CHAPITRE X
Le Paris de la renaissance.
Une grande révolution avait eu lieu dans le monde moderne. Les études de l’antiquité favorisées par l’arrivée en Italie et dans le reste de l’Europe, des savants de la Grèce expulsés de leur pays, avaient attiré l’attention sur les monuments et la littérature de la Grèce et de Rome.
L’Italie avait précédé de beaucoup la France et l’Europe occidentale dans ce mouvemeut qui a reçu le nom de Renaissance. Elle avait de grands poè'tes, d’illustres écrivains, des monuments remarquables , que notre France se traînait encore dans cet âge de décadence littéraire et morale, qui remplit presque tout le xive siècle. Mais le génie français une fois excité ne s’arrête pas. Au temps des croisades, il avait importé l’art arabe et en lui faisant subir une série de transformations, il était parvenu à en tirer une architecture nationale qui devint bientôt l’architecture de l’Europe occidentale.
Le même phénomène se produisit au moment de la Renaissance. L’art n’étant que l’expression logique des idées de chaque époque, il était tout simple que l’architecture du moyen-àge, expression si frappante des idées qui dominèrent au xn* et au xm^ siècles fut remplacée par une autre architecture, expression à son tour d’idées jusque-là à peine entrevues dans notre Europe occidentale et qui devenaient rapidement dominantes.
C’est donc au règne brillant de François 1er qu’il faut rapporter le profond changement qui s’opéra dans l’art national. En 1533 on posait la première pierre de l’Hôtel-de-Ville, monument fort curieux où se montre clairement cette rupture complète de Fart du xvie siècle avec celui du moyen-àge. Le Louvre fut en partie démoli pour être reconstruit sur un autre plan. Il fallait que le mouvement architectural fut bien rapide, pour qu’il eut la prétention de venir remplacer, parun édifice de formes nouvelles, le monument gigantesque qui rappelait les souvenirs de puissance et de gloire de l’ancienne France.
Ce fut Henri II, qui succédant à François 1", eût la gloire d’élever une notable partie du nouveau Louvre et confia la direction des travaux des travaux à deux artistes éminents, Pierre Lescot et Jean Goujon, les vrais fondateurs de l’Ecole française.
Sous Charles IX, les Tuileries furent commencées ;
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Ton continua le Louvre sous Henri III; Henri IV l’agrandit encore et le réunit aux Tuileries par cette immense galerie du bord de l’eau, un des morceaux d’architecture dont l’étranger aime le plus à étudier le caractère pur et original.
Jusqu’à la fin du règne de Henri IV, malgré les guerres étrangères et les discussions civiles, Paris prit un immense accroissement. L’enceinte de Charles V avait été étendue. Les faubourgs du Temple, Montmartre, Saint-Antoine, Saint-Jacques et Saint-Marcel furent fermés de remparts. Henri III agrandit encore l’enceinte fortifiée, ouvrit dans la cité des rues nouvelles et posa la première pierre du pont qui devait faire communiquer la rive droite vers le faubourg Saint- Germain, travail important qu’il ne put continuer à cause des guerres civiles, et qui ne fut repris que sous Henri IV. On comprend que l’exemple donné par les princes de la maison de Valois fut suivi dans ces constructions que les grands seigneurs élevèrent pendant tout le xvie siècle. Paris subit peu à peu sa transformation. L’architecture à la mode fit délaisser, rapidement, l’architecture fleuronnée et dentelée du xive siècle. Nous ne tarderons pas à entrer dans le grand siècle, où l’on dira une construction gothique pour indiquer un édifice vieilli, aux formes surannées, et où les écrivains du goût le plus pur, comme Fénelon, jet-
teront leur dédain à ces monuments gothiques si plaisants aux yeux de nos pères du moyen- âge.