‹ Voyage d'un amateur en AngleterreChapitre 19 sur 28 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Tvplckenham et la maison de Pope.

Je faisais ces réflexions en moi-même, pendant que je gagnais la Tamise et descendais vers le pont de Richmond. J'étais impatient d'arriver à Twickenham, à cette autre demeure d'un poète illustre, qui, sans avoir pl.us de talent que Thomson, a joué un rôle plus considérable dans la littérature anglaise. Au bout d'un quart d'heure, j'atteignis le village au delà duquel se trouve la maison de Pope, et, comme si les tombeaux devaient toujours m'apparaître les premiers, la disposition des lieux me força d'aller voir d'abord l'église où dorment ses restes. Le monument construit en brique, avec sa tour en pierre, tour caduque et noire, avec ses croisées dont le cintre surbaissé coupe la ligne des montants, au lieu de s'arrondir aux angles pour se joindre à elle, ne m'intéressa, comme on pense bien, que très-légèrement. Le cimetière qui l'environne est fermé, suivant l'habitude anglaise, par un mur à hauteur d'appui, et des tourniquets y tiennent lieu de portes. L'intérieur de l'église est mesquin et triste, comme celui de tous les temples bâtis ou seulement meublés par la Ré-

forme. De longues stalles en chêne, alignées les unes derrière les autres, couvrent le sol dans toute son étendue ; à une certaine hauteur régnent des tribunes, auxquelles l'édifice emprunte un air encore plus sombre et plus monotone. Pas d'autel, pas de centre, pas de lieu consacré spécialement au divin Juge, pour ramener vers lui la mobile pensée de l'homme ; on dirait moins une construction religieuse qu'une salle d'hôtel de ville ou une chambre politique. L'esprit du Seigneur ne flotte pas sous ces mornes voûtes ; on ne sent point pénétrer dans son âme, lorsqu'on franchit le seuil, la douce et profonde paix de l'éternité.

Une cause toute particulière m'empêcha d'ailleurs de ressentir ce calme auguste : au moment où j'ouvrais la porte, un certain nombre de villageois hurlaient, psalmodiaient et nasillaient les chants de leur culte soporifique. Le sacristain, me voyant arriver, pensa que je venais pour glapir comme les autres ; il me fit signe de marcher doucement, afin de ne pas troubler l'harmonie qui enchantait ses oreilles, me prit par le bras sans la moindre gêne, me conduisit à un banc, plaça devant moi un livre de cantiques et me montra le passage que l'on vociférait. La méprise me sembla divertissante; je résolus de ne pas détruire la naïve illusion du bonhomme, et, charmé de recevoir une leçon gratuite de musique vocale, je me mis à. entonner un verset, ni plus ni moins que si j'eusse été un adepte fervent de l'église presbytérienne. L'excellent bedeau fut enchanté de ma contenance et de mon ardeur ; pour prouver sa satisfaction, il m'accompagna, ou, si l'on aime mieux, nous accompagna de toutes ses forces. Je chantais depuis une demi-heure, quand j'eus le plaisir de voir les paroissiens se lever et sortir, pendant que l'orgue prolongeait sous la voûte ses derniers roulements. Je m*approchai alors de mon guide ingénu, et lui demandai s'il ne pourrait pas me montrer le tombeau de Pope. Il fit un signe de sa tête

TWICKENHAM ET LA MAISON DE POPB. 16i

presque blanche, me regarda de ses yeux tranquilles, ombragés d'épais sourcils, et me mena sans dire mot vers la tribune gauche. C'est là, en effet, qu'on voit la sépulture. Un morceau de marbre noir, encastré dans la muraille, porte l'inscription suivante :

Alexandre Pope.

Gulielmus, episcopus Glocesteriensis, amicitiœ causa fieri curavit, 1761*.

Et plus bas une épitaphe écrite par le défujçit lui-même pour un mort qui ne voulait pas être enterré à Westminster; on la lit sous ce titre d^ns ses ouvrages. Quant au sens, nous allons tâcher de le rendre aussi bien que possible :

Rois et héros! tenez- vous à distance :

Laissez en paix dormir un pauvre auteur ;

Il n*a jamais cherché votre faveur,

Il n'a jamais courtisé la puissance;

Virgile, Horace avaient un moins grand cœur •.

J'examinai quelques instants la pierre funèbre, puis je descendis pour quitter l'église. Arrivé à la porte, je tirai de ma bourse une petite pièce blanche, et voulus la donner au silencieux gardien ; mais il la repoussa d'un air amical, et me dit avec un sourire paternel : « Un jeune homme aussi pieux mérite qu'on ait pour lui toutes sortes de complaisances. » Appréciant la délicatesse de son refus et k bienveillante disposition qui animait sa figure, je n'insistai pas davantage. Des remercîments me semblèrent plus convenables; je lui serrai la main, et il disparut. Ainsi se vérifia pour moi ce proverbe populaire qu'une bonne actior^ ne

» Pope mourut le 30 mai 1744 ; il était né le 22 mai 1688.

* Voici le texte : For one who would not be buried at Westminster,

Heroes and kings ! jour distance keep ; In peaoe let a poor poet sleep, Wlio neyer fiatter'd folks like yon :

Let Horace blnsh, and Virgil too.

demeure jamais sans récompense; mais je dois dire que c'est la seule fois de ma vie.

Le cimetière de Twîckenham renfermç le tombeau du père et de la mère de Pope, celui de sir Godfrey Kneller, son ami, peintre renommé chez nos voisins, et celui d'une vieille femme, incrusté dans la muraille de l'église. On lit sur ce dernier :

 la mémoire de Marie Beach,

qai mourut le 5 novembre 172&, âgée de 78 ans.

Alexandre Pope, dont elle fut la nourrice et qu'elle environna

de soins perpétuels durant un espace de trente-huit années,

a fait poser cette pierre en témoignage de sa reconnaissance

pour une vieille et fidèle servante.

Ainsi tout rappelle à Twickenham l'auteur de la Dunciade; mais rien, j'ose le dire, ne l'honore plus que cet humble monument de sa gratitude. Une larme versée sur la terre où dort le pauvre qui nous aimait, qui a payé notre bienfaisance de son plus pur attachement, larme sans vanité, sans calcul, esl une de celles que les anges doivent recueillir et porter pleins de joie aux pieds du <3réateur.

Je commençais pourtant à me fatiguer de sépultures. Le çaeilleur moyen de rentrer dans la vie me sembla d'entrer dans une auberge, et de me consoler en prenant des forces. Comme l'on m'apporta un repas aussi peu attrayant que celui du matin, je fas bientôt libre. Je me dirigeai donc vers la maison de Pope. Au sortir de Twio kenham, on trouve deux routes : il faut suivre celle de gauche, et le quatrième bâtiment qui s'offre à vous, occupe la place où était jadis l'habitation du poète. La demeure actuelle ne présente que de grands murs jaunes percés de fenêtres ordinaires ; l'on ne peut rien se figurer de plus nu. Au reste, je ne savais pas d'abord d'une manière précise en

quel lieu je devais chercher le séjour historique. Lorsque je fus arrivé à l'endroit, je m'arrêtai pour une tout autre cause. Des pierres, des débris couvraient le chemin : sur la droite, une muraille qui longeait la route venait d être abattue ; ses fondements et quelques portions chancelantes, quelques pans irréguliers subsistaient seuls encore. Au delà s'étendait un jardin en friche, où la nature reprenait ses droits : elle effaçait les allées, chargeait le sol de tns^uvaises herbes, déformait les bordures et suspendait le liseron aux tiges des arbustes. Dans un coin s'élevait une touffe de mélèzes, de pins et de cyprès, une sorte de bocage où les propriétaires de Tenclos étaient sans doute venus bien des fois rêver. Sur ces plates-bandes sinueuses qu'envahissaient l'ortie, la rue, le chardon des drapiers, maintes jeunes filles avaient cueilli des fleurs. Elles s'égaraient dans les avenues, le front pensif, Tâme pleine de nonchalance et de tendresse; leurs pères, leurs fiancés peut-être, les y voyaient accourir toutes joyeuses à leur approche, et de douces causeries succédaient aux merveilles des châteaux en Espagne. Quelle différence actuellement! le vagabond, l'écolier, le mercenaire venaient y folâtrer ou s'y coucher sur l'herbe; quelques jours encore, et il ne resterait pas le moindre vestige de ses premiers hôtes. Ce genre de ruines inspire la même tristesse que les ruines des édifices : l'homme a un si profond besoin d'immortalité qu'il voudrait rendre éternelles ses œuvres les plus passagères, et que leur destruction l'afflige comme la perte d'un ami. Hélas ! tout ce quMl voit tomber lui rappelle ^ chute inévitable ! Il pleure tous les trépas; car rien ne s'anéantit sans faire éclater, d'une manière plus douloureuse, la voix qui sanglote perpétuellement dans son cœur.

Pendant que je me livrais à la contemplation, un gentleman montant un beau cheval se présenta sur la route. Les

campagnards n'ont jamais vu les curiosités de leur pays et ne donnent que de faux renseignements aux voyageurs ; en mainte circonstance, on ferait mieux de ne pas leur adresser de questions. Dès que j'aperçus le cavalier, je résolus donc de le mettre à profit : — * Pourriez-vous m'enseîgner, lui dis-je, où se trouve la maison de Pope? »

— « La maison de Pope ! me répondit-il ; elle n'existe plus, mon cher monsieur. Après sa mort, elle fut achetée par lord Clair, que ses exactions dans l'Inde et sa fin tragique ont rendu célèbre. Il la laissa comme il l'avait prise, ne voulant pas en bannir à jamais l'ombre du poëte. Quand Delille la visita ^ elle appartenait à un sir Mindipe et était encore intacte. Depuis lors, je ne sais quel niais l'a renversée, pour construire le plat bâtiment que vous avez sous les yeux. »

Et le gentleman me montrait l'édifice avec un air de mépris. Se retournant ensuite vers moi, il ajouta ;

— « Si je ne me trompe, monsieur, vous êtes Français ; quel charme a donc pour vous une gloire étrangère? »

— « Pope est célèbre en France comme partout, répliquai-je : on ne peut s'occuper de la littérature anglaise sans apprendre bientôt son nom. J'aurais été fâché de quitter Londres avant de m'étre donné le plaisir de faire une promenade à Twickenham. »

— « Vraiment! monsieur, me dit-il; est-ce bien vrai? Les nations d'outre-mer valent mieux que nous alors : car elles honorent la mémoire de nos génies, quand nous ne leur accordons pas même une pensée. Oui, poursuivit-il en regardant les maçons qui travaillaient près de nous, comme s'ils eussent pu le comprendre, oui, les Bretons *

* Avant Tannée 1780.

^-Britons. Les Anglais n'emploient ce mot qu*avec un sentiment d'orgueil patriotique.

détruisent tous les souvenirs de leurs grands hommes : ce sont des Français qui viennent en chercher les traces et qui nous donnent l'exemple du respect que nous devrions leur témoigner. »

Gomme il disait ces mots, le gentleman patriote sauta lestement à bas de son cheval, mit la bride dans la main d'un aide-maçon, et reprit :

— « Venez, monsieur, venez : vous pourrez du moins voir encore le jardin de Pope et sa fameuse grotte. Mais vous serez probablement le dernier. »

Nous enjambâmes une frêle palissade, nous descendîmes une petite pente : nous étions arrivés. Mon guide bénévole entra dans la maison, et le propriétaire, en l'absence de son jardinier, vint nous conduire.

Le lieu que nous parcourûmes alors est une langue de terre qui suit le rivage de la Tamise ; les flots la bornent d'un côté, le grand chemin de l'autre. Elle est ornée à la manière anglaise, manière que Pope aimait beaucoup : des pelouses, des sentiers errants, des bosquets aussi naturels que possible, des fleurs de toute espèce, et, au bord de l'eau, des saules qui laissent ondoyer dans la rivière l'extrémité de leur chevelure. C'est un séjour fort agréable : il serait à souhaiter que chaque auteur possédât un pareil asile, pour vivre sans inquiétude et mourir sans trouble. La fameuse grotte servait de communication entre le premier jardin et un second que la voie publique en séparait ; ce deuxième enclos était justement celui qui fixait mes regards, lorsque l'admirateur de Pope était survenu. Celte espèce de tunnel, formé de rocailles, me sembla on ne peut mieux conservé ; les petits miroirs et les coquilles dont l'avait embelli le chantre d'Héloïse, avaient seuls disparu, grâce aux pèlerins littéraires qui les ont détachés pour les mettre dans leurs collections. Outre la galerie principale, on en remarque une autre qui la coupe à angle

droit et compose un transept, avec des prolongements parallèles à la grande ouverture.

Delille, qui avait vu le séjour de Pope, quand il n'avait pas encore subi la moindre dégradation, en a fait un tableau que nous ne pouvons nous dispenser de mettre sous les yeux du lecteur :

Ciel! avec quel transport j'ai visité ce lieu, Dont Mindipe est le maître et dont Pope est le dieu! Le plus humble réduit avait pour moi des charmes. Le voilà ce musée où, Toeil trempé de larmes, De la tendre Héloïse il soupirait le nom ; Là, sa muse évoquait Achille, Agamemnon, Célébrait Dieu, le monde et ses lois éternelles. Ou les règles du goût, ou les cheveux des belles. Je reconnais l'alcôve où, jusqu'à son réveil, Les doux rêves du sage amusaient son sommeil ; Voici le bois secret, voici F obscure allée Où s'échauffait sa verve, en beaux vers exhalée. Approchez, contemplez ce monument pieux, Où pleurait en silence un fils religieux ; Là repose sa mère * , et des touffes plus sombres Sur ce saint mausolée ont redoublé leurs ombres; Là, du Parnasse anglais le chantre favori Se fît porter mourant sous son bosquet chéri; Et son œil, que déjà couvrait l'ombre éternelle. Vint saluer encore la tombe maternelle.

Salut, saule fameux que ses mains ont planté I Hélas ! tes vieux rameaux dans leur caducité En vain sur leurs appuis reposent leur vieillesse, Un jour tu périras, ses vers vivront sans cesse. Gonsole-toi pourtant : celui qui, dans ses vers, D'Homère, le premier, fit ouïr les concerts.

Bienfaiteur des jardins ainsi que du langage. Le premier sur les eaux suspendit ton ombrage. Â peine le passant voit ce tronc respecté, La rame est suspendue, et Tesquif arrêté; Et môme en s'éloignant, vers ce lieu qu'il adore Ses regards prolongés se retournent 0Dcore.

Elle a été depuis transportée dans le cimetière de Twickenham.

Aussi^ dans ces bosquets par ta muse habités, Viennent errer souvent mes regards enchantés ! ' J'y crois «itendre encor ta voix mélodieuse ; J'interroge tes bois, ta grotte harmonieuse ; Je plonge sous sa voûte avec un saint effroi. Et viens lui demander des vers dignes de toi.

Ce beau fragment, plein d'enthousiasme, montre ce que Delille aurait pu faire en des temps meilleurs. L'admiration qu'il exprime doit paraître, au surplus, bien naturelle : l'école personnifiée dans Pope a vécu en Angleterre sur 1^ même fonds que le dix*huitième siècle en France ; l'imitation des poètes de Louis XIV leur a également servi de nourriture. L'auteur de la Boucle enlevée se présente à nous comme une pâle eJQSgie de Boileau : il est plussec, plus abstrait, moins spirituel, moins décent et moins pittoresque; ses vers ont plus de roideur et de monotonie. Quel triste langage ! Non-seulement ils marchent deux à deux, comme des forçats, mais chaque hémistiche compose un membre de phrase, et le premier contraste avec le dernier; aussi Pope, dans l'histoire littéraire, siége-t-il quelques gradijw plus bas que Despréaiix. La Boucle de cheveux est inférieure au Lutrin ; les Imitations d^Borace et la Dunciade ne valent pas les Satires ; VArt poétique n'a rien à redouter de VEssai sur la critique; les Essais moraux s'élèvent peut** être plus haut que les Épitres, mais n'en dépassent point de beaucoup la cime ; les odes sur Sapho, Héloi'se, sainte Cécile éclipsent l'ode sur Namur, je l'avoue, et ce n'est pas une grande victoire. Pope a de plus traduit Homère oonome Bitaubé ou La Mothe, et fait des pastorales comme M. de Florian, ou celte aveugle noblesse qui jouait au peuple à TrianoUi quand le peuple allait aussi vouloir jouQr au monarque. Des deux côtés du détroit la similitude était complète.

Je n'éprouvais donc pas les mêmes sentiments que

Delille, en parcourant les lieux chantés dans ses Jardins. L'admiration de mon introducteur ne me gagnait pas davantage. Pope était, selon lui, l'écrivain le plus libéral de l'Angleterre : il ne laissait jamais échapper une occasion de fronder les gr^ds. J'aurais pu partager cette erreur, si je ne m'étais rappelé ce que dit Johnson : « Ayant vécu sous deux règnes où la cour donnait peu d'attention à la littérature, il affichait un sot mépris pour les rois. Quelques avances du prince de Galles changèrent néanmoins ses dispositions, et il n'eut rien à répondre, quand Son Altesse lui demanda comment il pouvait aimer V héritier du trône, lui qui détestait si fort les têtes couronnées, » Semblable à Voltaire sur ce point, il rechercha toujours l'amitié des grands personnages qu'il tournait en dérision.

Et puis, quel grotesque tribun I Par une sorte de châtî* ment providentiel, les railleurs sont presque toujours les hommes les plus dignes d'être bafoués : on voit en eux les types aussi bien que les peintres du ridicule. Ésope et Thersite représentent cette sorte d'individus chez les anciens, l'imitateur de Boileau chez les modernes, et il éclipse terriblement ses aînés. Les biographes nous apprennent qu'il était bossu par devant et par derrière ; son extrême faiblesse lui rendait les soins délicats des femmes perpétuellement indispensables. On lui mettait en le levant un corset de toile très-épaisse, sans lequel il aurait été incapable de se tenir debout. Ses jambes étaient d'une maigreur effrayante : pour accroître un peu leur volume, il portait trois paires de bas, qu'une servante lui passait et lui ôtait. Il ne pouvait ni s'habiller, ni se déshabiller, ni sortir du lit, ni se coucher tout seul. Le froid le remplissait de terreur : il s'en préservait à l'aide d'un pourpoint en fourrure, qu'il recouvrait d'une chemise en molleton, avec des manches plus fines, et d'un gilet de flanelle. Un de ses côtés était contracté. On avait toutes les peines du monde à le

tenir propre. Il n*a donc pas eu tort de s'appliquer lui-môme le nom d'araignée * .

Pour comble d'infortune, ses cheveux tombèrent avant l'âge : aussi portait-il chez lui un bonnet de velours. Son costume de cérémonie était noir, avec une perruque et une épée. Il avait une stature si exiguë, qu'il fallait l'élever sur des coussins pour qu'il put manger à une table. Dans son enfance, il avait été beau, disait-on ; les traits de sou visage ne s'étant pas déformés comme son corps, il avait une figure aimable et des yeux pleins d'expression.

Le caractère et les habitudes de Pope s'accordaient supérieurement avec sa tournure et sa forme. L'indulgence, les soins que réclamait son état de langueur, lui avaient fait contracter toutes les manies désagréables d'un homme valétudinaire. Il fallait perpétuellement se plier à ses goûts et à ses caprices. Avait-il besoin de sommeil ? il s'endormait en compagnie : une fois même il s'assoupit à sa propre table, pendant que le prince de Galles parlait littérature. Dinait-il chez des amis, chez de grands personnages? les domestiques, si nombreux qu'ils fussent, étaient contraints de négliger leur service pour s'occuper de lui. Ses demandes, ses ordres, ses fantaisies, ne leur laissaient pas un moment de libre. Lord Oxford en chassa plusieurs de sa maison, parce qu'ils avaient refusé absolument de lui ©béir.

Comme tous les individus qui souffrent beaucoup, il avait, peine à ne point abuser des jouissances qu'il pouvait se permettre. Il ne se modérait pas en fait de nourriture, par exemple ; il aimait les viandes de haut goût et fortement assaisonnées; dans l'intervalle de ses repas, il mangeait des biscuits et des conserves. Lorsqu'on plaçait devant lui un festin succulent, il se gorgeait sans mesure, et quoiqu'il

^ Voyez Johnson et Spence.

parût ne point vouloir qu'on lui offrit des ligueurs, il les acceptait toujours. On attribue sa mort à une indigestion de lamproie, «m des plus grands plaisirs da monde étant pour lui de savourer ce poisson, qu'il se faisait préparer dans une casserole d'argent.

Il était d'une économie rigoureuse : voulant conserver son indépendance, il fuyait le besoin, ce grand persécuteur de la liberté. Il repoussait toutes les tentations qui ne s'accordaient pas avec sa fortune ; mais aussi, dans bien des circonstances, il montrait une avarice prodigieuse. Pour ne pas acheter de papier, il écrivait ses poèmes sur le dos des lettres qu'il recevait : la copie de son Iliade^ qui n'a pas été détruite, en offre une preuve curieuse. Il épargnait peut-être ainsi quarante ou cinquante sous dans l'année. Sa manière de traiter ses amis était des plus mesquines : s'il avait deux hôtes à souper, il faisait mettre sur la table une seule pinte de vin, il en prenait lui-même deux petits verres, puis se retirait, leur disant: « Messieurs, je vous laisse à vos bouteilles. » Il avait néanmoins l'habitude de répéter que son cœur, sa maison et sa fortune leur appartenaient.

Jamais homme ne se montra plus fier de sa richesse ; il parlait de son argent avec délices* Dans ses lettres, dans ses œuvres publiques, il mentionne à tout propos son jardin et sa grotte, ses vignes et son quinconce ; il fait sans cesse allusion à son opulence. Le principal objet de ses railleries est la pauvreté, les crimes dont il accuse surtout ses ennemis sont leurs dettes, leur séjour dans de vilaines rues et leur manque de pitance. Il semble partager cette opinion vulgaire , qu'on n'a point de mérite , quand on n'a pas le sou. Voilà q\j^l a été le chef du parti clas* sique en Angleterre, digne image de |la doctrine qu'il représentait.

Un homme aussi burlesque aurait dû se tenir tranquille

et ne jamais provoquer personne ; son talent lui eût assuré une bienveillante commisération. Mais il trouvait tout le monde ridicule et avait toujours le sarcasme à la bouche. Il fronda la plupart de ses contemporains : sa Dunciade est une vaste satire, où il raille en qualité de sots neuf auteurs sur dix. Le jour de la publication, la foule de ceux qu'il y déchirait assiégèrent la boutique de l'éditeur; ils firent de grands efforts pour empêcher l'ouvrage de paraître : allocutions, prières, cris furieux, menaces de poursuites légales et de mauvais traitenoLents, ils ne négligèrent aucun moyen. Leurs tentatives échouèrent tour à tour, et le poëme se vendit malgré eux. D'autres offensés s'y prirent d'une manière plus habile : un certain Ducket vémoigna publiquement l'intention de bâtonner Pope; celui-ci, effrayé, changea ses moqueries en éloges . Aaron Hill lui adressa des représentations si énergiques et si dignes qu'il en fut réduit aux excuses, aux dénégations et aux commenhUres fallacieux. Dennis se vengea par des représailles^ il traita l'agresseur comme il avait lui-même été traité.

Avant cette grande bataille, Pope s'était déjà fait plusieurs querelles. Les Épitres^ les Essais, les Imitations d'Horace et les Satires lui avaient suscité bien des ennemis. Le plus terrible de tous fut lady Mary Wortley Montague, qui ie châtia d'une façon exemplaire. Ils vivaient d'abord dans les meilleurs termes : le poète pachitique publia des vers où il louait la beauté, l'esprit et la science de sa rivale en littérature. Ils travaillèrent simultanément aux Églogues urbaines ^ que l'on imprime habituellement dans l'œuvre de celle-ci. Mais peu à peu ils se brouillèrent, et leur malice réciproque envenima la querelle. Lady Wortley, avec la charmante taquinerie de son sexe, charmante lorsqu'elle ne tourne pas au sérieux et qu'on aime d'ailleurs assez les

* Town Eglogues.

femmes pour y trouver du plaisir S ne perdait pas une seule occasion de harceler Pope. Il allait souvent chez lord Oxford, son ami intime : lady Montagne, amie intime de lady Oxford, accourait aussitôt, et la guerre commençait. L'irritabilité du poète lui donnait le désavantage. Sa gracieuse adversaire dirigeait sur lui, sans perdre sa bonne humeur, un feu continu d'espiègleries. Le satirique se fâchait tout rouge : lady Montagne poursuivait de plus belle ; son ancien panégyriste prenait alors son chapeau et rentrait silencieusement chez lui. Lord Oxford avait ensuite toutes les peines du monde à le calmer, à obtenir qu'il revînt une autre fois.

Or, dans un accès de boudeuse colère, Pope fit une grossièreté, dont il eut bientôt lieu de se repentir. Son ennemie l'attaquait loyalement ; au lieu de riposter de la même manière, il viola toutes les règles de la décence, de la courtoisie et de la générosité. Comme il imitait une satire d'Horace, la première du second livre, il désigna lady Montagne sous le nom de Sapho, et, après avoir peint plusieurs femmes violentes, il ajouta :

« N'espérez pas un sort moins cruel de la frénétique Sapho ; si vous n'êtes infecté par son amour, vous serez calomnié par sa haine ^ . »

* Pope n'était pas très-galant, comme on peut en juger par ces vers qu'il nous a laissés :

Why màke I friendships with the great,

When I no favour seek ?

Or foUow girls seven hours in eight? —

I need but once a week.

11 eut cependant une maîtresse nommée Marta Blount, qui demeurait chez lui.

^ Sknder or poison dread from Della*s rage ; From fnrious Sapho scaroe a milder fate, Pox'd by her love or liboll'd by her hâte.

II était sans doute content de cette lâche vengeancesmais il avait affaire à un antagoniste trop habile pour lui. Doublement irritée, comme femme et comme auteur, lady Montagne prit sa plume; un redoutable génie vint se poser prés d'elle, et lui dicta une pièce de vers dont chaque mot semble un coup de poignard. C'est une diatribe amère, écrasante, à laisser un homme sur la place. Jamais railleur n'a été châtié, bafoué, conspué de cette manière. On en jugera par les extraits que nous donnons; l'opposant à Horace, elle lui dit :

« Ton style est une image du sien, comme toi de la race humaine : nous voyons en toi notre espèce sous une forme burlesque, tu la représentes comme une peinture d'auberge; une ressemblance pareille est un outrage pour nous.

« Horace a le droit de rire, il se montre délicat, il est clair; toi, tu railles grossièrement ou tu lances d'inintelligibles plaisanteries. Son style est élégant, sa diction harmonieuse ; nul ne peut lire tes vers difformes, durs comme ton cœur et obscurs comme ta naissance.

« S'il a des épines, elles croissent près des roses; à voir les tiennes, on dirait celles du chardon et du houx, avec cette exception toutefois que, nées dans un mauvais terrain et sauvages comme les plantes nuisibles, elles paraissent un produit de la fatigue. La satire devrait imiter le rasoir poli, qui blesse en effleurant la peau, avant qu'on puisse le voir ou le sentir ; la tienne est un couteau d'écaillère, qui hache et qui brise. Tu as la rage, mais tu n'as point le talent de l'invective. Tu comprends la haine commQ les grossiers libertins comprennent l'amour; tu as cette fureur brutale qui nuit sans distinction de personnes, comme la luxure brutale jouit sans choisir. Ne te bornant ni au vice ni à la folie, l'objet de ton aversion est l'espèce humaine entière. Tu fais ta proie de tout, qu'on te cède ou

qu'on lutte. C'est une provocation à tes yeux que d'exister.

a Mais si tu aperçois un cœur noble et généreux^ tu lances ton dard avec une» double force. Tu n'épargnes ni la dignité, ni l'innocence, ni l'âge, ni le sexe, ni les trônes, ni les tombeaux. Non-seulement on te rappelle en vain à la justice, mais les bienfaits n'arrêtent pas ta démence : qu'on emploie l'un ou l'autre moyen, on te trouvera toujours aussi ingrat que tu es injuste.

« La jeunesse, la beauté même ne peuvent adoucir l'éternelle rancune de ton âme : des charmes qui attendriraient le fanatisme religieux, qui fléchiraient l'orgueil et embraseraient la vieillesse! Mais comment la beauté te remplirait-elle d'émotion, toi, qui n'es pas plus fait pour aimer que pour être aimé? C'est un effet de la justice divine qu^une pareille âme soit logée dans un pareil corps : une créature aussi odieuse devait vivre de haine.

€c Quand Dieu te forma, il te dit, selon toute vraisemr blance, comme au serpent qui trompa Eve : « Conçois une antipathie profonde pour l'humanité ; qu'il y ait entre tous une guerre éternelle. » Mais prends garde de voir s'effecr tuer le reste de la sentence : pendant que tu lui mords le talon, prends garde qu'elle>ne t'écrase la tête. »

Cette verve se soutient jusqu'au bout du morceau. On ne trouve d'égal chez nos voisins que l'amère satire où Byron a flagellé d'autres railleurs. « Si tu vis encore, poursuit-elle, si l'on ne t'a pas rompu les membres, si l'on ne t'a pas meurtri la peau, si l'on n'a ni fouetté, ni soufiletéf ni frappé du pied ta pauvre petite carcasse, ce n'est poiat que l'on manque de sens; mais tu es si abject, qu'on te regarde et qu'on te méprise. » Elle lui annonce pourtant que son impunité ne durera pas : il calomnie des gens qui ne savent point écrire; ceux-ci pourront bien étriller à leur tour un homme incapable de se battre. On flaira aussi par éviter de lire ses ouvrageSj^omma on évite sa personjoe ;

on lui, fermera en même temps son esprit et sa porte. Lady Montagne, pour finir, assène au poëte un coup .d'une rare violence :

« Ne blâme point alors la justice du monde, en te voyant proscrit et solitaire; car si légalement pour tuer il faut donner la mort, selon la conscience le meurtre est dans la volonté. Puis donc que lu poignardes lâchement. les noms et tentes au moins d'assassiner notre honneur, partage le sort du premier assassin : que ton crime ne soit jamais ni expié ni oublié. Que le genre humain te haïsse comme tu le détestes ; portant sur ton corps difforme le signe de ton esprit pervers, stigmatisé comme Caïn par la justice divine, sois errant comme lui sous la malédiction de TÉternel. »

Accablé d'une si vigoureuse défense, [Pope n'os^ répondre un seul mot. Il ne jugea pas prudent de continuer la lutte avec une pareille jouteuse; il se blottit dans un coin, et attendit, pour prendre sa revanche, le passage d*une personne plus douce. Tirant alors son épée, il se dédommagea de son affront sur un ennemi incapable de résistance.

Le gentleman avait donc beau s'échauffer, il ne me communiquait pas son enthousiasme. Je regardais .tranquillemcBt le séjour du poëte, avec l'intérêt d'un historien sans doute, mais non pas avec la joie ^d'un admirateur. La nuit approchait cependant, et il fallait quitter la place. Nous allions sortir, lorsque le propriétaire nous barra le passage^ : il sommait chacun de nous, disait-il, de lui donner un shilling, non- pas pour lui assurément, mais pour son jardinier, qui était allé faire une course. A peine eut-il achevé sa réclamation indécente, que son compatriote devint rouge de fureur.

— « Misérable I s'écria-t-îl, plat mendiant ! devrais-tu

recevoir ainsi un étramger qui honore ton pays, en venant visiter une demeure que tu ne posséderais pas, si l'Angleterre respedait davantage ses plu^ nobles filsî Tu veux

de Tàrgent, canaille, tu veux de l'argent, tu en auras. » Il prit alors subitement dans sa poche des pence et des demi-shillings pour la valeur qu'on nous demandait, et les lança dans les jambes du rustre, en continuant de la sorte :

— « Ramasse, chien, ramasse, et bénis le ciel de ce que je ne t'appli(îue pas ma cravache sur la figure. »

Il me sembla qu'il passait les bornes, et je craignais qu'une rixe n'eu tlieu, quand je vis le maître de l'endroit se baisser flegmatiquement et recueillir les pièces de mon* naie, comme si elles étaient tombées par hasard, sans se préoccuper des invectives du gentleman. Ce trait me parut sublime : je reconnus le génie pratique de la Grande- Bretagne à celte avidité imperturbable, comme son génie chevaleresque et poétique à la fureur de mon compagnon. La bassesse du propriétaire finit la dispute : son antagoniste laissa échapper un sourire de parfait dédain, et nous sortîmes. Une fois dehors, je voulus rendre au gentilhomme ce qu'il avait donné à mon intention, mais il se récria :

— « Pour l'honneur de l'Angleterre et de la France, dit-il, vous ne voudriez pas me faire cette injure. C'est moi qui dois vous demander pardon d'une inconvenance que je regrette de n'avoir pas mieux punie. »

Comme il articulait ces mots, il prit la bride de son cheval et se mit en selle. Je le remerciai vivement de sa complaisance ; il me tendit la main, m'adressa de bienveillants adieux, et nous nous séparâmes pour ne plus nous revoir.

J'étais las de marcher depuis si bngtemps. Le départ du gentilhomme m'avait en outre causé une sourde tristesse : les âmes sympathiques sont fort rares : on ne les trouve point sans plaisir, et on ne les quitte pas sans regret. Je ne crus donc pouvoir mieux faire que d'aller m'asseoir dans le bouquet d'arbres du nord, où Pope avait jadis* enterré sa

mère; un banc de gazon m'invitait à y soDger, en prenant du repos. Dès que je fus sous l'ombre mélancolique de ces pins, qui avaient vu pleurer le chantre d'Héloïse, ses bonnes qualités se présentèrent à ma mémoire. C'était un excellent fils; les hommages, dont on l'entoura, ne diminuèrent ni son respect ni sa tendresse pour ses parents. Quel que fût son orgueil, il se montrait soumis avec eux; quelle que fut son irritabilité, il était toujours doux à leur, égard.

Son avarice habituelle ne l'empêcha pas de se conduire généreusement dans nombre d'occasions. Sur ses vingt mille livres de revenu, deux mille cinq cents étaient employées à des charités. Il récompensait d'une manière fort libérale les soins qu'on lui donnait. Il fit cadeau de cent guinées à un certain Dodsley, pour qu'il pût ouvrir une boutique ; et, dans la rente de mille francs qu'il avait assurée au poëte Savage, la moitié sortait de sa bourse : des souscriptions fournissaient le reste.

Il accomplissait avec zèle les devoirs de l'amitié. Il ne rompit aucune de ses liaisons par la froideur ou l'injure : dans l'aflaire de lady Montagne, on ne sait qui lança les premiers traits. Une fois qu'il avait inspiré de l'attachement, c'était pour toujours. Gomme aux approches de la • mort il avait le délire, Bolingbroke dit en pleurant sur sa malheureuse situation : « Je n'ai jamais connu un homme plus tendre pour ses amis intimes, ni un cœur plus philanthropique. » Ses dernières paroles témoignèrent de ses afifectueux sentiments : « Il n'y a de méritoire ici-bas que la vertu et l'amitié ; celle-ci n'est même qu'une partie de la vertu. »

Essentiellement laborieux, le travail lui paraissait moins une fatigue qu'un plaisir. Il ne négligeait rien de ce qui pouvait perfectionner ses dons naturels. Il lisait les publications des vivants, les écrits des morts ; profitant des conseils, il ne s'en tenait pas au bien, quand il espérait obtenir

178 TWICKENIiAM ET LA MAISON DE POPE.

le mieux. Il regardait l'art comme le but de sa vie : son premier soin était de faire des vers, son second de les corriger. .

Il avait donc ses mérites aussi bien que ses défauts. Pauvre créature malingre et tourmentée de douleurs perpétuelles, il a droit à plus d'indulgence que beaucoup d'autres. Ses angoisses ne lo terrassèrent point; il lutta vaillamment contre sa faiblesse, et tira des organes débiles que le sort lui avait donnés lé meilleur parti possible : des hommes robustes n'en font pas autant que lui. Presque tous ses ridicules venaient de sa triste conformation. Doiton le plaindre ou le blâmer? Hélas ! tel est notre malheureux destin ! nous portons non-seulement la peine, mais encore la responsabilité des fautes de la nature.

Voilà quelles idées, quels souvenirs me ramenaient à la justice parla bienveillance, et me montraient le bon côté du poëte, dont je n'avais vu que les imperfections. Pendant que je méditais de la sorte, la rosée vint m*avertir qu'il fallait chercher un gîte. La nuit la plus profonde régnait sous les branches des pins ; mais au delà un ciel clair, transparent et froid, brillait avec une ironique splendeur. Vénus jetait une clarté si vive, qu'elle traçait une marque lumineuse sur les nuées légères qui passaient devant elle. Point de lune, du reste ; les moindres constellations frappaient la vue et l'entraînaient dans les abîmes de Pinflni. Autour du bocage, une vapeur lourde, rampante, argentée, couvrait les champs comme une sorte de duvet. L'ombre et le silence avaient endormi la nature ; aucun souffle de vent n'agitait les noirs squelettes des arbres. Je gagnai la plus prochaine hôtellerie, non sans admirer le pouvoir qui a su rendre attrayants pour l'homme tous les aspects du monde extérieur.

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