‹ Voyage d'un curieux dans ParisChapitre 23 sur 29 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

lie Paris aristocratique.

Si par l'aristocratie on entend la noblesse française, il faut dire que depuis plusieurs années elle a à peu près déserté Paris et qu’elle n’y fait que de courtes apparitions. L’époque de l’année où les grands hôtels du faubourg Saint-Germain se garnissent ne commence guère que vers la mi-janvier, et il est rare que vers la fin d’avril la noble colonie ne soit partie pour les châteaux de la province.

La mode exerce sur ce point sa tyrannie comme sur tout le reste de la vie extérieure des français. Il est devenu de bon ton de passer le moins de temps que possible chaque hiver à Paris. Il est aussi de hon ton d’y faire des dépenses immenses. Le luxe a fait de tels progrès, les grandes réunions, tels que dîners, bals, soirées, sont si coûteuses, qu’il est facile de comprendre que les plus grandes fortunes seules puissent y tenir, et que les fortunes moyennes s’effraient d’une vie où le capital lui-même irait s’engloutir.

Mais le monde aristocratique aujourd’hui ne se com pose pas seulement des familles nobles du faubourg

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Saint-Germain. Il s’est formé depuis le premier empire, par les illustrations militaires, par les charges, par les arts, par l’industrie, par la finance, une seconde aristocratie dont les revenus dépassent considérablement ceux de l’aristocratie nobiliaire. Ce monde nouveau, dont le blason est de fraîche d;;te, cherche à éclipser le monde nobiliaire* dont il achète journellement les terres les plus magnifiques et dont il occupe les hôtels les plus somptueux. Quoique ce monde s’assujettisse très-docilement à la mode et qu’il s’impose, dans la belle saison, la villégiéture et les voyages, cependant ses intérêts, son besoin d’ostentation et de dépense le retiennent à Paris une grande partie de l’année. C’est de ce monde brillant que les équipages remplissent chaque soir l’avenue des Champs-Elysées et les allées sinueuses du bois de Boulogne. C’est lui qui donne les fêtes splendides, où l’éclat des fleurs, la richesse des parures, les lumières étincelantes, la musique, les rafraîchissements de toute sorte, dépassent tout ce que l’imagination peut rêver et font presque oublier les fêtes même données par des rois. C’est lui qui alimente, par les besoins de son luxe, le commerce de Paris : et ne reculant devant aucune dépense, pour tenir ce rang auquel des entreprises hardies, souvent des circonstances heureuses l’ont élevé, répand dans Paris cette vie active qui occupe dans le monde entier des millions de bras.

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