‹ Voyage d'un amateur en AngleterreChapitre 8 sur 28 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ItoserlpUon et litotolre de Lioodresf Ghrlstoplie ll^ren.

Nous avions atteint de bonne heare la ville de Boulogne. Le steamer anglais ne devait partir que dans la soirée : j'eus le temps d'examiner le port que forme Tembouchure de la rivière Liane^ et que le reflux avait laissé presque entièrement à see; des goélands y piétinaient au milieu do la vase, cherchant leur nourriture et faisant de longues traites, avec cette marche rapide qui distingue les oiseaix de mer. A droite et à gauche s'élèvent deux collines : la première est la plus considérable et la plus importante. Là se trouve situé ce qu'on nomme la ville haute, ancienne commune gothique, dont les remparts existent encore; elle a même, outre ses totiflcattons, un vieux beffiroi portant à ses angles des tourelles suspendues, un palais épiscopal, une église sous l'invocation de Notre-Dame et des bâtiments monastiques. Entre les deux hauteurs s'allonge la

ville basse, 'où l'on remarque,pour toutes .curioèités, la paroisse de Saint-Nicolas, monument jésuitique du plus fnauv&is goût» que sunaoaie.une flëj^he en ardoise, et la nouvelle paroisse que l'on construit. Boulogne est^ au reste, un avant-poste de l'Angleterre : non-seulement on y parle la langue de nos voisins comme la nôtre, mais tout y a une physionomie britannique, depuis les habitations jusqu'à la nourriture .

Derrière la ville . s'étend un large plateau, qui domine FOcéan. Le 15 août 1804, jour de la fête de Napoléon, cent mille hommes s'y trouvaient réunis, sous les ordres du maréchal jSouU. .Us étaient groupés an .damiti^rcle dans une sorte de vaste .aayphithéâire jMiturel. Au milieu se dressait le trône de l'empereur, sur lequel flottaient lea drapeaux des nations vaincues par l'intrépidité française. Les cœurs battaient, mille rêves de gloire traversaient les esprits : Bonaparte allait fonder l'ordre de la Légion d^honneur. Deux mille tambours le saluèrent, puis la fête commença. Tous ceux qui devaient être décorés formaient des pelotons placés devant chaque colonne. Le général prononça un 'discotirs terminé par le serment obligatoire, que les élus répétèrent ; 'on leur distribua ensuite les tîrcfe déposées dans le casque de -Du'Guesclin. Quel charlatanisme! Tour accroître ses moyens d'influent», Thabile po- 'fitlque ajoutait une distinction nouvelle «ik distinctions nobiliaires et airtres qu'il rétablissait. ^'Angleterre me- -nacée frémit safis doute, quand la brise lui apporta le mus^ -mure de cette fouie -entfhousîaste, quand les acclamations des légionnaires -parvinreiït sur -ses bords, -mêlées aox pflaiotes de la vague expirante.

L'armée voulut qu'un monument rappelât le souvenir d-ttne aussi grande. cépfanonie. Elle éleva la moitié d'une etflomie, dont elle lï'eut point le>temps de eonstraise èe 4aît€u On 1% terminée en ^8M , tg^ l'ogrdane de JLouis-

CCHHI6T0PHE WR&N. ^3

PhlUppe, »tse JCHiriion quiiâisait.le hooiapatiâste pour « .Tendre pçfmhire, et me prévayait point .hs déplorables .tïonsâqiienees: de json stratagème; debcnlt mi fioimnat deia iMaise, ^elle.regacde lestâtes deirileeuienûe ék semble ) lui < ;donner unia^ertissement perpétuel .

iBeœi endtcHt jaiâmasable, auj oflxrdUiiiî r si < tfamcpiille/ je

\dd6cendis par dlalnruptesTcbunins snr. Le rit^gade l'Océan .

Le flux tonehaitàîsan dernier terme; unegrèvei imme&ie

.brillait au soleil, .trefsipée/d'eau. marine,' couverte de.T'ûches

HSWguMèEes^.domiBée |iar.d^:hautes falaises. Gesdunes ne

:SOint formées ini .ide !sable, ni de. pierres,. mâis.âeiteriBiaB

^argileux; deâ!S(UirGesipeu'abondant6S^ytfiltrent. lentement,

délayent ce milieu imebite^ et enduisent d'une J[)oue . livide

;èes parois ^perpendiGolaires. U^autres portions plus :sèches

.préseiltent ua pkk&bel aspect ; de nombreux détouss varient

.Jia oôtQf et .Ifœil.en^siiitles lignes fuyantes^jusque dms la

.brume lointadne^vScms jnes^piclds, onefoQlôid!^t£angespre«

.dttctions- appelaient mes regards ;. les. bouoc de -mer, ^ les

(polyschides, le /fueus Me$ica aux cellulâs remplies d'air,

enveloppaient les iroefaers comme d'humides joiantettux,

,ou traînaient rsur le ^sable ondulé par les vagues. Les co-

: quilles les j^lu&.divecses,. telles que les-jnérites, les pectens,

les .onffSï£6,.l6s volutes» tétoilaient ,1a -^age;^on y voyait

freluise la jnédusa transpareate^^semblable :à une masse de

gélatine, des .anémones/ destsâueâs de mer, bizarres mid«

ilusqnes dont les .nuanees charment l'œil en laxpliquant

leurs nainSyiZEuais dont les formes déctmcei^ent.

LIâ&atife f est i indubitablement ia ^plus .-étrange de toutes ices créat]ii*es.; iba pour :eorps un tuàe sauple/.glissaïit et :iblei2âtfe,. pareil kunfragment de viscères, pleind'un liquide ^diaphane, qui jaillit lorsqu'on perce-l'envôloppe. Aux deux t«xlrén:ii(tôs.âu: tube se . ironvent ua i^^par^ formant Y,en- )iouse^t>n&e âorte^de grifiEs entouréede trois^ coquilles.:. le ipv'emierrfixëlâftnimàljyiEx cQi!ps)durSflaiBecûndee8t.sa.tète

munie de tentacules : il peut Tabriter sous ses trois valves, ou l'en faire sortir quand il veut happer une proie. Les anatifes s'agglomèrent le plus souvent et se pressent l'un contre l'autre. Je vis une planche, longue au moins de quatorze pieds^ entièrement couverte de ces hideux boyaux, qui se tordaient et s'entremêlaient : débris d'un naufrage, elle avait, selon toute vraisemblance , longtemps flotté sur mer, et im souffle orageux l'avait échouée sur la côte.

Mais ces curiosités secondaires s'éclipsaient devant la &ce majestueuse de l'Océan. Trois lames toujours pareilles escaladaient la plage, puis retombaient dans leur lit, avec un son rauque et formidable* Elles avaient une marche si régulière qu'elles produisaient une espèce de musique sauvage. Le nombre de ces flots change selon les côtes; depuis la création, il est resté le même sur chaque grève. Le jour et la nuit, pendant la froide saison et pendant les mois d*été, ils se brisent invariablement contre leurs bords. Les siècles passent, les nations meurent, les empires s'écroulent : le temps, qui n'épargne aucune chose, ne modifie point la mélopée de ces vagues éternelles.

Celui qui n'a vu ni la mer, ni les monts, ignore la puissance et la beauté de la nature. C'est 1& seulement qu'elle révèle toute sa grandeur. k\i milieu des 'plaines, elle ne sort pas d'une médiocrité prossdîque; elle montre une sollicitude materneUe pour les besoins de l'homme et ne l'entoure que d'objets doux et gracieux. Elle a déployé ailleurs les emblèmes de sa majesté royale. Elle nous donne alors une idée de l'infini, soit en hauteur, comme dans les Alpes, soit en longueur et en largeur, comme sur les abîmes deTOcéan. L'âme vole au ciel ou plonge à travers l'espace; étonnée de ces formes radieuses, elle s'oublie elle-même pour s'identifier avec elles : noble et intime plaisir qu'elle met au-dessus de toutes les joies. L'esprit aime à franchir les limites de son

existence particulière, à embrasser une plus large vie, dûtil se perdre au sein de l'immensité.

L'aspect du gouffre amer cause d'autant mieux cet effet, que rien n'y semble disposé en vue de notre race . L'étreinte de ces flots est mortelle pour nous, et le navigateur altéré ne peut même les porter à sa bouche, dans l'espoir d'éteindre sa soif. Des monstres avides les parcourent et menacent les imprudents que leur calme engage à s'y fier; Igs vents régnent sur cette plaine mobile, dont l'étendue et les crises violentes effrayent la pensée. Tout y annonce une destruction in&illible, aucun indice de salut n'y entretient le courage; un mal mystérieux vous y frappe soudain, comme un lugubre pronostic. Les végétaux, les animaux, qui en peuplent les solitudes, étonnent le regard et troublent l'esprit par leur caractère singulier, par leurs formes hétéroclites : on sent qu'ils n'ont point été faits pour nos yeux, que le monde de l'hcHume cesse au bord des mers. Elles sont le reste du monde primitif, muet empire des léviatbans. Aussi remplissent-elles le cœur de tristesse, après avoir flatté Fimagination : perdu au milieu de l'éternité, de l'immensité, on éprouve encore le malaise d'un hôte inattendu qui pénètre dans un séjour ennemi, où la froideur l'accueille, où la haine l'environne.

Tandis que je me promenais sur la côte, le soleil avait abandonné l'horizon. Une masse de vapeurs confuses, rougeâtres, un embrouillement de lignes, de formes, de couleurs indécises, tachait, pour ainsi dire, le firmament et les vagues de l'ouest. Elle peignait de tons faux l'écume déployée en écharpe le long du rivage. Les mouettes, les pétrels, commençaient à faire entendre ces cris lugubres qu'ils prolongent très-avant dans la nuit, et dont rien ne saurait exprimer la désolante tristesse. La bise de mars y joignait ses lamentables soupirs. L'ombre arrivait par degrés, mêlant ses terreurs aux terreurs de l'abîme et son

6c. DESCRIPTION' EJr HISTOIBB^ DE! LONDRES.

incertitude au. vague d'un. élément: sans borne». La DMrr devenait sombre, tragique ,. eflrayanle, . comme une âBstet désespérée. Onieût dit que. le jour ne devait plus renaître, que' la solitude et laiDœort s'emparaient du globe, et.que4ei murmure des flots allait bruire, à jamai&dansdesténèbiesf infinies. L'bommB' le moins sensible aurait. œ]:i>esoin d'un: effi)rt^ouniepas:pleurer.

Saisi par le mélancolique attrait de ce tableau, je dustoutefois- m'en éloigner et prendre le cbeminde la ville. An peiney étais-je rentré depuis dix minutes^ que la cloche* du départ somia; Je montaisurlebateauà vapeur le >£far^- /«^uin^; nous, passâmes ent m les dffîx jistées en pilotis^ e^* foulâmes^ cette onde menaçante que j'avais contemplée du bord' avec une si profonde émotion; Elle me rappelaitmalgré md un usage de la Bretagne. Lorsque les pelitÈH paysans de TArmorique s'apprêtent à se baigner; ilstrem^ peut ' avant t0ut leur main droite dans= la mer, et font lec i^gne dé la croix, en priant Dieu de ne pas les abandonner au pouvsoir^e l'élément farouche : il& n'oseraient s*y jouera sans l'appui» et la surveillance du maître rigoureux, qui? contient les vents ou déchaîne les tempêtes. On éprouve^ im sentiment analogue, quaud on voit fuir derrière soi la' plage hospitalière^ qu'on affronte des c^aces dont la na-*ttare 'nous^ a bannis, et où l'adresse du pilota ne aert à rien, m les flots ne restent calmes:. ^ous avions, au surplus, un assez beautempa^les vi^es étaient peu lbrtes> et toutes les constellations . illuminaient le ciel « Une' autre étoile brillait àvla proue du navire : c'était le phare que portfe^ dbaqne bâtimrat pour prévenir les reneonires. Une aussi faible: lueur n'éclairait point notre marche, et les roms du vaisseaii frappaieni dans Ibbscuritê le noir visage dA rOeéan..

Je me promenais sur le tillae- depuis' une heure, sazra aivok souffert de l'oscilktioir. du paquebot^ lorsque le fcoid

xn^ayasil cdutt^nt^e désoendre à-lUntérieurvjeius saisi du. mui di^ merarv^ec une^étDnnaitterpi^mp1itud&; je ilestai' comme anéantrjusqn'au premier édat du xnatin; ILy a^dam^ le^ii»)nde des choses bien humiliantes: !

Le roulis wssgipouptant. peu à pea ; le soleil, comme: ua ^Qge de lumière^ déploya ^ ses ailes- d'or au^'dessus* de: lai Franee : nous labourionsles eatixdë la Tamise:. Les^rives^ du' flou w nous' apparaissaient bieniloiii, bieixloio : cem'éf t«it' guère: que dès lignes presque imperceptiblesiLa plu-p*arf dbs- voyageurs étaient sur* le pont; se remettant dee^ fatigues* de la nuit. Un Anglais d^une quarantaine d'annéaa me présenta* ooïdîalèment une- gourde pleine' d'eau-de.-^ vie, et j'acceptai son oflfre: Aiitoupdenous^voguaientdô» ermbarcatlons' toujours plus nombrMse»;: les deuxcôteas*exhaussaient ; des villages; dès châteaur,. des prairiefiç. des arbres, des buissons, de tortueux chemins s'y dessinnaient poétiquement dansla vapeurde rauba- Mais la foule dès" navires, s'-épaississBint à' chaque minute, . absarbait toute iK)tee attention. Le^flëuve n'en porté d'habitude 'pa»i moins de cinq mille,auxquel& il ^faut^ajoutl^P troîs^milleriha^ teaux. C'est une cîtô flottante quîhabitè une population^ de;) maiîhs. Nous dépassâmes Grave^nd, nous apdrçôniesslà^. noble enceinte de' Gi'eenwich, les-hastlons; les crôneattX'* a&làiTour, et'fîineff-'haltè àoôtédupont de DomÉlrBSî de** Vtoit'la façade- ionique de' là' Douane ou» GUstàm-Bouêec* J^y laissai mes bagages- qu'on devait me*rendre^le lèadef main et qu'il' était impossible d'obtenir plus tôt î; délivra ainsi de tout' embaitas-, je me mis^àwret» dàn»la;vrlle; Le» besoin de me d^ourdir et une impatiente curiosité- me^ pefussaîent égtflemMti Jô savais depuis- ma premièrei^jei*** Besse^ la langue dû payss ' j 'a^'ais^ lii un grand * nombre, d'aïkr tfeurs britanniques efrrêvé bieff^ôsfWrlaiterre des^ménefilH ttiBiè; Jb là- comiaissBis par les-lîvres^tfbrûlàissdela'votiv. pareirà' un* Homme' qui ' déivient amoure^» dîunejfemnw

sur son portrait, s'extasie devant -son image, puis la cherche frémissant d'espérance, et tombe à ses pieds dans une sorte d'ivresse^ qaand*il a enfin trouvé sa demeure.

Le premier objet qui frappe la vue, lorsqu'on prend la Douane pour point de départ, c'est une immense colonne dorique, haute de 4eux cents pieds. Dne balustrade entoure le chapiteau, et des flammes de cuivre doré hrillent sur la cime. On l'appelle par excellence le Monument, Aucun autre en effet n'a la même valeur historiqpe : sans les inscriptions gravées & sa base, on ne peut s'expliquer l'itat et la configuration actuelle de Londres. Elles portent qu'il fut érigé en mémoire du grand incendie de 1666, qu'on l'entreprit au bout de cinq ans et l'acheva in'x ans plus tard. La moderne Babylone doit à cette épouvantable catastrophe l'honneur d'être la ville la mieux bâtie de l'ulûvers.

Il y a dans l'existence des peujdes, comme dans la vie des particuliers, certains moments qui semblent désignés pour leur pçrte. La nature et les hommes, les événements

Mm

accidentels et les causes nécessaires, forment une ligue contre eux ; le malheur plane sur leur tête, ainsi qu'un oiseau de proie. L'année 1666 fut une époque de ce genre pour la firande-firetagœ, et spécialement pour Londres. Une guerre désastreusOi où la marine de la Hollande portait à la mamne anglaise des coupe terribles» &tiguait déjà la nation et obérait son trésor, quand une peste violente assaillit la capitale. Déchaînée en 1665, elle fit rage pendant treize mois. Gomme l'ange exterminateur, elle franchîtflttit toutes les portes et répandait la mort dans toutes les habitations. Des familles nombreuses disparurent, des quartiers devinrent solitaires; le gramen envahit les cours, et le silence de la tombe régna sous les plafonds. Il y eut des semaines durant lesquelles huit mille personnes expirèrent. Le commerce, l'industrie suspendirent leurs efforts*.

On étendait seulement de loin en loin des hommes qui passaient dans les rues et eiiai^it d'une voix sinistre : « Apport» yo9 cadavres. > Le fléau ne détruisit pas moins de cent mille individus.

A peine finissait-il qu*un autre malheur éclata. Le 2 du mois de septemhre 1666, à une heure du matin, le feu prit dans la maison d'un boulanger, qui âdsait partie île Pudding-Lane. C'était un dimanche, et les habitants, après six jours de travaux, dormaient d'un profond sommeil, comptant sur un jour de loisir. Londres était alors une ville gothique : des rues étroites» des passages tortueux, des demeures en boiSydont le haut surplombait le rez-de-chaussée, permirent à la flamme de s'étendre avec une extrême promptîtttde. Elle couvrit bientôt un espace énorme. De minute en minute son foyer s'agrandissait : un vent impétueux, qui soufflait de l'esté propageait au loin le désastre. Une si violente consternation frappa les habitants qu*il« se songèrent point d'abord à isoler l'incendie ; on employa seulement les pompes, au lieu de sacrifier les maisons adjacentes. La rivière même n'en suspendit point la marche ; les ponts étaient alors hérissés de bâtiments, selon la coutume du moyen Age : l'élément destructeur les envahit, et un spectacle prodigieux se refléta dans l'eau. Des poutres, des éclats brûlants y tombaient et s'y éteignaient avec un aigre murmure. Cette ligne ardente, qui traversait le fleuve, semblait une route de l'enfer. La bise poussait des torfents de filmée^ d'étincelles et de flammèches sur l'onde cramoisie.

Le tableau que présentait la ville n'était pas mcnns sinistre et moins majestueux. L'embrasement, qui gagnait du terrain à l'est, à l'ouest et au septentrion, dévorait plusieurs quartiers : une mer de vagues incandescentes roulait athdessus des toits, et formait de plus hauts tourbillons lorsqu'elle atteignait une église. La cathédrale de Saint-

10 DESCRIPTION mr HifirnoKff m londres .

Paul myannaife ainw qa- uir monument^ dte^> Mteme^ et (to> souffre allumé par le' tonuBrrer. Gette' éblouissftQtJis* olartd: peignait le dessoosrdes nuages,, qui fuyatenttœnniie susias d'horreur. La voix de la rafale, le craquemeïitdes^ ohBXC"^ penVeSy le grondement de Tincendia^ le&; clameurs de' la mnltiCade, le* brait des^édlfloe3 oroii&nt suveusHoiémes;. tonnsient son». reiâcUe et composaient une lugubre' symw phoniev On aurait cru yoir une autïe" GomoTPHe, péfrisstfot à cause dë'ses fbr&itè sousf laiyengeanueF da^Dleu;

Cependant l'aube se' levai morne et^dôsolôff» :: oume peuti dite qu'elle* éclaira Ito ville, caP'celle=Hn' flamboyait commet unetoîtîhe; Le* roi et^ le^ ducr dîYorkr essayeront^ en^ vathn d^arrêler là conflagration ; elle' Bravai tews-eflôrts^et dur» tout le jour; Une* secondé nuit, pltii* tferribie que' la- pre*mière; s'écoula sans- permettre aux^ habitants^ de fermer les^^ yeu»;' des milliers^ d^hommes^^ privés^ de ^leuns"" demeures, « ne" savaient' où reposer* leur tMe, e& oeux qui) n^avaientf pdnt perdue leur logis. n'oBaîent s'ëndDPmir'àf^côté du bra*^ aer. Presque tousdéménageaieat, voiilautîaa moinsFsauwF leur linge, leurff ustensilei? et léHis^mwibléy..La»foule* snî** vafltd^on œil désespéré les- progrès du» ffeu :- ttmt' de pew^ eoimes^ naguère opulentes se trouvaient^ maintënanO rt^ duites'au pain de lacUarité! Le fléau. ooifitinua sa coursip envahissante jnsque dams la nuit- dumaitii';' lipUise-s^^^tsari? alors calmée; il resta immobilci et- lé mercredi ne fUfpw? tënioin de nouveauxmalheurs. On espérait en êli'e quitter mais quand l'ombre' eut ranimé les teintfei? sanglantes- db" la scène, la dévastation recommença près dlnner-TemplèP.' Gny mit cette ffais un tferme soudaiii; entpwiîquant le vifle àlîentour; Cefùt la dernière conquêlfeidè^ là» flamme ;eUb> respecta dispuis i les bornes^ qu'elle s^ètait eUe^-même doif*néei^ flmsstral db détîiiire tdnt ce qu^ellfepaiveibppafitt

liai ftfumaise couvrait albrs^ un espace der- quatl^ ceirt* trente-six aoresj plus de six^œnts arpents^POuiiixe'qtifiÊrtlèra^

y brûlaient (laas>tûul;6.1eur. étendue, .huit.autres en partie ; quatre-vingt-neuf églises,- Thôtel dé ville, qnatte portes^e la cité, une foule de monuments, tels que lès hôpitaux, des écoles, des bibliothèques^. et. treize mille deux.cents maisons *, bordant quatre cents rues^ fumaient au soleil; dont elles obscurcissaient la lumière. Il n'avait pas éclairé, depuis les-j ours de Néron, une aussi grande catastrophe/ On regarda comme un effet providentiel qu'au milieu d^ùn semblable désastre six individus seulement eussent' péri ; : eucore deux ou trois- mGururent41s en se hasardant' trop tôt parmi lès ruines; II- fût impossible d'évaluer le dom- mage;

La haine populaire attribua cette calamité aux papistes : on prétendit qu'elle était leur œuvre; quMls avaient' voulût exterminer les- anglicansï rétablir le dogme ultramontain» et* plonger lanatîôn dans là servitude. On grava cette ca*-lomnie sur le piédestal du monument, où elle resta jusqu'en 1829, Il est positif; au surplus, que la ruine de là^ grande cité causa pw d'émotion aux catholiques et les^ attendrit médiocrement : ^ie sembla même leur causer une* joiè^ruelle, comme le prouve un sonnet de Benserade; qui' compte parmi les meilleurs de notrç aneienne lilt^witarei

L'JNCINDIE DE LONDRES..

Ainsi hrûlagadis cette fameuse Troye, Qui n'avait offensé ni ses rois ni ses dieux. Londres, d'un bout à Tautre, est aux flammes en proye,. Et souffte un mesme sort; qu'elle mérite mieux;

Le. crime, qu'elle aiait est un crime.odieux, A qui jamais d'En Haut la grâce ne s'octroye. Le soleil n'a rien vu de si prodigieux :

Bt je ne peaase pas que rôvenirle croyez

*(yéteieHtlès-dirq; sixièmes du rrombre- total; PluBÎéaTs dé ces détaas"in*OTtt*été foTirnis parime relation populaire que l'cm vendait autour de Londres, quelques jours après la péripétie.-

L'horreur ne s'en pouvait plus longtemps soutenir, . Et le ciel, accusé de lenteur à punir, Aux yeux de Tunivers enfin se justifie.

On Yoit le châtiment par degrez arrivé; La guerre suit la peste, et le feu purifie Ce que toute la mer n'aurait pas bien lavé.

Quand la destruction fut terminée, de nouveaux embarras commencèrent. La plus nombreuse partie de la population n'avait point de retraites ; il feUut l'entasser dans les demeures qui avaient échappé aux ravages du feu^ ou lui construire sur-le-champ des abris imparfaits. Quel travail d'ailleurs, quelle tâche exorbitante que d'enlever cette effroyable masse de décombres ! Et ensuite quel temps ne mettrait- on pas à rebâtir une ville aussi énorme ? Les choses ne pouvaient rester comme elles étaient, cependant. La foule ne perdit point courage et se précipita sur l'immense ruine. On déblaya le sol avec une rapidité extraordinaire ; la bâtisse ne fut pas moins prompte^ et, au bout de quatre ans, une nouvelle cité, plus durable, plus commode et plus saine, élevait dans les airs ses murs et ses toits de brique. On n'avait à regretter que la chute des somptueux édifices qui ornaient auparavant la capitale. De ce nombre était la vieille église Sainl-Paul. Commencée vers la fin du onzième siècle, terminée en 1283, elle devait offrir quelques points de ressemblance avec Notre-Dame de Paris ; mais plusieurs accidents l'avaient déjà mutilée,. Sa forme était celle d'une croix ; le tonnerre avait abattu un clocher splendide qui se dressait au milieu et qui passe pour avoir eu 534 pieds d'élévation, La nef et une partie des ailes avaient été reconstruites selon la mode grecque ^ • L'incendie n'en laissa pas pierre

^ On trouve ce monument décrit et gravé dans le MonasHcum an*glicanum, publié à Londres, en 1655, par Roger Dodsworth et Guillaume Dugdale.

sur pierre. Il &llut donc bâtir une nouvelle cathédrale : en 1674, des lettres patentes forent promulguées, qui nommaient des commissaires pour inspecter les travaux et chargeaient Christophe Wren de dessiner le plan. On se mit à l'œuvre en 1675,et on acheva la construction en 1710 ; un mèoie architecte, un même directeur du matériel «t un jûoiéme évéque présidèrent à Tinauguration et au couronnement de Tentrepitse. Des offisndes volontaires, une taxe, spéciale, des allocations du parlement, subvinrent aux dépenses ; le roi donna de sa liassette mille livres sterling chaque année : le monument coûta dix millions et demi.

Ce n'est, après tout, qu'un pastiche du feimeux Saint- Pierre de Rome, ainsi que le Panthéon et l'Escurial, moins le soleil qui rayonne sur le dôme italien. Son portique se distingue par sa forme élégante, et rappelle, comme les édifices de la Renaissance, les habitudes de Tart gothique. Deux pouvoirs contraires y luttent : les souvenirs de l'imagination chrétienne et l'influence de l'art grec. Il se divise en trois parties dans le sens vertical : au milieu, deux colonnades superposées que domine un fronton ; à droite et à gauche, deux clochers. Le même nombre de divisions frappe les regards dans le sens horizontal : la colonnade inférieure et le bas des tours composent un premier étage, dessiné par un entablement ; la seconde colonnade et la portion moyenne des tours forment un deuxième étage, linuté comme l'autre par un entablement ; le fronton et les pyramides des clochers, celles-ci étant d'ailleurs bien plus hautes, constituent un dernier étage et un nouveau trait de ressemblance avec les portails de nos églises. Lescolonnades sont placées comme les galeries du système ogival; les flèches percées de jours nombreux et environnées de clochetons, les trois statues debout au sommet et aux angles latéraux de l'amortissement central, com]|)è-tent la similitude. Il n'y a pourtant pas un détail' qui' ne

il4 DESCRIPTION arr HSSToniEinE Londres.

Yieime ile ranthjuifaé. :âamt£utpioe àSve un^ disposition

analogue,' mais mcâBsMèl&À F£Hspritda:inoyai âge. Chris-

: tophe Wren.neBQ doutait point ^rselon toute' Yrsisemblanee,

qifir imitait, la Atff&rrfé gothique :nfeûttil pas rejeté, dans

. Fliypothèae leoiitrairBy ces formes qui le séduisaient/ et qui

«ussent provoqué'son dédaiDyS^il en avait aperçu Torigine?

Éternel 'aveuglement des copistes! Us se figurent qu'ite

':Te8su8citént un «tt détruit, quolapureté 'du modèle passe

dans leurs ouvrages^ et ils produisent des monstres sans

•oa-raotère, sans ^ valeur, sans harmonie, -sans force vitale !

I/embpasement de ^Londres tourna eepeadsmt ' à l'avan-

tagerexelusifdecet architecte, ir fut, à lui* seul, chargé de

^rebâtir *cinqaante-trois 'églises, d'élever le '^Monument, ht

vDooane, les hôpitaux de Cfaelsea>etde^6reenwiefa. Quelle

immense ^carrière ! ^\i\ homme de génie n*a rencontré une

aussi belle ecoasi0n,et Wren n'était pas un homme de

•génie. Greenwich, dams cette foule detx)nstructioHS,;évéîlle

^îseiil quelque intérêt : les autres ne -sont que de vulgaires

^édiffices.

^ Ge fut par «ceasion^que l'aiiteup devha tanihitecte, et «on ^hîstorre el^t cassez eurieisse pour q»e nous 'la paconti^ns!^ ?peu de '^mote,

vGhristoplieWreO'était aé^tf-l©32/àKn0J?le, èhanaaatifcvil- UagesâtuéprèsdeSalisbury^oii^onpèreexerçaitlesfondioQS de mimstre.Depuis uihsiècle environ, «a femilieprodaisait despersormagesremarquables. Le'plusxsâlèbre d-entre eux, ile t docteur ' Wren, évêque ' d'Ely, montra -pour k cause ^royale la-fermeté d'un» raartyr,*et«ubit5aKBS' changer d'opî- : nion- viugtannées d emprisonnemœt. : Le • père de ^i I^areMteete de vint lûi^m^^nta chapelain du roi que^son obstination ivanaibàxiUéehaiisciadyi! doyen .de Wintteor iet'éhevàlier delà Javretièm. C&mtophe^Wren,^son'filsunique/était si délicat iiaiïS'Son/QnlaïQce qu^on 6at beaucoupilefpeme à Tâever, «eequi neir^empêcha pas de vvivre Quatre-vingt-dix ans; on

iejfiUmsta*iidnd)parani pxéôepteuiu poor r&vQÎr tQi]\}oasB«âis les yeux^etcbûidoimaridas'sciins (partimlli£tra.JLiûPsqu*il eut .quakocae ions, tout tmotif ^ d'inquiétude ayant «disparu, on llenvoya BokviKa jlj» ooufs de l'uni YeFsité.d'Jûxford. On prétti^d que,iâ6s eette ;épaque^ il.ayaît imaginé plusiem» Jn- Bteuniôiijteiirttte&yimLiWiBQir entre «ntrea, qui répandait le ^grain uveciune ^parfiarte trégolacîté, run téi^omàtm, une :ma- >'éhifie .pneinralîqiie ; lil «^asmit «de plus .^osît ^nn imémcÛBe :aiir H& irigonoQ^tiïie^idiéiriqueetiixne hroebmeHSfUT .la -planète .£artuvne.i)ll Uiini^ensité,:aon zèle ne me iralentit ipolat, aon jgénie attoleaiient unonta :de plus .en plus diaut idans les 5S{flièt0adeila pensée .«Arvantl'âge de diK-buit ans, sas dâludes ipbysiqu^ »et metthématiques l'aimient arendu oâàbce len jilurQpe.^Sfams me carierons pointillés titsesqui kii lurent «onférés 'bientôt après. Eni654,(Bv6lynil'appelaitiin jaiirajslede )la natufe,mn ptodigede^science uniTeraeUe. .Trais ''Bnsplusttard,ilHBUooéâartàEooke idansia iûbàii^ d'astri)inomle, au collège de Chpesbam. Il fut un dâsifûzidatQttrs de 4'Àcadémie>fte&'sc»3nc6s> nommée en Augleterre ila ,&oûiéié ma^aki. J^ef, les îngBHSiGQmpétents le iregardwt .comxnie :1e tdigne ipisBounseurtâBB Ke^wton. jEn iMQ, on lui aiitrobuait dé^ cmquasidto-trols invfBoitiaiis, dbéoeids uc^ ou per-

•feationneiBe&ta..iie docteur Petty en a publié laiiftte,, que mous ae ipâiuarûiBi istpEDduioce iûL Daux a^des :Sftnlftmf>nt !sV irappXH£fadnt4iL J'aiit uxcoiiumental : Mmmauœ.plam fkmr -accf^trsdu^mm^des^viimitt^^et Ja:beaiUé' des édifiées^ '— Mamelle >métbade pour iâiir des fart$ st (desjeàées dam la mer. Si ces travaux démontrent .qneChristQpbe Ween s'ûcaupâlt^û(MSBSâii!Bmsatià';arcbitectufie., ilsjae|>i:cmYai6id pas .qu'iil dâtftoutduisntesd&er etidevenir-isn lUuatse.ardtûtedte. M erdra oaiïéme ass^ taotd .dans tiette carrière.

Wsenav^ireiâeet un :ans, lorsqu'on le ûbaipgda deaté- .parer ilaieathédirale de iLdudres, .déc^e À &. JBauL Au Jiidu <deéairaBtei»ar,iâe de*G«nsoUdiér seuleiBEiônl, .il propi^s^ 4'Bn

refiiire une partie, de construire un ddme dans le centre, oÈL s*eflUait un maigre clocher. On approuva son plan^ et il se mit à étudier la théorie aussi bien que la pratique de Tart monumental, avec une extrême souplesse d*intelli* gence, avec une opini&treté peu commune. Pour achever cette éducation tardive, il fit un voyage en France pendant Tannée 1665. Il y prenait des notes, U y dessinait d*une telle ardeur, qu'il parle dans ses lettses d'emporter toute la France sur le papier. A peine était-il revenu que Tincendie de Londres lui préparait de la besogne pour toute sa vie. La fournaise éteinte, ce n*était pas une petite afibire que de déblayer le sol couvert de ruines. Toute une capitale à emporter sur des tombereaux ! En attendant, la population campait sous des baraques, ou s'entassait dans les logis épai^és par la flamme. Inigo Jones était mort, nul architecte de renom ne lui avait succédé : Christophe Wren, déjà choisi pour restaurer Saint-Paul, fut chargé de reconstruire la ville, et non-seulement la ville, mais toutes ses églises, sa cathédrale et une foule de monn* ments publics. Cette tâche n*effraya point le courageux savant ; il se mit à reouviie comme s'il s'agissait de résoudre un problème astronomique ou physique; il dessina d'abord le plan d'une nouvelle capitale, et il parait que son devis unissait la variété à la régularité. Mais on ne put le suivre fidèlement, la sottise et l'égolsme des propriétaires ayant suscité une foule d'obstacles. Londres, néanmoins, esten-^ core la ville européenne la mieux b&tie, et ne pèche guèreque par Tabsence de quais.

Vlren s'occupa ensuite de la cathédrale et des églises ; on ne lui en avait pas demandé moins de cinquante, outre un monument pour la douane, un palais de justice, un théâtre, et je ne sais combien d'autres édifices. Il mena de front toutes ces entreprises avec une activité in&tigable. Et c% qu'on aura peine à croire, c'est que son désintéresse-

ment égalait son ardeur au travail. Pour diriger la construction de cinquante églises, on lui donnait deux mille cinq cents francs par an I La cathédrale ne lui rapportait que la même somme, attendu qu'on lui retenait la moitié de ses honoraires jusqu'à l'achèvement de l'édifice. Il lui avait fallu cependant abandonner sa chaire, et cesser de présider l'Académie des sciences. Wren était d'ailleurs si scrupuleux, si avide de bien feire, qu'il étudia les moindres détails de la bâtisse, au point de les mieux connaître que les ouvriers eux-mêmes. L'Angleterre le cite comme le plus habile de ses constructeurs. Or, ils sont peu nombreux , les hommes qui, après avoir débuté par la théorie, se familiarisent complètement avec les secrets de la pratique. Le s meilleurs édifices de Wren manquent pourtant de charme et d'originalité. On y sent le travail d'un esprit peu inventif: ils ne séduisent point par des- combinaisons nouvelles, par des formes inattendues. Wren avait beau faire, la nature lui avait donné l'organisation d'un savant, non celle d'un poète. Il n'éprouvait point cet amour exalté du beau qui entraine l'imagination au delà du réel, qui lui montre dans le lointain, sous un ciel lumineux, les royaumes sans bornes de l'idéal et de l'inconnu. Il étudiait avec patience, il reproduisait avec soin, avec fidélité; mais il lui manquait le souffle créateur. Sa grande figure monumentale, au nez, au menton volumineux, à l'air calme et doux, n'annonçait en rien la fébrile délicatesse des vrais artistes. L'unique bâtiment de Londres que les flammes n'avaient point dévoré, c'était l'hôtel de ville, nommé Guildhall. Ses murs avaient une si grande solidité qu'ils restèrent debout sans fléchir et bravèrent l'ardente houle. On put lui rendre sa splendeur moyennant une dépense de 75,000 francs. La grande salle étonne par ses vastes proportions : elle a cent cinquante pieds de longueur, cinquante de largeur; cinquante-cinq de hauteur, et peut contenir sept mille per-

sûnnes. Une immense fenêtre gothkpie s'ouvre à chacune de ses «xirémitéa, ofifrant aux spectatoirs des vitmux modernes. Huit groupes de colonnes établissent des divisions sur les parois : ils soutenaient probablement une de ces charpentes gothiques, peintes et «dorées, pour lesquellœ nos rivaux montraient tant de goût pendant le moyen âge ; on lui a substitué une galerie, où se plftoe un public de choix dans les occisions solennelles. Presque tous les ornements ^ui ^raient cette pièoe avant k terrible année subsistent encore; ils datent du quinzième siècle, attendu que les fondements de (kiilâhall fiirent jetés en 1411. En 1789, on bâtit une nouvelle façade : les caprices de rarchitecte et le stjle ogival y iforment par leur ujiioii im mélange bizarre*

C'est dans l'énorme enceinte décrite plus haaat que se fart Télection annuelle du lord maire ^ Le 29 du mois de ^ptembrcL, les chefedes principales familles de la cité y délibèrent k cet égard; ils ne peuvent choisir «fu'un des aMermen; ceux-^ci,au nombre de vingtHCÎHq,oiXt eux-mêmes obt&nu précédemment les vodx des notables de leur «quartier: ils représentent chacun un district eteont désignés pour la vie. Les ^uffea^as se poo^teoit -sur deux d'entre eux, q^ni paraissent devant un eonseil formé de l'ancien ilord maire et du reste des .aldarmen : 11 &'agi.t de «donner la préférence à l'un ou jà l'autre; c'est ordinaireioeni; le filusâgé que l'on proclame. Beux.sheriSs.an£Luels, dont le pourvoir embrasse non-seulemeni; toiuJte la viUe, mais tout le coiûfté, lui servent d'adjoints. .Son règne cQmmence le Q 'du mois de novembre. On l'installe dansiies loBctions .avec un édM, prodigieux. Une voitujcede parade qaejfouradt la cité, uoiture derrière laquelle macchenl; ies ^aa^rosâBS des j^^exiffs.

* On voit A Gaiildhaîl beaucerop d'aftftrefi pièces, mais moins importantes et défîoréesla plupari iseton le goût modeorne.

ceux des aldermen et une troupe choisie d'électeurs eu longuei robes, le mène de Guildhall au pont de Blackfirjars, où il monte une barque richement omée, suivie des barques non moins riches que possèdent les différents quartiers, pour Tusage de leurs députations. La flottille s'avance du côté de Westminster; une foule de bateaux remplis de curieux voguent alentour. D'innombrables spectateucs bordent les deux rives de la Tamise et saluent de leurs cris la procession navale. Les musiciens qu'elle porte font retentir le fleuve d'une bruyante harmonie , ^le canon y joint sa voix sonore et les matelots y mêlent les chants de leur profession. Le cortège descend à Westminster, puis s'achemine vers la <50ur de l'Échiquier, .oii le lord-maire prête serment et où le chef du trésor liu débite ime harangue solennelle. La troupe visite après toutes les cours de justice Je greffier invitant les magistrats au pompeux dîner qui a lieu le même soir. Ces formalités accomplies, on remonte sur les barques et on descend le fleuve jusqu'à Black friar»- Bridge; de là, on regagne l'hôtel de vill/e, comme .on s'en était éloigné le matin. Le banquet a lieu dans ia grando salle : les ministres, les principaux officiers de la comronne» la haute noblesse et environ mille habitants de la cité, hommes et femmes, les plus riches d*entre les bourgeois, y prennent une part très- active et luttent de gloutonnerie. Cette fête coûte d'habitude trois mille guinées, dépense qui est à la charge du lord maire et des sheriffs : ils doivent donc nécessairement jouir d'une belle fortune. Le premier, au surplus, touche dans Tannée 8,000 livres sterling pour ses frais de représentation, et il peut les porter jusqu'à 250,000, voire jusqu'à 375,000 francs. Il habite le palais de Mansion-House.

Des festins encore plus somptueux que le repas annu^ du lord maire ont été servis dans les murs de Guildhall. Un de ces dîners monstres éclipsa tous les autres par sa

magnificence. Le 18 juin 1814, le prince régent, le roi de Prusse et son fils, ce Guillaume couronné depuis empereur d'Allemagne, l'empereur de Russie, la plupart des généraux qui venaient de combattre Napoléon, y furent invités. On ne leur présenta que de la vaisselle d'argent et les mets les plus rares; la première fut évaluées millions, le régal seul coûta 625,000 francs. Galigula et Vitellius en auraient été jaloux.

L'abbaye de Westminster et la Tour de Londres sont encore des édifices gothiques dont l'érection a précédé la grande catastrophe ; mais leur conservation n'a pas lieu de surprendre : ils étaient hors du foyer de l'incendie et n'eurent point à résister au violent tourbillon qui assaillait l'extérieur comme l'intérieur de Guildhall.

Outre le pilier solitaire dont nous avons parlé, un autre monument rappelle le désastre de 1666. Huit ou neuf mois après, Dryden publia un ouvrage intitulé : Annus mira-' bilis, l'Année des merveilles. Il décrit dans ce poëme l'embrasement de Londres. Un sujet si dramatique ne l'a pas inspiré, ou du moins sa verve a produit de tristes effets. Une recherche inutile et inopportune corrompt perpétuellement son langage ; l'intérêt du fond est noyé sous le mauvais goût de la forme. Il peint de la manière suivante l'extinction de la fournaise : « Le Tout-Puissant jeta enfin un regard de pitié sur la ville, et la miséricorde toucha doucement son cœur attendri ; une portion de la capitale était détruite, l'impétueux fléau s'élançait pour attaquer le reste. Dieu prit une pyramide de cristal évidé, la trempa dans les eaux du ciel, en fit un large éteignoir et chaperonna les flammes qui se précipitaient sur leur curée. Les feux vaincus se retirent de toutes parts ou s'endorment gorgés d'aliments ; les esprits domestiques montrent de nouveau leur face, et les petits dieux lares se glissent hors des foyers. » Si ce n'était pas un traducteur de Virgile qui

eût écrit ces phrases, on les citerait depuis longtemps comme des épouvantails de ridicule, dans le but d'instruire et d'effrayer tous les élèves de rhétorique.

L'anéantissement de la vieille cité a eu pour la métropole deux avantages : la peste qui la désolait fréquemment a cessé d'y paraître ; il a fourni l'occasion bien rare, et je pourrais dire unique, de bâtir une capitale sur un plan voulu, comme si on Térigeait au milieu d'une campagne déserte : la salubrité dont elle jouit en est la conséquence. A voir ces larges rues, trois fois grandes comme les belles rues de Paris, ces maisons peu élevées, n'ayant guère que deux étages, ces carrefours spacieux où les voitures se croisent sans le moindre embarras, ces larges trottoirs soigneusement dallés, ces squares pleins de verdure, de fraîcheur et de silence, où pépient les moineaux, où voltige le chardonneret, on comprend que l'air, y circulant avec une extrême liberté, y doit être pur et n'infecte jamais le sang de miasmes corrupteurs. La prévoyance a été portée jusqu'à ses dernières bornes : l'eau des pluies est la seule qui mouille la voie publique ; nulle eau fétide n'y tombe d'aucun endroit. Sous chaque rue passe un canal où aboutissent les éviers de toutes les demeures ; les liquides dont on a fait usage sont de la sorte immédiatement conduits à la rivière.

Londres cependant a encore la physionomie d'une ville incendiée. Par les plus beaux jours, la fumée de la houille y cache le ciel : on dirait la vapeur d'un embrasement. Le soleil la pénètre avec effort de ses rayons, qui prennent une couleur sanglante, et, reluisant sur les briques jaunâtres des façades, composent de ces deux nuances une sorte de nuance fantastique. Les demeures les plus vieilles n'ont pas, il est vrai, ce manteau de soufre orangé ; mais la suie du charbon de terre les a rendues toutes noires. Le dôme de Saint-Paul offre de longues traînées obscures,

23 DESGRIPTiaK Sr Hlâ/fOmB tfS LONDRES.

mêlées d'endroito blanehâtreSi comme si la flamme ravcût bnmi dans une place et calciné dans l'antre. Dn sommet d'un grand édifice^ Londres présente un aspect da même genre. Une brume d'exhalaisons Teirveloppe et lui donne, pour ainsi dire, vn air scrofoleux. Il semble voir un gigantesque amas de broussailles hnmides> qui se consu-^ ment lentement* La ville^ sauf quelques traits, a donc gardé Tapparence que le feu lui imprima dans l'époque la plus périlleuse de son histoire^ comme ces individus qu^unhor-^ rible malheur frappe dans leur jeunesse et qui en portent inyariablement la tragique empreinte*

Aussi Londres gagne-t41 beaucoup à être vu passé minuit ; lorsque lesi habitants sont la proie du sommeil, que le £racas des voitures et le bruit de la multitude finissent de s'éteindre^ que les cheminées ne lancent plus de vapeurs, le ciel y jusqu'alors voilée montre son dôme radieux. Uâme s'épure à son toor, en contemplant la lumi^e des étoiles. Le r^ard plonge dans l'immesusité, comme pour iqptôrcevoir le Dieu dont elle lui' raconte la grandeur* Tout est si brillant là^ bout, tout est si tranquille l tout y parle si bien au cœur un poétique langage^ tout y flatte si bien l'imagination ! La ville^ d'un autre c6té, s'est embellie ; les deux rangs de candélabres qui longent les trottoirs, flamboient sans que rien en ternisse la splendeur ; ils composent une véritable illumination prolongée à l'infini. Chaque hôtel a de plus un réverbère fixé dans le couronnement de la porte, qui jette son éelatau dehors et sous l'arcade intérieure.Un ura^cÀman circule de loin ai loin comme une ombre protectrice ; nul efiEroi n'inquiète la pensée^ ne trouble la rêverie. La solitude, le calme, les ténèbres qui enveloppent le faîte et les retours des monuments^ leur donnent une expression im« posante qu'ils n'ontpasdurantla journée. Çàet là brille une lampe tardive; elle éclaire l'agonie, la spéculation ou l'ivresse d'un bonheur mutuel* Que d'intrigues, que de p^-

nicieux projets cette nuit a suspendus ! Que de haines, que de trahisons, que d'erreurs grossières dorment dans ces têtes alourdies par une mort transitoire, ou les remplissent de funestes songes ! Ah ! si tous les hommes se levaient un matin, hrûlant d'une sainte passion pour la justice et la vérité ! S'ils ne trouvaient plus en eux que charitables sentiments, glorieux désfars^ sages principes ! comme les maux qui empoisonnent la vie actuelle seraient affaiblis ou prévenus, comme un sort noble et doux rajeunirait notre espèce, usée par k SAuffrance et rinqiûétuda!

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