CHAPITRE XXIV
lie Paris lettré et savant.
A côté de ce monde qui étale son luxe, se trouve à Paris le monde plus modeste de la science et des lettres. Paris est le rendez-vous de tous les hommes qui, dans quelque genre que ce soit, ont cultivé avec passion le champ immense des connaissances humaines. Sous ce point de vue, comme sous tant d’autres, Paris est une ville exceptionnelle. Vous pouvez dire, sans hyperbole, qu’à chaque angle de ses rues vous coudoyez le génie.
Ce n’est pas que Paris enfante tous ces hommes. Ces rudes travailleurs de la pensée ne sont pas nés, pour l’ordinaire, au sein de la ville heureuse. Presque tous sont sortis de l’obscurité de la province. C’est dans le silence des petites cités, dans la vie des champs, dans la contemplation solitaire de la nature, que les hommes ont fait grandir en eux le talent et fécondé leur intelligence. Mais ils ont compris que Paris seul donne la célébrité. Et ils sont là, se frappant le cerveau, et cherchant par des productions
d’un curieux dans paris >177
nouvelles, à provoquer cette célébrité, à se couronner de cette gloire, but de leurs efforts et de leurs veilles.
Tous ne réussissent pas. Car là aussi il faut les chances, souvent même l’habileté. Et l’on sait que celle-ci n'est pas toujours la compagne même des talents les plus éminents.
Mais tous ont vécu de la vie de l’intelligence. Tous ont formé ce faisceau puissant de l’homme d’élite dont est fière une grande nation. D’ailleurs le savant, l’écrivain, le penseur, n’ont guère les petites préoccupations des succès du moment. Les plus puissants génies sont ceux qui ont le moins attendu de gloire de leurs contemporains. Ils en ont dédaigné les hommages ; ils avaient le pressentiment d’une gloire plus précieuse à leurs yeux, celle de la postérité.