CHAPITRE XX
lie Paris «les salons.
C’est dans les salons que s’exerce plus fortement la singulière habitude des parisiens d’être tout entier à ce qu’on appelle l’actualité. Le fait du jour, les événements pressentis, les anecdotes racontées, occupent seuls les esprits et semblent les passionner. On ne sait pas trop, si cette passion est réelle et si elle n’a pas quelque chose d’un peu factice, mais le monde des salons traite les on dit du jour avecun tel sérieux, qu’il n’est pas permis de croire que tout ce monde, assurément raisonnable, s’amuse à jouer une éternelle Gomédie.
Les salons de Paris varient d’aspect selon les opinions qui y dominent. Et l’opinion qui doit toujours y dominer, est celle de la maîtresse delà maison. Il y a dans l’esprit de l’homme une puissance d'attractioq qui réunit les éléments ayant entre eux de l’affinité. La femme exerce plus facilement que l’homme, cette attraction. De là, son habileté à former ce qu’on appelle un salon. C’est un rendez-vous d’hommes intelligents,
qui, après avoir échangé quelques paroles de profonde déférence pour la souveraine du lieu, se réunissent par groupes et conversent sur toutes sortes de matières selon que l’association naturelle des idées, la préoccupation des affaires politiques, les souvenirs des travaux et des études du jour, les publications qui ont paru, les articles des journaux qui ont fait sensation, ont plus ou moins excité les esprits.
Ce n’est plus ici, on le comprend, la vie intime, malgré des causeries souvent fort intéressantes, ce qu’on recherche le plus dans les salons, ce sont les célébrités. Elles s’y montrent d’ordinaire avec une grande modestie. Le talent a toujours son cachet de simplicité noble, et ceux qui visent à briller dans les salons, ne sont pas les esprits les plus élevés ni les plus profonds génies. Pour beaucoup d’hommes, les salons sont une distraction agréable, un délassement d’esprit après des travaux sérieux, pour d’autres, c’est un moyen de faire de ces relations, qui aident si puissamment la renommée, surtout dans le monde littéraire, pour d’autres, c’est une étude du coeur humain, la connaissance de son époque. Malgré la banalité apparente du langage, i! n’y a pas d’homme qui ne se trahisse, et la réserve même, imposée par les convenances, n’empèche pas que les natures d’élite, surtout celles qui sont spontanées et ardentes, ne se manifestent
d’un curieux dans paris 469
avec une piquante originalité. On comprend le charme de ces études, et Paris est la ville du monde où elles peuvent se faire le plus en grand, et sur les hommes les plus remarquables .