CHAPITRE XVII
lie jardin des plantes de Paris.
Après cette excursion dans nos riches musées, je me sens entraîné à visiter le Jardin des Plantes. Je serai là dans un monde nouveau ; les œuvres de Part ont eu mon admiration ; je vais songer aux études de l’homme sur la nature.
La fondation du Jardin des Plantes remonte à Louis XIII. En 4 626, a la sollicitation d’Herouard, son premier médecin, et de Guy la Brosse, son médecin ordinaire, il autorisa l’acquisition d’un terrain de vingtquatre arpents, et conféra au premier médecin du roi et à ses successeurs, la surintendance du jardin, avec le droit de choisir un intendant qui y résiderait et en aurait la direction. Mais ce ne fut qu’en 1633, qu’un édit fixa l'organisation de l’enseignement et les ressources affectées aux dépenses. La Brosse fut nommé intendant. II dressa un parterre, où il plaça toutes les plantes qu’il put se procurer, et dont la plupart lui furent données par Jean Robin, arboriste du roi : le jardin dont la Brosse avait lui-même donné le plan fut
ouvert au public en 4650. On écrivit sur la porte principale : Jardin royal des herbes médicinales . Le nombre des plantes qui en 4 036, n’était que de dixhuit cents, ne tarda pasà s’accroître; et Guy la Brosse, dans son catalogue, en porta le chiffre à deux mille trois cent soixante.
La prospérité du jardin des plantes, ne fit que s’accroître sous l’intendance de Fagon, premier médecin du roi, qui eut la direction du jardin en 4 693. Fagon entreprit à ses frais des recherches dans les différentes provinces, dota le jardin d’un grand nombre de plantes et, pendant plusieurs années, remplit avec une grande supériorité les chaires de botanique et de chimie. Fagon fit construire les premières serres chaudes et le premier amphitéàlre pouvant contenir six cents auditeurs. Tournefort, Antoine de Jussieu professent la botanique. Vaillant est chargé de la direction des cultures. Tournefort fait son voyage dans le levant et en rapporte un grand nombre de plantes. Vaillant, chargé de suppléer Antoine de Jussieu, démontre pour la première fois en 4 710, l’existence de deux sexes dans les plantes, et le phénomène de la fécondation, faits importants dans la science, qu’on avait à peine entrevues jusque là, et qu’on avait toujours contestés.
Buffon arrive au Jardin des Plantes en 4 733 et il lui donne une étendue considérable. Tout est agrandi et renouvelé, des terrains nouveaux sont achetés, les
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allées se plantent. On dresse le plan du jardin, tel à peu près qu’il est à cette heure. D’importantes collections d’anatomie, de minéralogie sont réunies. La chaire d’anatomie, est illustrée par Winslow, Ferrein, Antoine Petit, Yicq d’Azir et Portât. Les trois Jussieu, Antoine Bernard et Laurent occupent avec éclat la chaire de botanique. Fourcroy dans la chimie vulgarise la nomenclature française et propage les découvertes des Lavoisier, des Guiton de Morveau, des Cavendish, et expose avec éclat les théories naissantes de la chimie moderne. Ce vaste et magnifique enseignement faisait l’admiration de l’Europe.
Le décret de la Convention du 4 0 juin 1793, fixa une organisation nouvelle du Jardin des Plantes, sous le nom plus scientifique de Muséum d’histoire naturelle , qu’il a gardé jusqu’à ce jour. Douze chaires furent instituées pour les divisions suivantes : minéralogie, chimie générale, arts chimiques, botanique dans le muséum, botanique dans la campagne, culture, anatomie humaine, anatomie des animaux, géologie, iconographie naturelle et zoologie qui eut deux chaires. C’est de cette époque que date la grande extension dif muséum. Les ménageries royales de Versailles et du Raincy, furent transportées au Jardin des Plantes. Bientôt une troisième chaire de géologie et Lacépède en fut le titulaire. De nombreux voyages, d’importantes acquisitions enrichirent le muséum sous le con-
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salât et sous l’empire. En 1805 le célèbre Humboldt, enlevé cette année même à la science, apporte, des régions tropicales, un herbier comprenant quatre mille cinq cents espèces, dont pins de trois mille étaient inconnües jusqu’alors. Dans la même année la ménagerie est augmentée ; Cuvier achève ses travaux sur les fossiles, travaux qui ouvrent une vie nouvelle à la science et créent en quelque sorte la géologie. Les plus illustres professeurs ; Lacépède, Geoffroy Saint Hilaire, Sauvarck, des Fontaines, Laurent de Jussieu, Portât, Cuvier, brillent dans leur enseignemen t. Lorsque en 1815, nos musées furent l’objet des spoliations, celui du Jardin des Plantes fut respecté. Sous la Restauration, de nouveaux voyages furent entrepris, et le muséum reçut les produits des deux Amériques et des Indes orientales. Les parcs de la ménagerie sont étendus. En 1830, deux millions sont votés pour la construction de nouvelles galeries de minéralogie, de géologie et de botanique. Depuis cette époque, de nouvelles chaires sont crées pour la physiologie comparée, la physique appliquée, l’entomologie appliquée, à l’agriculture et l’amtropologie. On crée encore une quatrième chaire de zoologie, et une seconde chaire de chimie.
On comprend que la France se voit mise de la sorte à la tête des nations savantes de l’Europe, dans les branches naturelles. Elle a tout fait pour s’assurer cette
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gloire, et maintenant, les professeurs les plus habiles continuent les leçons des plus grands maîtres, et ne cessent de faire progresser la science.
Je n'ai pas pour pensée de décrire ici le muséum. Il faudrait un volume entier, consacré à ce magnifique établissement ; et si ma passion pour les sciences naturelles m’y entraînait, les bornes que je me suis imposées dans cette simple étude, ne me le permettraient pas.
Pourtant quel charme, pour le curieux, que ce voyage aux extrémités du monde, sans quitter les rives de la Seine! Depuis les fossiles anté-diluviens, jusqu’aux petites plantes qui tapissent les roches des hautes montagnes, et que le botaniste hardi va cueillir aux pieds des glaciers ; depuis les énormes quadrupèdes jusqu’aux dangereux reptiles, la séience lui présente la nature sous ces trois règnes : ou vivante sous son regard, ou conservée par des procédés habiles et et toujours décrite, expliquée, montrée à nu, dans ses merveilleuses et incroyables manifestations.
Pour éprouver les joies pures que cette étude procure à l’homme, il n’est pas besoin heureusement, d’avoir de la science, la curiosité naturelle donnée à l’homme lui suffit; et devient, pour son intelligence, la source des jouissances les plus vives. Quelles douces heures n’ai-je pas passées dans ces vastes serres, palais vitrés des végétaux du monde tropical ; où, grâce à une douce température, ces plantes, si originales, peuvent bra-
ver la rigueur de notre climat! C’est encore une surprise délicieuse, que de voir les êtres vivants les plus singuliers par leur forme, réunis dans un étroit espace et se montrer à vous, humbles prisonniers, comme si vous alliez les saisir pour les connaître, dans leurs forêts et leurs repaires inaccessibles.
Les immenses galeries de zoologie et d’anatomie comparée, vous présentent ensuite cette nature que vous avez admirée vivante, et vous la font connaître parla dissection, jusque dans les secrets de son organisation la plus intime, depuis la'baleine énorme, jusqu’au fætus qui n’est pas venu encore à la lumière.
Les galeries de géologie vous font pénétrer jusque dans les entrailles de la terre. La collection géologique du muséum est une des plus intéressantes et des plus complètes que l’on connaisse. Vous suivez avec un charme indicible les diverses formations de la croûte solidifiée du globe, depuis les époques primitives, où nul être vivant n’a pu habiter cette planète désolée, jusqu’au temps où elle se peupla de végétaux et d’êtres animés, dont l’homme occupe la dernière et la plus haute série. On éprouve une espèce de terreur devant œs races primitives, monstrueuses ; dont les débris, réunis par le génie de Cuvier, reconstruisent des êtres dont les simillair.es ne se trouvent plus sur le globe habité.
Si j’ai admiré le Paris peuplé des chefs-d’œuvre de
l’art, j’ai le courage de le dire, j’ai mieux aimé le Paris qui s’est placé à la tête du mouvement scientifique moderne, et qui m’offre, par ses cours nombreux, ses riches collections, les moyens d'étendre mes connaissances. C’est là réellement exercer la royauté sur les autres capitales du monde civilisé. Nulle autre ville ne lui dispute cette gloire.
Je m’arrache avec peine au riche muséum du Jardin des Plantes. Je comprends qu’il fasse le charme autant des hommes du peuple que des hommes de la science ; qu’on s’y rende comme au plus amusant des spectacles ; qu’on en parle, qu’on se passionnepour ces collections, où le génie humain a commandé à la nature même, et la domine dans la vie et dans la mort.