‹ Voyage d'un amateur en AngleterreChapitre 4 sur 28 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

goût, n'a jamais existé. C'est une pure invention des poètes et des artistes pendant le moyen-âge. Avec leur sentiment délicat^ ces hommes privilégiés tiraient de la doctrine en vogue un monde de nobles chimères, de sublimes Qu attrayantes productions. Peu honorés, peu rétribués, confondus avec les tailleurs de pierre et les artisans, ils mettaient toutes leurs aspirations, toutes leurs joies dans leur œuTre même. Ne demandant à la religion ni profits, ni positions^ ni honneurs, elle était pour eux une atmosphère poétique où planait leur pensée. Ils n'en voyaient, ils n'en adoptaient que les maximes les plus pures, que les idées les plus grandes et les plus généreuses. C'est leur fonction d'ailleurs de tout ennoblir, de tout embellir, de tout transfigurer : l'argile sous leur main se change en or, en perles et en diamants. Us bâtissaient, peignaient^ sculptaient, rimaient le songe idéal ijui flottait devant leur esprit. Quand l'architecte chrétien se promenait dans sa cathédrale, c'était ses rêves mêmes qu'il voyait se dresser autour de lui, sous une forme éclatante et palpable. Le christianisme entier y avait pris un aspect merveilleux, une majesté, une grâce, une élévation, une harmonie et une douceur, qu'il n'offrait certes point dans la réalité.

Ainsi une double illusion a environné, pendant près de cinquante ans, les hommes de notre âge : l'une qu'ils portaient en eux-mêmes, l'autre qu'ils empruntaient aux générations défuntes. Elles avaient leur charme sans le moindre doute : on se plaisait à en augmenter la force et le prestige. Que d'heures nous avons passées dans les

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