Westminster ne fit pas naître des regrets unanimes. A l'occident de la chapelle, Edouard III avait élevé une haute tour, qui renfermait trois grosses cloches. On ne les sonnait qu'à Tépoque du couronnement des rois et reines d'Angleterre, et dans quelques autres circonstances solennelles. Le vulgaire croyait que le bruit de ce carillon faisait tourner la bière, aussi loin qu'il pouvait parvenir. La chute de la tour et la destruction des cloches furent donc un motif de joie pour tous les fabricants d'ale, pour toutes les ménagères des quartiers voisins. Grâce au feu, les notes maudites ne devaient plus troubler le breuvage septentrional, qu'elles aigrissaient, dit-on, dans les futailles, dans les pots et jusque dans les estomacs .

Les salles provisoires servirent pendant six années aux séances du double corps parlementaire, avant qu'on prît des mesures pour leur substituer un nouveau palais. En 1841 seulement, on vota la construction d'un édifice proportionné à la puissance des deux compagnies. Le projet de monument fut mis au concours, et l'on invita les architectes à ne point se préoccuper de la dépense. La Chambre des Lords et la Chambre des Communes voulaient se bâtir un magnifique séjour et promettaient de ne pas épargner les millions. Elles exigeaient seulement que Ton fît usage du style gothique, ou du style à la mode sous Elisabeth, pour que l'édifice eût un caractère national. Quatre-vingtdix compétiteurs entrèrent dans la lice. Le plan de M. Charles

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Barry, membre de l'Académie des beaux-arts, qui était le plus riche de tous, fut adopté sans contestation . L'artiste avait choisi les formes en vogue du temps de Henri VIII. Son projet subit quelques modifications pendant qu'on le mettait en œuvre. Il a eu néanmoins la satisfaction de le voir réalisé, de voir le monument réfléchir sur le miroir de la Tamise son imposante façade.

Elle produit, par son étendue même, un effet poétique et majestueux. Un vaste corps de logis, flanqué de deux tours, en occupe le centre. Il a trois étages et neuf travées. Deux courtines plus larges et moins hautes le rattachent aux pavillons des angles. Ces pavillons sont combinés d'une manière ingénieuse et offrent l'aspect le plus élégant; chacun se subdivise en quatre tours reliées par des courtines. Ils formeraient donc, à eux seuls, d'assez grands édifices. La face des tours, qui surplombe la rivière^ est ornée d'une de ces lanternes en encorbellement, si multipliées dans l'architecture civile de l'Angleterre. Elle décore le premier, le second étage, et s'arrête à la naissance du troisième. Une plate*forme environnée de créneaux la termine, plate-forme à laquelle donne accès une portefenêtre. Les tours se subdivisent elles-mêmes en quatre tourelles, que dominent de petits dochers. Ce triple firaotionnement des pavillons produit le meilleur effet, leur donne en même temps de la richesse et de la légèreté. Il est d'ailleurs conforme à un principe essentiel de Tarchitecture en tiers point, qui partage les masses pour les déguiser à l'œiL, pour obtenir la hardiesse et l'opulence.

Les tours dont le centre de la &ç8de est flanqué, ont exactement le même aspect.

Des contre-forts peu saillants séparent chaque travée des travées voisines et, à la hauteur des combles, s'effilent en clochetons. Une tudustrade fouillée, guillochée pour ainsi dire, couronne le haut des toors et le sommet des corps

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de logis. Quant aux murailles, des panneaux sculptés en décorent presque toute la superficie.

Derrière la façade, et au centre du quadrilatère que dessine le palais constitutionnel, s'élève la haute flèche qui surnionte la salle octogone. A droite, le campanile pyramidal, à gauche, la puissante tour haptisée du nom de la reine Victoria, forment pour la vue comme des points d'arrêt, et semblent contenir le gigantesque édifice prêt à déborder. Deux clochers moins hauts, se dressant dans le double intervalle, achèvent de parer splendidement les combles. Cette masse énorme, qui pèse sur dix-huit arpents, monte encore autant que possible dans les airs.

La façade d*ua monument aussi étendu, aussi bien ordonné, compose assurément un beau spectacle . La Tamise la reflète, comme nous Tavons dit, et le soleil la dore de sa lumière matinale ou de ses rayons obliques. Elle a néanmoins donné lieu à d*as8ez vives c^isures. On lui reproche de dérouler aux yeux une surface trop monotone. S'il y avait plus de saillies, plus de membres en retraite, elle serait plus pittoresque, et le clairoJ)scur y produirait, aux diverses heures du jour, des effets plus saisissants, plus variés, plus poétiques. L'jy*chitecte ne s'est d'ailleurs préoccupé que du d^ors : il a orné les quatre &ces extérieures, mais laissé presque nues les murailles des cours. C'est un palais, quand on n'en franchit point les portes ; c'est un rigide mona^re, quand on pénètre dans l'enceinte et qu^on examine l'indigente uniformité des parois intétérieures. On dirait de Tarchiteeture plaquée. Les panneaux ont aussi dcHinê prise à la critique : on a trouvé ce genre d'ornement un peu mesquin pour une si vaste et si majestueuse construction.

Telle qu'elle est, néanmoins, elle exprime à merveille la focee prépondérante du corps législatif dans les Trois* Royaumes. En voyant cette colossale r&idence, où l'on a

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