CHAPITRE XIV
lies églises moiiianfienfales de Paris.
Paris n’est pas riche en églises. Cette proposition semble au premier aspect un paradoxe. Si vous exceptez Notre-Dame et la Sainte-Chapelte pour les monuments de style ogival, le Panthéon pour les monuments de style moderne, tout le reste, ne mérite pas d’être classé parmi les grands travaux, qui doivent légitimement exciter l’admiration.
Paris ne possède presque rien de l’architecture romane quijjusqu’auxne siècle, a couvertl’Europede basiliques d’un caractère si éminemment religieux. Je suis allé visiter la nef de Saint-Germain-des-Prés. seul reste important de l’architecture romane à Paris. Elle date des premières années du xi« siècle ; mais les voûtes sont postérieures. Ce précieux débris du vieux moyen-âge n’en mérite pas moins d’être étudié avec soin, il montre toute la gravité de cette époque religieuse. L’église gothique a plus de légèreté et de grâce : les vitraux qui l’enveloppent de leurs brillantes couleurs, les voù-
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tes immenses qui se perdent dans les airs avec leurs délicates nervures, les dentelures capricieuses de la pierre qui bâtit les autels, les retables, les chaires, les jubés, contrastent avec la rudesse, la lourdeur même des détails de l'art roman. Ces deux architectures, si dissemblables, disent deux époques bien distinctes. Dans l’une, l’humanité est encoreà ses rudes épreuves; et les lourds chapiteaux où pleurent les personnages, où grimacent ies monstres symboliques prêts à dévorer l’homme, indiquent la lutte du monde contre les maux qui l’étreignent. Dans l’autre, l’humanité prendson essor ; elle commence à briser ses entraves ; dans ces aspirations vers Dieu, elle chante comme un hymne de joie que des jours nouveaux se lèvent pour elle. C’est le chant de Y Alléluia après les jours lugubres de la pénitence.
Ce contraste est frappant à la pensée, lorsque sortant de la nef sombre de Saint-Germain-des-Prés, on gravit l’escalier aérien de la Sainte-Chapelle, et qu’on se trouve dans ce merveilleux bijou de l’art gothique,, aussi délicatement travaillé en pierre qu’un reliquaire d’cr émaillé sortant des mains de l’ouvrier après avoir été fini dans ses plus minutieux détails.
La grande habileté de Pierre de Montereau, l’architecte de la Sainte-Chapelle, a été de faire un édifice complètement à jour sans avoir besoin de recourir, comme on le fit plus tard, à .es laids arcs-boutants qui
supportent les voûtes des églises gothiques. Sa voûte, la plus hardie qu’on puisse concevoir en ce genre, ne porte que sur de simples faisceaux de colonnettes. C’est donc une série ininterrompue de vitraux. 11 faut ajouter pourtant que ces faisceaux de colonnettes qui ont si peu de saillie dans l'intérieur de la Sainte-Chapelle, forment au dehors des contreforts épais combinés de manière à buter les voûtes et à en sau tenir le poids. Il faut ajouter enfin, pour réduire à une juste appréciation le mérite de cette brillante construction qui subsiste, sans une lézarde, depuis lexmesiècle, que toutes les pierres sont retenues par des clavaux de métal, précaution habile, mais qui prouve que l’architecte n’avait aucune foi dans la solidité de son œuvre.
Quant au coup-d’œil que l’intérieur de la Sainte- Chapelle offre à celui qui y pénètre pour la première fois, il n’est pas donné à la plume de le décrire. On est ébloui par ces innombrables petites verrières, dont chacune présente un sujet biblique en miniature. C’est un riche écrin, où s’étalent les topazes, les rubis et les émeraudes. Le vulgaire est surtout passionné pour cette décoration éclatante. Et l’on s’explique, quand on a vu cette merveille, que trois siècles entiers s'e soient mis à l’œuvre pour détruire les vieilles et nobles basiliques de l’art roman, afin d’y substituer des ca-
thédrales dans le style brillant de la Sainte-Chapelle.
En quittant ce curieux édifice, je me transporte à Notre-Dame. Ici fart gothique revêt plus de grandeur. La façade avec ses deux tjurs est réellement imposante. Peut-être même, parce que ces tours manquent de flèches et se terminent en terrasse, prend-elle de cette circonstance un caractère spécial de noblesse et de gravité. La statuaire du moyen-age commence à se montrer avec un indice frappant du progrès. Il en est de même à Chartres. L’art cesse d’être hiératique. Les vierges et les saints ont perdu leur raideur convenue. Le naturalisme commence à poindre. L’art chez nous ne s’arrêtera plus. La nef avec ses collatéraux est d’une grande beauté. Son triforium , ou galerie à jouf au-dessus des bas-côtés, est d’une légèreté admirable Les colonnes des baies sont en marbre, ce qui est une innovation dans le Nord de notre France, où le marbre ne se montrait jamais. Le défaut de cette grande nef, c’est son extrême élévation. Comme dans toutes les nefs gothiques, elle n’est plus en harmonie avec les nefs latérales et sa grande hauteur, lui fait perdre aux regards sa largeur réelle. Les architectes du xi ne et du xive siècle ne se sont pas aperçus qu’ils violaient en cela, l’une des règles éternelles du beau : la proportion.
Trois grandes rosaces rayonnantes terminent à
Notre-Dame, les transepts et le bas de la grande nef. Elles produisent un admirable effet. Je me suis arrêté longuement à étudier les bas-reliefs qui décorent extérieurement la clôture du chœur. Us sont d’une grâce charmante, rappelant ce que le moyen-âge a sculpté de plus naïf en ce genre. La pierre est bien fouillée ; les contours sont délicats ; le dessin ne manque pas de pureté. C’est sans aucun doute la page de sculpture la plus précieuse que Paris possède des artistes du moyen-âge, toute mutilée qu’elle soit par les réparations des siècles postérieurs.
Par son étendue, ses longues nefs, ses magnifiques portails, ses immenses et belles rosaces, Notre-Dame occupe une belle place parmi les grandes cathédrales du monde chrétien. Elle est pauvre aujourd’hui à l’intérieur ; elle manque de vitraux. Son chœur est obstrué de tableaux et de boiseries ; les piliers primitifs, du sanctuaire et du chœur, ont fait place à des piles carrées décorées de marbre ; les arcs ogives sont changés en plein cintre. Et ces malheureuses restaurations, quelque luxe qu elles puissent affecter, sont un contre-sens dans un pareil monument. Elles devront disparaître, pour que l’église ogivale se présente avec son caractère d’unité que ces enjolivements ont détruit.
Des peintures murales vont couvrir tout l’intérieur du monument. Je n’ose pas dire qu’elles ne soient pas dans le style de l'édifice, mais je pense qu’elles Iiq
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ôteront son caractère de simplicité et de majesté. La véritable peinture murale des églises est la mosaïque. Mais les églises go’thiques ne présentent pas les surfaces étendues que les mosaïques demandent. Pour ces dernières, il faut les églises byzantines comme Saint-Marc de Venise, ou les nobles basiliques romaines.
Parmi les autres églises du style ogival de Paris, que j’ai visitées avec quelque intérêt, je dois citer la petite église de Saint- Sé vérin et celle de Saint-Germainl'Àuxerrois.
Je n’ai pas manqué de donner une attention sérieuse à un monument religieux fort singulier, dont l’exemple est peut-être unique en Europe, du moins dans dételles proportions; c’est l'église de Saint-Eustache. Construite au xvie siècle, elle porte le double cachet de l’art ogival par sa disposition, son plan, ses piliers, et de l’art de la renaissance par l’ornementation empruntée aux ordres grecs, par ses voûtes surbaissées et l’emploi de ces caprices d’imagination, que la renaissance a prodigués dans tous ses monuments. Il en résulte un édifice hybride dont la bizarrerie étonne, mais qui captive par l’elTet que produit cette alliance d’éléments si disparates.
Je me reprocherais de ne pas donner aussi un bon souvenir à l’église Saint-Etienne-du-Mont , gracieux spécimen de l’art ogival à sa dernière période. C’est là
que les admirateurs du moyen-âge vont contempler ces prodigieux culs-de-lampe suspendus aux voûtes à nervures, qui furent le dernier effort des architectes du temps, pour produire des effets surprenants. J’aime mieux, je l’avoue, le charmant jubé qui sépare le chœur de la nef, construction délicate et soignée, qui se marie à merveille avec les piliers des églises gothiques et qu’on a eu le tort de faire disparaître de la plupart de nos cathédrales. L’on ne se lasse pas de suivre du regard les balustrades découpées à jour, comme de la guipure, ses rampes contournées en courbes hardies, qui s’enlacent aux piliers arrondis du chœur. C’est sans contredit un modèle du genre.
Je quitte maintenant le moyen-âge et la renaissance. Deux époques presque rivales, tant, chacune dans son geure, elles ont produit d’œuvres gracieuses, et je cherche ce que je puis admirer des travaux exécutés dans l’époque postérieure, où l’art a pris la dénomination bien vague d’art moderne.
Parmi les nombreuses églises du xvii« et du xvme siècle, j’en ai remarqué bien peu, qui aient à mes yeux un caractère vraiment monumental.
Saint-Sulpice est vaste, inondé de lumière, et merveilleusement disposé, pour les besoins d’une immense paroisse. Son portail est d’un grand effet. Il réunit à la fois l’élégance de la construction et la majesté de l’ensemble. Et voilà cependant qu’il est flanqué de
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deux tours, qui diffèrent de distribution et de style, dont l’une même est inachevée. C’est le morceau capital de l’architecture religieuse moderne. Toutefois, aux yeux de l’homme de l’art, il a le défaut capital de ne pas se lier au monument. Par là même qu’il s’élève en dehors au-dessus des toits de la nef, il paraît n’être qu’un placage, vice radical que le goûl réprouve et qui est contraire aux règles de l’art.
J’ai remarqué à l’intérieur l’embarras des architectes pour éclairer le monument. Ils voulaient la lumière, et ils ont réprouvé les vitraux qui assombrissent les églises gothiques. Mais leurs larges baies en plein cintre ont un aspect froid. La décoration en sculpture de la voûte centrale, qui est une coupole plate portée sur des pendentifs, est du plus mauvais goût.
Le grand monument religieux, le plus beau sans contredit que présente à Paris l’architecture moderne, est le Panthéon , dédié à Sainte-Geneviève. Cette église fut commencée en 4 75L C’est donc l’édifice qui résume le plus complètement l’art moderne, et il a dû attirer toute ni cm attention. Il est précédé d’un péristyle formé de vingt-deux colonnes cannelées d’ordre corinthien, supportant un fronton triangulaire. Cette façade, exécutée avec une grande hardiesse, rappelle ce que les anciens ont fait de plus beau en ce genre, et en particulier le péristyle du Panthéon à ltome. On sait que le tympan du fronton est une des plus gran-
des pages de sculpture monumentale de l’Ecole française. Elle est due au célèbre David. Elle représente la Patrie distribuant des palmes aux grands hommes groupés à sa droite et à sa gauche. C’est le poëme sur la pierre dont on lit plus bas la légende : Aux grands hommes la pairie reconnaissante. Malheureussment celte sculpture, purement civile et profane, est déplacée au frontispice d’une église catholique. Comment les hommes qui voulurent faire du Panthéon un monument destiné à recevoir les cendres des hommes illustres de la France, ne comprirent-ils pas qu’il n’y avait rien de mieux que de les placer sous la sauvegarde de la religion? Ou si, en raison de la disparité de croyances et de cultes, ils n’avaient pas voulu une église, pourquoi choisirent-ils un monument dont le plan, la forme, la distribution indiquaient nettement une destination religieuse. Il fallait alors un vaste mausolée, conçu dans cette idée, sorte de cimetière monumental, une espèce de campo-santo où le beau fronton de David eut trouvé sa place et non pas cette adjonction bizarre à une grande église, qui déplaît à ceux qui n’ont pas de principes religieux, et blesse ceux qui ont un plus vif sentiment de foi.
La sérieuse beauté de ce monument, qui n’a pas été, selon moi, assez remarquée, est la grâce et la légèreté des coupoles suspendues sur leurs piles, qui elles-mêmes sont à jour et évidées par des coupoles plus peti-
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tes. Chaque grande coupole surbaissée, se trouve ainsi supportée, avec ses pendentifs et ses arcs doubleaux, par des points d’appui d’une telle légèreté, qu’on s’étonne que tout cela ne s’écroule pas au premier moment comme un château de cartes. Cet intérieur du Panthéon estune des plus belles choses que l’on puisse voir. Ce n’est pas écrasant de grandeur comme Saint-Pierre de Rome. Mais Soufflot, l’illustre architecte de ce monument, a obtenu un effet grandiose avec des dimensions relativement petites, pendant que l’architecte de Saint-Pierre de Rome n’a obtenu qu’un effet ordinaire avec des dimensions colossales. Au point de vue de l'art; la supériorité est ici du côté de Soufflot.
Ce qui sera toujours réprouvé dans cette œuvre, c’est la colonnade extérieure, qui enveloppe son dôme sans le soutenir. C’est donc malheureusement du placage. Or, il existe une règle d’art qui ne souffre pas une exception, que la colonne ne puisse jamais être employée dans un monument, sans que son usage soit démontré nécessaire, pour supporter la partie de l’édifice qui s’élève au-dessus d’elle.
Un autre effet disgracieux de cette colonnade, c’est de faire trouver le dôme trop étroit et trop petit en raison du péristyle circulaire, qui est censé devoir le supporter.
Le nu des murailles à l’extérieur est encore un des défauts choquants du Panthéon. C’est un contraste
déplaisant avec la richesse de la façade. On a aussi blâmé, et avec une juste sévérité, les peintures allégoriques des quatre pendentifs qui supportent le dôme. Ces peintures d’un ton rude, entourées d’un encadrement doré, tranchent trop brusquement sur la teinte cendrée du reste de l’édifice.
Malgré ses défauts, le Panthéon est un monument de Part moderne fort remarquable. Le plan en croix grecque suffit pour constater à jamais sa destination religieuse. Il serait à désirer, qu’on pût transporter au fronton d’un édifice purement civil celui du Panthéon actuel et donner ailleurs une sépulture à Voltaire et à Rousseau, dont les cendres reposent encore dans les caveaux de cette église maintenant rendue au culte.
Je viens d’étudier une église changée pendant quelque temps en monument profane. Voici un monument qui, dans sadestination primitive, devait être un temple de la gloire, et qui est devenu une église. C’est la Madeleine. Le Panthéon, malgré ses nombreux emprunts à l’art grec, est cependant une œuvre du style moderne. Sa coupole centrale, son plan de croix grecque, sa distribution intérieure lui ôtent toute ressemblance avec un temple grec. Il n’en est pas de même de la Madeleine. C’est un véritable temple grec d’ordre corinthien. Elevé sur de plus vastes proportions que ne le furent d’ordinaire les temples anciens, celuici, malgré sa masse, ne commande pas l’admiration,
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comme le fait par exemple le Parthénon d’Athènes. On se demande toujours comment avec ces grandes proportions on a obtenu un effet assez ordinaire. J’ai pu m’en rendre compte par une étude sérieuse de ce vaste monument. Dans le climat de la Grèce et dans les pays chauds, grâce à une plus grande transparence de l’air, les monuments mieux éclairés retirent de la lumière ambiante, une teinte spéciale qui les colore à tout moment et présente à l’œil toutes les parties admirablement harmoniques entre elles. II n’en est pas de même sous le ciel de Paris. Aussi, comme premier effet disgracieux de cette différence de lumière a nbiante, toute la masse qui forme l’entablement continu paraît lourde et écrase les colonnes qui dès lors se trouvent trop grêles, malgré la proportion que les architectes n’auront pas manqué de leur donner. Ensuite ces colonnes composées de petits tambours de moyenne épaisseur font aux yeux un papillotage désagréable, en raison de leurs joints coupés à angle droit par les sillons des cannelures. Les anciens n’employaient jamais de si minces matériaux. Ce qui nuit le plus à la beauté de ce monument, c’est la médiocrité de ce que j’appellerai la sculpture hiératique. Son immense entablement, à l’exemp’e du Parthénon, devait être couverte de sculptures symboliques, où tout le génie des sculpteurs contemporains fut venu dépenser sa puissance, soit sur la pierre statuaire la plus fine, soit sur
le marbre même. Jusqu’au moyen-âge, nulle architecture religieuse n’a manqué à cette condition de produire un grand effet aux regards. La pierre sculptée, les bas-reliefs, étendant ses pages mystérieuses partout où l’art peut les écrire sans nuire à la simplicité de l’ensemble , donne aux monuments religieux un charme incontestable. On s’arrête aujourd’hui devant une humble église de village, bàtia au xri« siècle, parce que ses pierres symboliques offrent toujours quelque pensée religieuse. Un monument chrétien doit être un poëme. A part son fronton, l’église de la Madeleine est d’une pauvreté désespérante. Au lieu des frises du Panthéon, l’œil voit avec chagrin une série monotone de têtes d’anges et de guirlandes.
Ce fronton lui-même a le défaut d’une poésie prétentieuse. Dans les frontons grecs, les personnages posent en quelque sorte placidement et semblent presque des statues disposées avec goût sous le toit angulaire du fronton. Ici l’art moderne a affecté d’entasser les personnages, et dans l’espérance de leur donner plus de grandeur a fait souvent porter les têtes sur les mouluresdela corniche. Certes ce n’estpas là imiter sagement l’antique. Puis quelle pauvre idée, que de percer de niches carrées ornées de statues le mur extérieur du temple?
L’édifice porté sur un stylobate continu d’une grande hauteur, jie gagne rien à cette disposition calculée ce-
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pendant pour lui donner un aspect, plus imposant. Les temples de Pæstum comme le Parthénon , portent simplement sur trois forts degrés qui les entourent de toute part. Leurs colonnes n’ont pas même de bases : les dimensions de ces temples sont singulièrement restreintes et malgré ces désavantages apparents, ces temples apparaissent avec une imposante grandeur. C’est le problème que malheureusement la Madeleine n’a pas résolu.
Je ne dirai rien de l’intérieur de la Madeleine. C’est du marbre; ce sont des dorures. Rien de simple, donc rien de grand II eut été facile d’adopter pour un quadrilatère de la forme delà Madeleine, une série de coupoles décorées de mosaïques comme celles de Saint- Marc de Venise. C’eut été une alliance heureuse de l’art byzantin avec l’art grec antique. Les grands arcs doubleaux qui auraient supporté les coupoles eussent présenté de vastes enfoncements pour autant de chapelles latérales. On voit à la Madeleine, tout l’embarras des architectes pour faire de ce monument une église catholique.
Malgré les efforts de l’art moderne depuis la renaissence, il n’y a pas à Paris de grands monuments religieux qui s’odrent à l’admiration avec le cachet d’une beauté incontestable. Les imitations des basiliques de Rome qui ont été faites à Saint-Vincent-de-Paul et à Notre-Dame-de-Lorette, ont produit des monuments
d’une incroyable médiocrité. Rome a encore gardé le secret de ses nobles et gracieux édifices. La nouvelle basilique de Saint-Paul, hors des murs, continue les belles traditions de l’antique. Tant pis pour nous, si nous ne savons pas au moins copier ces monuments! Quant à l’église gothique de Sainte-Clotilde, récemment bâtie sur le modèle des églises du xive siècle, je persiste à n’y voir qu’une assez mauvaise copie. La partie capitale du monument, c’est-à-dire les deux flèches, est entièrement manquée. On a voulu faire du léger; on a obtenu du maussade.
Puis le clergé est venu dire avec raison : quand nous voulons une église, nous voulons qu’elle réponde à tous les besoins du culte catholique; qu’elle ait autour d’elle de vastes chapelles pour les catéchismes, des salles pour les assemblées de charité, des sacristies pour le clergé, pour les chantres. Voilà ce que dit le clergé et il a raison. Les monuments doivent s’adapter au culte et non pas le culte souffrir de la gêne imposée par les monuments. C’est donc un problème encore à résoudre que celui de la construction de nos églises. Je suis convaincu, que l’étude des basiliques anciennes aiderait puissamment à combiner cette architecture nouvelle, destinée à satisfaire les besoins du culte, et les exigences légitimes de l’art.