‹ Voyage d'un curieux dans ParisChapitre 15 sur 29 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

lies palais de Paris.

Avant de me rendre atix palais splendides construits par nos rois depuis le xvie siècle, je devais une visite au palais de la Cité, devenu le Palais-de-Justice, et qui servit de résidence aux rois des trois dynasties, jusqu’à François pr. Ce qui se montre de cet antique palais, en quittant la rive droite de la Seine, est d’abord une tour carrée assez élégante appelée la tour de l’Horloge, que malheureusement l’on ne s'est pas contenté de restaurer, mais qui a été entièrement reconstruite. Puis les deux tours de la Conciergerie qu’on appelle la tour de Montgomery et la tour du Grand-César. Plus loin j’aperçois la gracieuse Sainte-Chapelle, qui fut la chapelle de ce palais. Dans cet espace assez étroit occupé aujourd’hui par les salles du Palais-de-Justice et pour la Conciergerie s’élevait le palais des rois en grande partie reconstruit par saint Louis.

Déjà sous la domination romaine, il y avait à cette place un château qui devait être une forteresse inté-

rieure, pendant que la villa des Thermes étipt le vaste palais que les gouverneurs romains occupaient en dehors de l’enceinte de Lutèce. Ils faisaient de ce château leur prétoire, et l’on peut dire que la justice, depuis l’usurpation romaine, s’est toujours rendue là. On sait que la salle actuelle des Pas-Perdus a remplacé une salle magnifique destinée par saint Louis aux actés solennels et aux fêtes de la cour. Il ne reste du temps de ce saint roi que la Sainte-Chapelle, la tour reconstruite de l’Horloge, les deux tours voisines, une partie de la galerie et des cuisines, appelées encore les Cuisines de saint Louis. Tout le reste est moderne. On a maladroitement enlacé la Sainte-Chapelle dans un corps de bâtiment destiné à régulariser la grande cour appelée Cour d'honneur. C’est une belle chose que la régularité, mais il ne faut pas l’obtenir dans un palais composé de parties antiques et modernes, aux dépens de la raison et du goût. N’est-ce pas une honte, que cette merveilleuse Sainte-Chapelle soit ainsi masquée, comme si les pauvres architectes, qui au xvme siècle ont élevé le corps principal du Palais-de-Justice avec les deux avants-corps, eussent rougi de l’œuvre de Pierre de Montereau? On a reconstruit les bâtiments des deux côtés de la tour de l’Horloge du style du xive siècle.

Les deux vieilles tours de Montgomery et de César défendent la porte d’entrée de la Conciergerie. Elles

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rappellent les plus lugubres souvenirs. Elles ont servi de prison à Marie-Antoinette avant qu’elle fut conduite à l’échafaud. Danton, Hébert, Chumette et Robespierre ont occupé le même cachot que la reine. On répare en ce moment le quai de l’Horloge, et cette partie de la Conciergerie. Des travaux considérables vont aussi changer toute la partie de la Cité, où se trouvait la Préfecture de police qui a été démolie. Il n’y aura plus là que des souvenirs.

J’ai hâte d’aller étudier le Louvre et les Tuileries. Je ne dirai rien du vieux Louvre ; il n’en subsiste pas une pierre; il appartenait donc à l’archéologie. Cette ancienne forteresse existait déjà en 1204 lorsque Philippe-Auguste fit élever la grosse tour, si célèbre dans l’histoire de France. Charles V transforma le monument féodal en palais. Il y ajouta des tours nouvelles.

Quand Charles-Quint traversa la France, il reçut de François Pr une hospitalité splendide dans ce vieux palais cVoulant et depuis longtemps inhabité. Les travaux d’appropriation faits à la hâte pour cette réception, donnèrent à François Pria pensée de reconstruire le Louvre. Ce fut Pierre Lescot qui fut l’architecte du nouveau monument. Les démolitions de la forteresse commencèrent en 1 341 et les fondations de Philippe-Auguste servirent au palais de Pierre Lescot. On a conjecturé que le plan primitif devait avoir moins d’éten-

due que le Louvre actuel. On suppose qu’il n’eut pas dépassé le périmètre de l’ancien, c’est-à-dire qu’il eut occupé à peu près le quart de la cour actuelle. Pour bien comprendre la série des travaux du Louvre ; j’ai pris pour point de départ le grand pavillon central appelé pavillon de l’Horloge. L’œuvre de Pierre Lescot, sans contredit la plus intéressante au point de vue de Part, commence à ce pavillon qui fut élevé beaucoup plus tard. C’est la façade qui se dirige vers la Seine, et fait avec le fleuve un angle droit : elle retourne ensuite et occupe un espace de même grandeur jusqu’au guichet central qui conduit au Pont-des- Àrts. C’est la partie du Louvre la plus splendide et qu’on n’admirera jamais assez. On peut la regarder eomme la plus haute expression de l’art français. Ici l’architecture est vierge de toute influence étrangère. Rien de pareil ne se trouve dans les plus beaux monuments de la renaissance en Italie. Ajoutons que chez nous jamais aucune autre œuvre n’a égalé celle-ci. C’est pour l’art français ce que le Parthénon est à l’art grec.

De la partie du Louvre construite sous François Ier et Henri II par Pierre Lescot, j’arrive à celle qui date du temps de Catherine de Médicis. Elle forme un bâtiment de style assez sévère qui s’avance jusque sur le quai et dont le premier étage, de construction postérieure, forme la magnifique salle connue sous le nom de

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Galerie d'Apollon. L’architecte de ce bâtiment qui fait retour sur le quai et s’avance encore vers les Tuileries, portait le nom assez obscur de Chambiche.

Jusqu’au règne de Henri IV il ne fut fait aucun travail au Louvre. Ce prince se proposa de relier le Louvre aux Tuileries au moyen d’une galerie qui longe le quai. Alors l’enceinte de Paris coupait la place du Carrousel, et les Tuileries étaient un palais élevé au dehors. Remarquons qu’à cette époque les Tuileries n’avaient pas l’étendue que nous leur voyons aujourd’hui. Pour qu’il y eutharmonie dans son travail, Ducerceau, l’architecte de Henri IV fut obligé d’agrandir les Tuileries. II éleva le vaste pavillon de Flore, qui commande la Seine et le relia par un corps de logis au dernier des pavillons de Philibert Delorme. Sa galerie de jonction partit alors de ce point et s’avança vers le Louvre. Il est facile de reconnaître l’œuvre de Ducerceau à ces lourds et immenses pilastres corinthiens, qui décorent la galerie jusqu’au pavillon Lesdiguières, situé en face du pont du Carrousel. Dupeyrac et Métézeau qui succédèrent à Ducerceau, construisirent la magnifique galerie depuis le guichet Lesdiguières jusqu’à la partie du Louvre élevé par Catherine de Médicis.

Après l’œuvre de Pierre Lescot, cette galerie, que l’on est convenu d’appeler le vieux Louvre, quoique bien postérieure en date aux Tuileries, est le morceau d’architecture le plus légitimement admiré. Si l’ordon-

nance générale est simple, l’exécution est d’une incroyable finesse et je ne crains pas de hasarder une exagération en disant qu’il y a là des bas-reliefs, qui ne le cèdent pas en valeur à ce que le ciseau antique a produit de plus délicat.

Henri IV, avant sa mort, vit se terminer cette œuvre si remarquable. On éleva le premier étage qui forme la galerie d'Apollon et depuis le pavillon de Flore, jusqu’au Louvre de Pierre Lescot, tout se trouva terminé dans le même état, à peu près, que nous Je voyons aujourd’hui.

Richelieu fit continuer le Louvre. Lemercier, son architecte, e ut le bon goût de conserver les deux corps de logis élevés par Pierre Lescot. Il construisit le pavillon de l’Horloge et continua à avancer les grands corps de logis sur le plan de Pierre Lescot lui-même.

Louis Levau fut chargé par Louis XIV, de continuer les travaux du Louvre interrompus pendant la régence d’Anne d’Autriche. On lui doit la façade qui borde la rivière en face du Pont-des-Arts. Jusqu’alors la tour de Charles V avait subsisté, encore sur le bord de l’eau, à peu près au point où se trouve le Pont-des- Arts. Levau avait jeté les fondements de la façade de l’Est, qui donne sur l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, lorsque Colbert parvint à persuader au roi que le projet de Levau manquait de magnificence. On arrêta le travail commencé et l’on établit un concours. Les pro-

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jets furent nombreux et parmi eux celui de la colonnade actuelle, dont le médecin Claude Perrault était l’auteur. On sait le mot malicieux de Boileau sur Claude Perrault « d’ignorant médecin devenu bon architecte. » Le roi et Colbert hésitaient entre les différents plans. Ils se décidèrent à faire venir de Borne le Bernin, qui avait une grande réputation. Ses plans furent adoptés et il se mit à l’œuvre. Mais Claude Perrault, auteur anonyme du plan de la colonnade, avait un frère, Charles Perrault, qui était le commis de Colbert et qui jouissait de toute sa confiance. Il fit tout auprès du ministre poursuseiter des ennuis au Bernin. Celui-ci perdit patience, et devinant peut-être l’opposition du ministre, repartit pour l’Italie.

Le projet de Claude Perrault fut alors adopté.

Arrêtons-nous devant l’œuvre du médecin architecte. Si elle n’est pas sans défaut, aux yeux d’un critique un peu sévère, elle porte le cachet d’une imposante grandeur. Le plan d’une pareille façade dut séduire Louis XIV. S’il est vrai que l’architecture de chaque siècle soit l’expression la plus saisissante de l’époque elle-même, on peut dire que la majestueuse colonnade de Perrault symbolise tout le xvne siècle. Un palais de roi qui se présente avec une pareille façade veut dire Louis XIV, Bossuet, Lafontaine, Racine. II y a là le double caractère delà grandeur imposante et de la grâce qui attire. Les colonnes accouplées sont d'une

grande légèreté et l’ordre tout entier se développe avec les plus belles proportions. Toutefois, pareille au paon qui déploie sa queue superbe sur des pieds disgracieux, et maigres, la colonnade est portée sur un stylobate continu percé de fenêtres du plus mauvais goût, et choquant le regard par sa nudité.

On est bien plus choqué encore, lorsque pénétrant dans la cour intérieure, on s’aperçoit que l’immense colonnade corinthienne donne accès à un palais construit dans un style tout différent, et sur lequel elle produit l’effet d’un placage. Toute illusion est alors détruite et ce magnifique Louvre de Pierre Lescot et de Lemercier, d’une élégance si exquise, semble honteux d’ètre accolé à une architecture, dont il repousse les prétentions.

Malgré les éléments divers dont se compose le Louvre et l’incohérence des parties entre elles, il n’en forme pas moins par la richesse de chacune de ces parties, un tout magnifique et imposant. Si le Louvre féodal avait son cachet grandiose, le Louvre de l’art moderne peut le disputer en richesse architecturale avec tous les palais élevés en Europe depuis trois siècles.

Parmi les salles historiques du Louvre, j’ai surtout visité avec le plus vif intérêt celle qui s’étend depuis le pavillon de l’Horloge jusqu’à l’angle sud-ouest. Elle forme le rez-de-chaussée du bâtiment de Pierre Les-

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cot. C’est la salle fameuse ou Catherine de Médicis tenait sa cour. Quelques-uns des Seize y furent pendus par ordre du duc de Mayenne. Cette salle, connue sous le nom de salle des Cariatides, et un escalier à côté, dont le plafond est en pierres de tailles richement sculptées, sont tout ce qui reste des constructions intérieures de Pierre Lescot. Charles IX, Henri III, Henri IV ont connu et habité cette salle, telle à peu près que nous la voyons aujourd’hui.

L’ordonnance en est d’un goût admirable, ce sont des voûtes surbaissées supportées par des groupes de quatre colonnes. De riches bordures sculptées par l’illustre Jean Goujon, partagent les travées. L’entrée de la salle est décorée par une tribune que supportent quatre Cariatides. C’est le chef-d’œuvre de Jean Goujon, et l’objet perpétuel de l’admiration des visiteurs du Louvre. Un grand bas-relief en bronze situé audessus de la tribune est de Benvenuto Cellini. Les panneaux de la porte située au-dessous sont en bronze ciselé par André Riccio.

Dans les plus beaux palais de Rome et de Florence, on trouve peu de salles, qui luttent en noble magnificence avec cette salle, dont le caractère spécial est la richesse jointe à la sévérité. On sait que les quatre Cariatides de Jean Goujon rivalisent de beauté avec l’antique.

Après la salle des Cariatides, ce qui est décoré au

Louvre avec le goût le plus pur, est la galerie d'Apollon. Elle occupe l’étage élevé par Henri IV. qui part du Louvre et va joindre le quai. Elle a été décorée sous Louis XIV et c’est Lebrun qui a fourni les dessins de toutes les compositions peintes sur les voûtes, de tous les groupes de sculpture qui ornent les voussures des bas-reliefs d’ornementation suspendus aux plafonds, et des arabesques, qui décorent les panneaux et les portes. Il n’y arien, mêmeà Versailles, qui puisse être comparé à cette salle pour la splendeur. Elle avait été négligée jusque dans ces derniers temps: elle vient d’être restaurée avec goût.

Parmi les salles du Louvre, devenues aujourd’hui un musée, je dois noter les salons appelés appartement de Henri IV et s a '-on de Henri II. Iis occupent le premier étage du Louvre du côté de la colonnade. Les lambris, les plafonds, les portes en bois sculpté qui décorent ces salons, ont été tirés d’une autre partie du Louvre construite par Pierre Lescot et se voyaient auparavant dans la salle dite des Sept Cheminées. Les belles boiseries nous donnent une idée, du goût et de la richesse de l’ornementation adoptés par Pierre Lescot dans les appartements du premier étage da Louvre.

Je reviendrai au Louvre pour étudier ses riches musées. Je l’ai étudié seulement comme œuvre monumentale.

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Les Tuileries réunies aujourd’hui au Louvre 11e font plus avec lui qu’un seul palais, le plus vaste probablement que possède aucune grande ville du monde. Elles eurent pourtant une origine bien modeste. Il s’agissait d’abord, d’un tout petit château de plaisance hors de l’enceinte de Paris; le célèbre Philibert Delorme en entreprit la construction l’année 1564. Il éleva au centre un pavillon d’une éléganee exquise, dont malheureusement nous n’avons conservé que le rez-de-chaussée. Le pavillon se composait d’un rez-de-chaussée, d’un premier étage et d’un attique circulaire supportant unecoupole terminée par une lanterne, sur chaque angle, laissé vide par la courbure de l’attique s’élevait un campanile orné de sculptures. L’entablement du premier étage était orné d’une frise élégamment sculptée. Sous Henri IV, Ducereeau reconstruisit ce pavillon tel que nous le voyons aujourd’hui, en ne conservant que le rez-de-chaussée. Il faut reconnaître que le dôme quadrangulaire, qui a remplacé la coupole de Philibert Delorme, manque absolument de grâce, tout en visant à la grandeur.

A droite et à gauche du pavillon, Philibert Delorme avait placé deux portiques couverts de terrasses du côté du jardin et portant un étage du côté de la cour.

L’architecte Bullant éleva deux pavillons, qui ne manquent pas d’élégance, à l’extrémité de ces galeries.

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Telles étaient les Tuileries sous Catherine de Médicis.

Ducerceau et Louis Levau son continuateur, agrandirent démesurément les Tuileries. Aux deux pavillons d’angle dont le style est gracieux et se mariait agréablement à l’œuvre de Philibert Delorme, ils ajoutèrent deux grands corps de logis terminés par les deux immenses pavillons de Marsan et de Flore, qui font angle aujourd’hui sur la rue de Rivoli et sur le quai. Ducerceau eut le mauvais goût de substituer à la décoration délicate et légère des premières constructions, une ordonnance de pilastres corinthiens, qui, par ses proportions colossales, contraste désagréablement avec le reste de l’édifice.

Sous Louis-Philippe l’une des deux terrasses de Philibert Delorme, donnant sur le jardin, fut exhaussée à la hauteur de la façade de la cour intérieure, et récemment l’autre terrasse a reçu le même agrandissement.

Il est résulté, de ces travaux successifs, une œuvre hybride que l’art a le droit de critiquer avec une juste sévérité. Leur ensemble, toutefois, ne manque pas de grandeur. Les immenses pavillons de Marsan et de Flore dont l’ornementation manque de grâce et font tant regretter le style des premières Tuileries, s’élèvent aux deux extrémités de cette longue série de corps de logis et de pavillons, comme une grande image

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de la royauté qui depuis les luttes du xvie siècle, avait atteint son apogée.

On se tromperait, cependant, si l’on pensait que les Tuileries ont été depuis leur construction sous Catherine de Médicis, la demeure habituelle de nos rois. Cette princesse et ses fils n’habitèrent jamais les Tuileries. Henri IV n’y fit qu’un séjour de bien courte durée. Louis XIII, lorsqu’il était à Paris, résidait au Louvre, et Louis XIV, qui avait fixé sa cour à Versailles, ne se servit des Tuileries que comme d’un pied à terre. Louis XV suivit l’exemple de son aïeul et Louis XVI n'habita les Tuileries qu’à partir du 5 octobre 1789.

Bonaparte premier consul y entrale 1er février 1800 et depuis lors les différents gouvernements qui se sont succédé en ont fait le palais des chefs de l’Etat. Les souvenirs qui s’y rattachent sont donc ceux de Napoléon, deXouis XVIII, de Charles X, de Louis-Philippe et de Napoléon HL Elles virent la journée terrible du 10 août , qui fut la déchéance de Louis XVI. La Convention y tint ses séances depuis le 10 mai 1793 jusqu’en 1796. En 18^8, elles furent livrées au pillage du peuple par la garde nationale effrayée. La salle du Trône fut saccagée ; mais, dans la salle des maréchaux, un seul portrait, celui du maréchal Bugeaud, subit quelques mutilations.

L’achèvement du Louvre fut décrété par l’Assemblée nationale. Les travaux de démolition des quar-

tiers qu’il fallait abattre pour déblayer le terrain furent commencés en >1848, et continués avec activité jusqu’en 4 850. Le plan deM. Visconti, auquel succéda M. Lefuel, fut alors adopté pour cette gigantesque construction. Jamais monument d’une telle importance n’avait été élevé avec une pareille rapidité. Tout est terminé maintenant, et l’œil étonné contemple, de la place du Carrousel, l’ensemble le plus étonnant de palais que l’imagination puisse concevoir.

Il faut rendre justice aux intentions de M. Visconti. Il s’est inspiré des morceaux les plus remarquables de Pierre Lescot et de Philibert Delorme; mais il n’a pas su être simple et sévère comme eux : il a trop donné àl’ornementation. Quandlespavillonsfurentdécouverts, ce défaut parut si choquant, qu’il fallut abattre un peu cette exubérance de décoration. Le problème à résoudre était de marier sans un contraste trop choquant la façade du couchant du Louvre avec les Tuileries. Quand l’œuvre de Visconti a été terminée, il a fallu reconstruire cette façade du même style que l’œuvre nouvelle. Maintenant encore, les contrastes continuent, et il faudrait abattre les galeries de Ducerceau, si disparates par leur style de tout le reste des constructions, soit anciennes, soit récentes. On peut done dire que Visconti a mal résolu le problème.

C’était une heureuse occasion de reprendre l’art français, tel que l’avait compris Pierre Lescot, en lui

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donnant un nouveau cachet de noblesse et de sévérité. On s’est trop hâté dans cette construction : la partie si importante de la sculpture laisse beaucoup à désirer. Nous devions attendre de l’art moderne des chefsd’œuvre que nous indiquerions aujourd’hui avec orgueil à f étranger, comme les sculptures de Jean Goujon et les gracieux bas-reiiefs de la galerie du bord de l’eau. Nous sommes forcés de dire : voilà notre nouveau Louvre; c’est splendide d’ornementation, mais c’est médiocre de sculpture : on devait mieux faire.

Je ne dois pas refuser mon hommage au jardin grandiose planté par Lenôtre. Le grand massif des maronniers est d’un admirable effet. Quand on regarde les Tuileries de la place de la Concorde, les vastes bassins d’eau, la longueur des allées, la sévérité de distribution du parterre laissant le palais se détacher majestueusement, tout cela constitue un merveilleux ensemble. J’ai le regret d’ajouter que cette œuvre de Lenôtre vient d’être défigurée, en 1858, pour construire un jardin réservé. Ce n’était pas un jardin à l’anglaise qui pouvait convenir en face de cette longue file de bâtiments dont se composent les Tuileries. Tout ce qui pourra être planté de massifs de verdure sera mesquin devant cette forêt royale de maronniers dressant leurs têtes séculaires. Une longue et belle grille, qui eût pris sur le parterre l’espace nécessaire pour un jardin réservé, convenait seule. Il faut reconnaître

que tout ce qui a été exécuté est du plus mauvais goût. On peut en appeler à l’architecte mieux inspiré. Il y a quelques années, le même architecte, sans doute, a eu la coupable pensée de soumettre au grattage les statues du jardin des Tuileries. C’est là un procédé barbare : tout au plus, faut-il lessiver légèrement les parties corrodées par les lichens.

Je me transporte des Tuileries au Palais-Royal. Ce palais occupe l’emplacement de l’hôtel de Rambouillet et de l’hôtel d’Armagnac. Le cardinal de Richelieu acheta cet emplacement en 4 62$, et y fit construire une maison qui porta le nom d’hôtel de Richelieu. Cinq ans plus tard, il la fit démolir pour la remplacer par une demeure plus magnifique. Ce fut Lemercier qui en fit les plans et en surveilla l’exécution. Comme le terrain joignait les anciens murs de la ville, du côté du nord, on le nivela, et, en peu de temps, le nouveau palais se montra aux regards des Parisiens émerveillés. On rapporte que dans la galerie des hommes illustres, dont Philippe de Champagne avait peint la voûte, le peu modeste cardinal s’était mis au rang des grands hommes, en y joignant, bien entendu, son souverain Louis XïII, au nom duquel il gouvernait. Les hommes illustres de Richelieu, lui compris, étaient au nombre de vingt-cinq. Cette galerie a été détruite plus tard, ainsi qu’une chapelle d’un luxe extraordinaire et

d’un curieux dans paris un grand théâtre qui pouvait contenir jusqu’à trois mille spectateurs.

Richelieu, après les splendeurs de ce qu’on peut appeler son règne, vint mourir dans ce palais, au retour d’un voyage qu’il avait fait dans le midi. !) n’avait joui que six ans de cette construction magnifique où il tenait sa cour à l’égal d’un roi. Avant de mourir, il légua à Louis XIII la propriété de l’hôtel de Richelieu, sa chapelle de diamants, son grand buffet d’argent ciselé et son grand diamant. Cet héritage ne porta pas bonheur au roi, qui suivit son ministre cinq mois après.

L’année suivante, Anne d’Autriche vint prendre possession du Palais-Cardinal avec ses deux enfants, Louis XIV, alors âgé de cinq ans, et Philippe, duc d’Orléans. La chambre même de Richelieu devint celle du jeune roi, et la galerie des grands hommes fut démolie pour former les appartements de son frère. La régente, augrand désespoir de la famille de Richelieu, fitremplacer, au-dessus de la porte , l’inscription que le cardinal y avait fait mettre, par ce mot : Palais-Royal. Les Richelieu firent si bien, qu’ils obtinrent qu’on rétablît l’ancienne inscription ; mais déjà le nouveau nom était passé en usage, et, depuis cette époque, le palais de Richelieu s’est appelé le Palais-Royal.

Ce palais, inauguré sous la régence d’Anne d’Autriche par de magnifiques fêtes, surtout par celle qu’on donna à Marie de Gonzague, devenue reine de Po-

logne, a vu l’époque si troublée de la Fronde. 11 fut assiégé plusieurs fois par le peuple, et, le 10 février 1671, le bruit s’étant répandu que la reine qui, déjà une première fois, avait quitté furtivement Paris avec ses enfants, méditait une seconde fuite, le peuple accourut demandant à grands cris qu’on lui montrât le r i. La régente eut la présence d’esprit de commander qu’on ouvrît toutes les portes et qu’on menât les plus ardents à la chambre du roi. On avait ouvert les rideaux du lit du jeune prince, et, à cette vue, toute leur fureur s’était calmée.

Cependant Louis XIV quitta Paris et n’y revint qu’en 1652, rappelé par les frondeurs eux-mêmes. Ce fut le cardinal de Retz, le roi de la Fronde, qui alla chercher le roi à Compiègne avec tous les curés de son diocèse. Mais Louis XIV ne retourna pas au Palais- Royal. Il alla au Louvre où, le jour même de son entrée à Paris, le Parlement et la noblesse lui offraient leurs hommages.

Le Palais-Royal fut donné par Louis XIV au duc d’Orléans, son frère, en 1672. C’est là que mourut la célèbre Henriette d’Angleterre, devenue duchesse d’Orléans, que Bossuet a immortalisée par l’une de ses plus belles oraisons funèbres.

A la cour polie et élégante de la duchesse d’Orléans, enlevée ainsi à la fleur dé l’âge, succéda la cour licencieuse du régent. Pendant la minorité de Louis XV,

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le Palais-Royal vit les scènes les plus scandaleuses. La plume refuse de reproduire les excès d’abaissement où tomba ce prince qui, avec de brillantes qualités, n’a laissé qu’un nom méprisable.

Son arrière petit-fils, Louis-Philippe-Joseph (Philippe-Egalité), construisit les immenses bâtiments dont le jardin du Palais-Royal est entouré, et les livra aussitôt à l’industrie. Il fit de son palais un bazar, mais le plus splendide bazar qui soit au monde. Ce ne fut pas sans des réclamations et un procès qu’il eut à soutei ir contre les habitants des rues voisines, qui se trouvèrent ainsi privés de la vue des jardins et ensevelis dans des rues obscures. Le prince était dans son droit. Ce même prince fit bâtir le théâtre occupé aujourd’hui par la Comédie-Française, et dont la façade donne sur la rue de Richelieu.

Ce fut du Palais-Royal que partit, le 12 juillet i789, le signal de l’insurrection qui marcha contre la Rastille. Camille Desmoulins, monté sur une table au milieu de la foule, harangua la multitude en lui disant que M. Necker était -renvoyé du ministère, que c’était le signal d’une Saint-Rarthélemy des patriotes, et qu’il fallait prendre les armes pour se défendre. On prit une cocarde tricolore pour se reconnaître. La révolution commençait son drame terrible.

Le duc d’Orléans, qui avait joué son rôle dans cette révolution, en fut l’une des victimes. Il fut condamné

à mourir sur l’échafaud le 6 novembre -1793. L’escorte qui le conduisait à la place de la Révolution passa devant le Palais-Royal ; on arrêta quelques instants la fatale charrette, pour qu’il pût contempler une dernière fois le palais splendide de ses pères et mesurer de quelle hauteur il était tombé.-

Ses créanciers s’emparèrent d i Palais-Roval et le mirent en vente. Il fut envahi pa des restaurateurs et des maisons de jeu, et ses galeries devinrent longtemps un des lieux mal famés de la capitale. Lucien Bonaparte l’habita pendant les Cent-Jours ; puis il rentra dans la famille d’Orléans, qui racheta ce qui avait été aliéné. On répara le désordre qui avait changé la destinée de la maison princière ; les galeries, livrées à l’industrie honnête, redevinrent le beau bazar que les étrangers visitent avec tant d’intérêt. On construisit la belle galerie vitrée qui remplaça une ignoble galerie de bois où se tenait une véritable foire de village.

— Telle fut la destinée du Palais-Royal jusqu’à la révolution de 4848, qui chassa la famille d’Orléans. Sous le second Empire, le prince Jérôme habite ce palais dont l’histoire semble tenir du romanesque, tant il a vu passer de diverses fortunes!

On aime l’ordonnance extérieure, simple et riche à la fois du Palais-Royal. Même aujourd’hui, en face de l’architecture somptueuse du nouveau Louvre, l’œil se repose avec plaisir sur ces lignes pures, sur cette or-

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neméntation sobre qui annonce le bon goût et la grandeur du siècle où il fut élevé.

Pour continuer mes études sur les palais de Paris, je dois me rendre au Luxembourg, qui l’emporte en magnificence architecturale sur le palais de Richelieu.

Le Luxembourg s’élève à la place de l’ancien hôtel du duc de Piney-Luxembourg, qui était entouré de vastes jardins. Placé à la naissance de la montagne Sainte-Geneviève, son terrain est légèrement accidenté, et son beau jardin gagne beaucoup à cette disposition naturelle. La reine Marie de Médicis acheta, en 1642, le terrain de l’hôtel, et fit jeter les fondements du palais en i 605. C’est l’œuvre de l’architecte Desbrosses, et l’une des plus estimées des grandes constructions du xvne siècle.

On a prétendu que le Luxembourg était une imitation du palais Pitti, de Florence. Marie de Médicis avait dit, en effet, à Jacques Desbrosses de s’inspirer du palais où elle avait passé sa jeunesse; mais il n’y a rien au Luxembourg qui rappelle la masse du palais PitG, distingué seulement par une longue et sévèro façade dont la base robuste étale ses pierres à facettes de diamant. L’œuvre de Desbrosses est certainement dans Iç style des édifices français de son temps, soit pour le plan général, soit pour l’ornementation. L’architecte français, en adoptant un ordre sévère, a eu le talent de créer une œuvre noble et originale. Marie de Médi-

cis a dû s’y tromper et penser encore, dans la cour ouverte du Luxembourg, à cette cour du palais Pitti, éclairée toutefois par un plus beau soleil. Comme architecture, le travail de Desbrosses est certainement supérieur à celui de l’artiste florentin.

Il faut se hâter de dire qu’une addition maladroite faite sous le règne de Louis-Philippe, tout en augmentant le palais du côté du jardin, a a'curdi l’édifice et lui a ôté cette grâce qui est le cachet spécial des œuvres de la belle époque de l’art français.

Marie deMédicis, qui avait construit le Luxembourg, l’habita quelques années. On l’appelait alors le Palais- Médicis, quoiqu’on ait toujours continué de lui donner son nom primitif. Elle le légua à Gaston d’Orléans, son second fils, qui y passa une vie sans grandeur, au milieu des intrigues politiques. Après lui, le Luxembourg appartint à la célèbre Mademoiselle, l’héroïne de la Fronde, qui finit par épouser M. de Lauzun. Plus tard, la duchesse de Berry, fille du régent, y porta les désordres qui marquaient l’existence de son père. Au moment de la révolution, le Luxembourg était de l’apanage du comte de Provence, frère de Louis XVI, et devenu depuis Louis XVIII.

Pendant la révolution, le Luxembourg fut changé en prison. Joséphine Beauharnais, la future impératrice y fut détenue. David, prisonnier, y esquissa son tableau de \' Enlèvement des Sabines. Tl us tard, il de-'

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vint le palais du Directoire et du Consulat. Sous l’Empire, il devint le palais du Sénat. Le maréchal Ney y fut condamné à mort en 4815 par la Cour des pairs, et, en 4 830, les ministres de Charles X, responsables des ordonnances dont la faute était si cruellement expiée par laYoyauté, y subirent leur condamnation.

C’est encore le palais du Sénat sous le second Empire. Ses belles galeries contiennent le musée des tableaux des artistes vivants de l’école française.

Le jardin du Luxembourg jouit d’une grande réputation, par sa disposition à la fois originale et grandiose. Un beau bassin d’eau portant des cygnes, des terrasses élevées ornées de vases et de statues, de beaux arbustes de serre, orangers et lauriers-roses, des plates-bandes entretenues des plus belles fleurs, ses arbres en terre-plein d’une bonne végétation, attirent toute la population de la rive gauche.de la Seine. La grande allée, terminée par le monument de l’Observatoire, est d’un bon effet et laisse le palais se détacher avec grandeur, quoiqu’il soit dans un enfoncement. Ce n’était pas une petite difficulté à vaincre pour l’architecte du Luxembourg, et l’on peut dire que Jacques Desbrosses l’a surmontée avec bonheur. Le palais n’est point écrasé par les terrains qui l’environnent, grâce aux combles élevés de ses pavillons.

Je ne veux pas me reprocher de n’avoir pas donné

un mot de souvenir au Petit-Luxembourg, qui touche au grand palais ; gracieuse construction de la fin du XVIe siècle et du commencement du xvne, qui vient d'être restaurée. Un petit cloître intérieur vient d’être transformé en jardin d’hiver.

A côté des constructions princières, je puis placer f Hôtel-de-Ville de Paris. Dans le principe, le corps des échevins ou magistrats municipaux de la ville n’était que la communauté des marchands. Philippe-Auguste lui accorda des privilèges et des armoiries. Le lieu des délibérations de ce Corps était appelé au moyen-âge le Parlouër aux Bounjeois. C’était une grande pièce où les bourgeois venaient traiter de leurs affaires et de celles de la communauté. Le premier parloir, ou maison commune, était situé près du Grand-Châtelet. Plus tard, on acheta sur la place de Grève une grande maison appelée la Maison-des-Piliers , parce que sa façade était soutenue par des piliers, ou Maiso?i-au-Dauphin: parce que Guy, dernier dauphin du Viennois, qui l’avait reçue en don de Philippe de Valois, en était pos sesseur lorsqu’il la céda à la commune de Paris. Elle se distinguait peu des autres maisons bourgeoises du xive siècle, sinon par des tourelles aux angles. Cette maison reçut quelques réparations, et, en 13G8, elle fut ornée de peintures par Jean de Blois.

En 1532, on forma le projet d’un nouvel édifice, et le prévôt des marchands, Pierre Nielle, en posa la pre-

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mière pierre le 15 juillet de Tannée suivante. Il avait été conçu en style gothique du temps, et déjà les constructions atteignaient le second étage, lorsqu’on en suspendit l’exécution. Un nouveau plan, présenté en 15 59 par Dominique deCortone, fut agréé par Henri II. Les travaux s’exécutèrent avec tant de lenteur, que l’architecte lui-même ne vit pas la fin de son œuvre, et qu’elle ne fut réellement terminée qu’en 1605, sous le règne de Henri IV.

Pour comprendre la construction primitive de Dominique de Cortone, il ne faut considérer sur la façade de THôtel-de-Ville, que le corps de batiment central et les deux pavillons à toits aigus qui le terminent. C’est là l’œuvre du xvie siècle, œuvre délicate et originale, qui a son cachet comme tous les travaux des grands maîtres de la Renaissance. Le corps central se compose d’un rez-de-chaussée, d’un premier étage surmonté d’un toit aigu et d’un campanile élégant décoré à sa base d’un fronton orné de bas-reliefs, au milieu duquel est le cadran d’une horloge. La porte principale est un plein-cintre dont le tympan supporte une statue équestre de Henri IV en demi-relief. Entre chaque colonne, au premier étage, est une niche contenant une statue. Les deux pavillons ont un étage de plus que le corps principal ; ils sont percés de deux grandes portes en plein-cintre dont les tympans sont ornés de sculptures.

L’Hôtel-de-Ville, tel que Dominique de Cortone l’a compris avec son ornementation délicate, ne forme plus que la moindre partie du grand édifice, qui se déve1 loppe aujourd’hui sur la place de Grève et sur le quai. Le monument nouveau a pris d’immenses proportions. Les architectes modernes ont eu la modestie de copier le monument antique qu’ils étaient chargés d’agrandir, et il faut reconnaître qu’ils ont réussi à produire une œuvre imposante. Je regrette qu’ils aient adopté pour les pavillons les toits tronqués à la place des toits aigus de la construction primitive. On dirait que nos architectes ont peur de s’élever trop haut quand ils tracent des combles.

Lagrandesalle.de 1’Hôtel-de-Ville, celle quia ses souvenirs historiques, occupe le premier étage et donne sur la place de Grève. C’est là qu’ont eu lieu presque toutes les assemblées populaires dans les troubles qui ont agité Paris depuis la Fronde jusqu’à nos jours. C’est là que siégeaient pendant la révolution les représentants de la commune de Paris. Le gouvernement provisoire s’y installa après les événements de >1848.

L’Hôtel-de-Viile, complètement terminé maintenant, renferme une série de salles décorées avec une richesse inouïe et une extrême magnificence. On estime que la longueur totale de ces salles mesure plus d’un kilomètre. La salle du Trône a de superbes cheminées sculptées par Biard et Bodin ; elle peut contenir \ ,200

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convives. Les fêtes que donne la ville de Paris dans ce nouveau palais sont splendides. Tout ce que Paris contient de monde élégant se presse à ces solennités qui rappellent les fêtes brillantes des rois les plus magnifiques de l’ancienne monarchie. C’est le Versailles du monde parisien.

La rive gauche de la Seine présente, en face des Champs-Elysées, une immense esplanade plantée d’arbres sur les deux côtés, et qui se termine par un édifice considérable que domine un magnifique dôme : c’est l’hôtel des Invalides. Louis XIV le fit construire pour y recevoir 7,000 vieux soldats. Le bâtiment et ses dépendances n’occupent pas moins de 76,000 mètres de superficie. Je m’arrête d’abord devant la façade qui se développe sur une longueur de 200 mètres. Elle est l’œuvre de l’architecte Bruant, ainsi que presque tous les bâtiments de l’hôtel. Elle est percée de cent trentetrois fenêtres et offre, par son étendue et la ligne droite de ses combles, un contraste avec les autres palais de Paris, où l’on a toujours cherché à briser, par des pavillons, l’uniformité des lignes architecturales. Quand on a franchi la porte d’entrée, décorée d’une manière assez bizarre par un immense fronton circulaire, sous le tympan duquelCoustou jeuneasculptéun Louis XIV à cheval, on se trouve dans une première cour carrée appelée la Cour d’honneur. Elle est formée par deux étages de portiques ouverts en ai cade avec des avant-

corps au milieu de chaque face et dans les angles. On est frappé de la noble sévérité et de l’aspect imposant de cet intérieur d’hôtel : c’est une espèce de cloître offert pour les promenades des vieux guerriers auxquels la patrie offre un asile digne d’elle. En face, se présente l’entrée de l’église, dont la nef est toute pavoisée de vieux drapeaux enlevés aux ennemis depuis les batailles de Louis XIV. Cette nef n’a rien de remarquable; mais elle se termine par le magnifique dôme, œuvre de Hardouin Mansard, l’architecte de Versailles, qui lui consacra près de trente ans. Il s’élève de 105 mètres au-dessus du sol; il a une porte d’entrée et une façade sur la place Vauban, ce qui semble constituer deux églises : l’une sous le dôme, l’autre intérieure, à l’usage des invalides. Ce qui rend le défaut plus choquant encore, c’est que l’arcade par laquelle le dôme est uni à la nef n’est plus en proportion avec la hauteur de ce dôme. Il en résulte qu’il faut être immédiatement sous le dôme pour s’apercevoir qu’il existe. Mansard n’avait pas prévu cet inconvénient, ou s’il l’avait pressenti, il tenait moins à l’ensemble de l’intérieur de l’église, qu’à l’effet majestueux du dôme extérieur. A ce point de vue, il ne s’est pas trompé; son ornementation, quoique chargée, ne manque pas d’harmonie et d’élégance. On \oudrait à ce dôme plus de simplicité. La coupole en plomb, avec ses côtes jadis dorées encadrant des trophées, manque

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de sévérité et laisse deviner l’affectation. Les consoles renversées, qui s’élèvent au-dessus des piles d’appui que décorent des colonnes accouplées, surmontées de petits pinacles en fuseau tournés au tour, sentent trop la détestable influence de l’art italien qui gâta nos églises du xvue siècle.

Malgré ces défauts, le dôme des Invalides est encore le morceau d’architecture le plus complet en ce genre que présente le règne de Louis XIV. L’art, ici, représente exactement l’époque, où la véritable grandeur ne sait pas rester dans les sages limites de la nature. Le dôme des Invalides, avec ses fioritures architecturales, c’estle grand roi coifféd’une perruque énorme et portant des plumes à son chapeau.

L’intérieur du dôme est plein de magnificence: là se voit le tombeau si célèbre de Turenne, exécuté sur les dessins de Ch . Lebrun . Les peintures des coupoles du sanctuaire, des pendatifs, sont dues à Souvenet, aux frères Boullogne, à Lafosse, à Coypel. Maintenant, le pavé sous le dôme est occupé par le tombeau de Napoléon. Ce monument, exécuté par M. Visconti, a gardé quelque chose de la sécheresse qui a distingué les œuvres du premier empire. Il se compose d’un vestibule et d’une crypte. On y descend par un escalier en marbre ; au bas de l’escalier, on rencontre une porte en bronze. On lit sur l’imposte ces paroles tirées du testament de l’Empereur :

« Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé. »

La crypte forme, à G mètres au-dessous du sol, un cercle de \ \ mètres de rayon. Une partie est à ciel ouvert sous le dôme : c’est là qu’est le tombeau ; le reste forme une galerie couverte soutenue par des pilastres ; elle est ornée de bas-reliefs d’après les dessins de Simart. Douze figures colossales sont adossées à cette galerie regardant le sarcophage : c’est l’œuvre dernière de Pradier.

Le sarcophage est d’un beau granit rouge qu’on a fait venir de Finlande. En face de la porte d’entrée, on voit dans un caveau, éclairé par une lampe, l’épée que Napoléon portait à Austerlitz, les décorations de l’Empereur, la couronne d’or donnée par la ville de Cherbourg, et soixante drapeaux enlevés aux ennemis.

On s’est demandé bien des fois, si le tombeau de Napoléon était bien placé sous le dôme des Invalides ; on a même prêté à l’Empereur actuel le projet de se faire pour lui et pour la dynastie napoléonienne un caveau sépulcral à Saint-Denis. On ne peut nier que le sépulcre actuel, malgré la richesse qu’on y a déployée, ne soit pas en harmonie avec le monument; et l’on se demande où les princes du second empire auront leur sépulture : si elle sera sous le même dôme, si elle sera

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à Saint-Denis. C’est une question qui ne sera peut-être pas tranchée de quelques années encore.

Je n’ai pas manqué, comme le vulgaire, d’aller visiter les immenses dortoirs de l’hôtel des Invalides, les plans en relief des principales places fortes de France qui se voient dans les combles de l’édifice, même les deux énormes marmites qui contiennent jusqu’à six cents kilogrammes de viande. J’avoue toutefois que j’ai vu avec plus de plaisir les beaux canons en bronze alignés sur le terre-plein, parmi lesquels on remarque les couleuvrines sculptées prises à Alger.

Si l’œuvre de Louis XIV commande le respect pour la pensée qui l’a inspirée, les idées économiques de notre époque condamnent les accumulations d’hommes ainsi entassés dans leur vieillesse, loin clés leurs et de ce foyer de la famille auquel le cœur tient tant, même après de longues campagnes. Les sommes énormes dépensées par l’hôtel des Invalides feraient des pensions honorables de retraite qui, mangées dans les familles des invalides militaires, y apporteraient du bien-être et vaudraient à ces hommes le bonheur de mourir près de leur berceau.

Non loin de l’hôtel des Invalides, s’élève une construction qui n’est pas sans intérêt : c’est l’Ecole militaire. Elle a, comme l’hôtel des Invalides, l’avantage de se développer à l’extrémité d’une immense esplanade. Louis XV fonda cette école en 1731 « pour y éle-

ver, selon les termes de l’ordonnance, cinq cents gentilshommes dans toutes les sciences nécessaires et convenables à un officier. » L’édifice fut construit sur les dessins de Gabriel. Avant la révolution de 1789, on voyait dans la cour d’honneur une statue de Louis XV, par Lemoine. On sent, à la richesse de cette architecture, le siècle d’abaissement moral où il fut élevé. On est bien loin des splendeurs du siècle de Louis XIV,

Sans quitter la rive gauche, je m’arrête au Palais- Bourbon qui me rappellera d’intéressants souvenirs. Ce palais a deux façades : l’une sur le quai, en face du pont de la Concorde, l’autre sur, la place du Palais- Bourbon. Le côté de la place est plus ancien et il présente un bel aspect. Il fut construit en 1622 par la duchesse de Bourbon. Le prince de Condé le fit agrandir et l’habita. Les constructions ne furent terminées qu’en -1789. On peut le regarder comme la dernière habitation princière élevée dans Paris sous l’ancienne royauté.

Devenu propriété nationale en 4 790, il fut affecté plus tard aux séances du conseil des Cinq cents.

Napoléon voulut y loger le Corps législatif. Ce fut lui qui fit élever par Poyet, de 1804 à 1807, le péristyle à l’antique qui subsiste encore. Chaudet avait sculpté dans le fronton, Napoléon remettant aux députations du Corps législatif les drapeaux d’Austerlitz. Ce péristyle, vu de la place de la Concorde, produit dans le lointain un assez bon effet. Mais il a le défaut capital

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de n’être qu’un immense placage adossé au palais du xvme siècle. Rien ne déconcerte le visiteur comme de voir, en se tournant sur le côté du monument, que cette façade ne se lie à rien. Ce péristyle est donc une des erreurs de l’art sous le premier empire. On visait au grandiose, on se contentait de l'apparence.

En 4 814, la chambre des députés remplaça le Corps Législatif. On ne manqua pas de mutiler le fronton primitif, et de le remplacer par un fronton provisoire en plâtre, qui représentait la Charte, accompagnée de la France et de la Justice, protégeant les sciences, les lettres, les arts et l’industrie.

On regrette dans l’intérêt de l’art que le vandalisme politique, à chaque changement de forme gouvernementale, ait mutilé les œuvres de la statuaire, élevés sous les régimes précédents. Il s’en est suivi, outre des pertes sérieuses de morceaux dignes d’intérêt, des anomalies assez bizarres et des contre-sens historiques. C’est ainsi que sous la Restauration , l’arc de triomphe du Carrousel, dont les bas-reliefs représentaient les différents épisodes de la campagne de 1805, vit remplacer ces bas-reliefs par d’autres en plâtre, qui rappelaient les événements principaux de la guerre d’Espagne. Sous l’empire, l’écusson à l’aigle impériale s’était substitué sur beaucoup de monuments du xvne siècle, aux armoiries fleurdelysées.

Les anacrcnismes ne sont guères plus possibles

maintenant, un écusson, des bas-reliefs sont des signatures historiques. Il ne faut pas léguer à nos successeurs des monuments falsifiés. C’est à partir de >1815, que le palais Bourbon fixa l’attention du monde civilisé, par les débats politiques qui eurent lieu à la chambre des représentants. La tribune française, durant l’espace de trente-six ans, renouvela les gloires de la tribune antique. Encore aujourd’hui, le souvenir du palais Bourbon rappelle le nom des hommes illustres de tous les partis, qui se distinguèrent par leur éloquence : les Foy, les Benjamin Constant, les Martignac, les Guizot, les Thiers, les Berryer, les Lamartine. L’on ne passe pas sans quelque émotion devant le péristyle qui n’est plus qu’un hors d'œuvre d’architecture.

Ce fut dans la cour du palais que l’on fit construire en 4 848, l’immense salle où se tinrent les séances de l’assemblée constituante et de l’assemblée législative, et qui fut démolie en décembre 4 854 . Le fronton actuel de la grande façade représente la loi protégeant l'innocence et la vertu ; à droite et à gauche du portique se dressent deux statues colossales : Minerve et la Force. Sur la place du palais Bourbon, on a érigé une statue à la Loi. On voit que l’art en est encore aux allégories, direction fatale, d’où l’on sortira un jour quand on aura de véritables statues à élever à des législateurs, à des hommes sages, à des hommes forts.

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Je me suis étendu outre mesure sur nos beaux palais, objet si légitime de la curiosité d’un visiteur, parce qu’ils résument avec le plus de grandeur, l’art français dans toutes ses manifestations.

Il est temps que j’aborde d’autres objets de mes études. Je vais parcourir les musées.

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