L ABBAYE DE WESTMINSTER
un vieux fauteuil, qui a une grande importance aux yeux de rhistorien. Il esl en bois et sculpté à la manière gothique : un pignon termine le dossier, les bras s'élèvent trop liaut pour que Ton appuie ses coudes. Le meuble est soutenu par quatre lions couchants, dont les forme» ne rappellent point la nature et ne flattent pas le goût. Ce ne sont guère que des animaux héraldiques. Le siège ou le banc, creux s Tintérieur, est une espèce de boite, où Ton a logé la pierre mystérieuse de Scone : il a donc une grande épaisseur. La pierre, suivant la légende, serait celle dont Jacob se fit un oreiller, lorsqu'il dormit dans les plaines de Luz, et que les anges lui apparurent, grar vissant une échelle incommensurable. On la transporta de Judée en Espagne, d'Espagne en Galédonie. Elle était placée au monastère de Scone, près d'Edimbourg, et c'est de là que lui vient son nom.
Les rois d'Ecosse la prenaient pour piédestal, le jour de leur avènement : elle rendait un son harmonieux, s'ils étaient les héritiers légitimes du trône; s'ils l'avaient usurpé, elle restait muette comme la tombe : formidable silence, qui menaçait leur repos et hâlait leur chute ! Le peuple croyait Tindépendancç nationale attachée à ce granit prophétique : là où il séjournait, l'autorité suprême devait résider. Aussi, lorsque John Baliol eut été vaincu par Edouard I", le vainqueur transporta en Angleterre la dalle surnaturelle. Il fit construire la chaise où elle est placée depuis cinq siècles et demi, comme un pronostic de la réunion qui s'effectua trois cents ans plus tard. On avait orné le siège de peintures, de sculptures et de dorures nombreuses : le temps, la main des révolutionnaires, le faux goût de quelques princes, les ont détruites; il n'offre actuellement qu'une charpente lourde et nue, mais elle disparaît sous des étoffes précieuses, le jour de la grande cérémonie. On la tient en réserve dans la chapelle d*É-
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douard le Confesseur, ménagée à Tendroit que Tautel et les stalles occupent ordinairement. Le tombeau dégradé du saint monarque élève là ses trois étages d'arcades, et forme une ruine poétique sous les voûtes de l'église, qui le défendent inutilement contre la pluie, la neige et les tampétes«
Il me fallut bien des visites pour étudier et juger l'ensemble et les détails d'un monument aussi vaste, aussi pompeux, aussi riche; mais je ne regrettais pas les heures que je lui consacrais. Les églises nous nsénagent au sein des villes de paisibles solitudes* L'âme s'y délasse du tracaa des affaires et de l'ennui des soins journaliers. Gomme elle se trouve à l'aise dans ce noble édifice, où tout est grandeur et poésie! Comme les hautes pensées, qui constituent le fond même de notre existence. Dieu, la nature, la loi morale, l'incertitude et la courte durée de la vie présente, l'espoir d'un meilleur monde, la folie de nos chagrins sur une terre où nous demeurons si peu, la sagesse de l'indifférence, la grâce, la beauté de l'art, comme ces idées sublimas Tenveloppent et Isi bercent, la tranquillisent et l'adoucissent, la promènent en quelque sorte au milieu d'un paradis intellectuel! Plaignons ceux qui ne connaissent point ces hautes méditations : une brume funeste leur cache le sens, la grâce intime ou la secrète majesté des choses.