‹ Voyage d'un curieux dans ParisChapitre 22 sur 29 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

lie Paris diplomatique et étranger.

A côté du Paris officiel, il faut placer naturellement le Paris diplomatique et étranger. Beaucoup de visiteurs dans la grande ville se doutent peu qu’il y a un Paris anglais, un Paris russe, etc. Cela se nomme des colonies. On est campé en France, on y forme un petit état. Bien mieux, on se groupe dans les mêmes quartiers. La rue de Rivoli, les Champs-Elysées, le faubourg Saint-Honoré, le faubourg du Roule, sont le domaine particulier de la colonie anglaise et de la colonie russe. Il y a là un monde fort élégant, fort distingué et fort aimable. Les anglais sympathisent moins avec nous; mais les russes sont de véritables français par la langue, qu’ils parlent aussi bien que nous, par le caractère enjoué et sympathique, par l’amour des lettres et des arts.

L’étranger à Paris a pour pensée de jouer un rôle et de se grandir par l’éclat et par la dépense. Il faut en excepter ces familles distinguées et modestes qu’un climat plus doux, l’amour des voyages, le besoin de

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donner aux enfants l’éducation la plus soignée, amènent chez nous.

C’est une des gloires de Paris d’attirer ainsi l’élite de la société des autres nations. Dans ce commerce de peuple à peuple, les préjugés qui séparent les races, les civilisations, tombent bientôt, où s’effacent peu à peu. La suprématie intellectuelle de la France est consacrée par cet hommage permanent du monde entier,

qui la reconnaît ainsi comme la nation chargée par la

Providence de faire rayonner au loin la civilisation européenne.

Qui peut douter à l’heure présente que l’œuvre si importante de l’émancipation des serfs, dans ce vaste empire de la Russie, ne soit le résultat de cette action lente mais irrésistible que nous avons exercée sur le Nord de l’Europe par nos relations avec les russes, par leur séjour prolongé en France, par notre littérature, qu’ils ont le bon goût d'aimer comme si elle était leur littérature nationale ?

Quand les Turcs et les autres Orientaux sont venus à Paris, qu’ils ont vu notre supériorité intellectuelle, nos arts, notre puissance militaire et navale, nos chemins de fer, l’activité d’une grande nation, ils se sont retirés avec tristesse : ils avaient vu leurs maîtres.

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