‹ Voyage d'un amateur en AngleterreChapitre 3 sur 28 · IV PREFACE · texte numérisé non relu

IV PREFACE

l'œuvre, parce qa^on ne croit pâs au système religieux qui Ta inspirée. Pour examiner avec enthousiasme la Véoas^de Milo^ il n'est pas nécessaire d'avoir la moindre tdt dans la mythologie grecque ; pour se sentir charmé par une Vierge de Raphaël, on n'a pas besoin d'aller en pèlerinage à Notre-Dame de Lorette.

Les études sur le passé, d'ailleurs, ont le charme des btaox jours de l'automne* On y trouve la mélancolie des dioees qui ne sont plus, la douce tristesse des lentes décadeMes. La vie est pleine de fracas, de luttes, de périls et de douleurs ; la mort est pleine de calme, de silence et de recueillement* Nulle cause d'agitation ne vient troubler le penseur dans la solitude des cimetières. Ce champ du repos éternel ne manque pas luimême de grâce et de poésie. Les fleurs y croissant sur les tombeattx, plus belles, plus fortes, plus brillantes qu'ailleurs : on dirait que les âmes des générations défuntes animent leurs tiges et leurs corolles embaumées. Le soleil y dore les croix funèbres, y dore les hautes graminées de splendides rayons. Et puis ce dernier asile occupe souvent la pente d'un coteau : de ses sentiers indistincts, le promeneur découvre une large perspective, des étangs, des bois, des pâturages, des plateaux féconds, des versants incultes et de lointaines bourgades. Telle a été la littérature française, dans ses plus nombreuses manifestations, depuis cinquante ans : un cimetière au flanc d'une montagne.

Et disons«le sans détour, le christianisme dont s'est épris notre siècle a été surtout, presque uniquement, un

PREFACK. V

christianisme littéraire et pittoresque. Ce que Ton cherchait dans Tombre des églises, dan» les salles des vieux châteaQx et les monastères en roîne, ce n'était point la foi, Tespérance et la dmrité^ mais la poésie des souvenirs et des tombeaux, les effets majestueux ou ravissants de l'architecture, les belles formes ciselées par le sculpteur. Le manifeste même de Chateaubriand insiste beaucoup moins sur la vérité, sur Timportance religieuse du chri«* tianisme, que sur s€s avantages et ses ressources littéraires. La majorité des écrivains et des lecteurs adopta, en conséquence, une foi imaginaire, où les splendides intérieurs des cathédrales, le bruit du vedt sous leurs ogives, les flèches transparentes et les dalles funèbres, les vitraux peints et les missels enluminés, tenaient une place bien plus grande que les doctrines et les préceptes de l'Eglise. On ne pratiquait pas, on n'était pas convaincu ; mais on admirait les vieux édifices, on se laissait bercer par les mélodies du plain-chant^ on lisait avec amour les légendes des chroniqueurs et les psaumes de Lamartine. Pendant qu'on s'abandonnait à ce dilettantisme catholique^ pendant qu'on étalait ce zèle pseudochrétien, paraissait le livre sur V Indifférence en maiûre de religion^ qui attestait les véritables dispositions des esprits, gourmandait leur scepticisme, leur pieuse nonchalance ou leur incrédulité absolue.

Ce qui facilitait Tillusion néo-catholique, oïl on se plongeait mollement, c'est que le rêve des inteUigences prévenues correspondait à un ancien rêve. Le christianisme dont l'image séduisait leur fantaisie et charmait leur

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